Cinéma / 120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo.

Présenté en Compétition au dernier Festival de Cannes ,120 Battements par minute de Robin Campillo , y a été sacré par le Grand prix du jury du festival, et par le prix          ( FIPRESCI ) de la critique internationale. Le cinéaste y raconte au travers des actions des militants d’Act-Up , le long combat contre l’indifférence des pouvoirs publics, afin d’enrayer la maladie ( Le SIDA ) dont les effets ne cessaient de faire des victimes…

Affiche du film 120 Battements par  Minute de  Robin Campillo.

Remarqué par Les  Revenants (2004 )  et de Eastern Boys ( 2013 )  , Robin Campillo a choisi de consacrer son nouveau film au mouvement militant Act-Up qui dans les années 1990 multiplia les actions spectaculaires destinées à servir de révélateur à l’indifférence et à la nécéssité de la prise de conscience de l’insuffisance des moyens à mettre en œuvre pour endiguer le fléau….des milliers de morts dont la communauté Gay était victime , dont se fait l’écho la magnfique séquence du sit-in en pleine rue, qui alors ,marqua les esprits. Le cinéaste qui a vécu en tant que gay la période des années 1980 qui vit se propager la maladie et la peur qu’elle engendra lorsque se révéla , l’inexorable issue  de la contamination. L’isolement du milieu considéré comme « pestiféré »  , et qui rejaillissait sur les proches , et aussi sur les soignants des hôpitaux impuissants ne disposnt pas des moyens nécéssaires pour y faire face . La maladie faisait son lit de l’indifférece générale qui lui permettait de se répandre . Certains tentaient bien d’alerter l’opinion, comme le fit – souligne le cinéaste qui s’en souvient – à la télévison Didier Lestrade l’un des fondateurs de l’association Act’Up. Car tant de travail devait être fait «  Il faut bien comprendre qu’à l’époque, l’idée même de parler de préservatif dans les lycées ou de plaider pour l’échange des seringues chez les usagers de drogues n’allait pas de soi. L’homophobie était encore presque une norme. On l’a oublié : quand une société évolue, comme elle l’a fait depuis, elle développe une sorte d’amnésie sur ce qui l’a précédée », explique  Robin Campillo , dont le film a justement pour but de réveiller les esprits…

L’assemblée générale d’Act-Up , les militants  au travail , font le choix des actions à venir ...( crédit photo: mémento films )

Avec la complicité de Philippe Mangeot qui a été président du mouvement de 1997 à 1999 qui a participé à l’écriture du scénario et apporté son regard et des éléments  complémentaires pour l’approche du sujet , au du cinéaste afin de construire une fiction qui puisse , dit-il « confronter cette histoire à une nouvelle génération »… et ,tisser des liens et résonner au présent. En même temps que de rendre l’inventivité et l’originalité dont  le mouvement fit preuve , « sans avoir les moyens des réseaux sociaux d’aujourd’hui » . C’est ce vécu d’un combat dont Robin Campillo , « revisite » l’authenticité , qu’il construit sous la forme d’une double approche d’un vécu collectif, et d’une perception plus intime des individus confrontés à la maladie et au douleureux vécu quotidien , de celle-ci. Sous le prisme fictionnel, l’approche réaliste est époustouflante dans l’énergie vitale qui s’y révéle. Et c’est l’un des éléments forts de cette approche , que de nous immerger au cœur de cette urgence d’un combat collectif contre la mort dont le film, se fait l’écho bouleversant dans la seconde partie lorsque le ressenti et  combat intime de la survie nous est révélé sans fards par exemple dans la scène où Sean  ( Nahuel Perez Biscayart) montre son corps malade  :       «  voilà à quoi ressembelent les malades du Sida ! » , hurle-t-il au directeur  du Laboratoire Melton-Pharm, lors de l’action  coup de poing …

C’est parti … pour les manifestations et slogans destinés a secouer l’indifférence…( crédit photos – Mémento films )

C’est l’action politique en mouvement dont les séquences de la première partie restituent l’énergie au travers des multiples débats et réunions , organisations  des actions et participation à des manifestations ( la Gay -Pride , interventions  dans les établissements scolaires …) ou encore la recherche de slogans forts et percutants permettant de frapper les consciences sur l’urgence des moyens et du mal à combattre, pour sauver des vies .Un approche passionnate dans l’immersion qu’elle propose au cœur d’un systme et d’un fonctionnement démocratique où chacun peut se faire entendre et y exposer son vécu , trouver des idées et donner son point de vue sur des actions et de stratégies destinées à « bousculer » la somnolence des pouvoirs publics en la matière, de même que les idées reçues révélatrices d’une certaine homophobie . Trouver des moyens de passer à l’action de manière spectaculaire qui permette non seulement d’interpeller mais de faire bouger les lignes . Comme la provocation de Sean interpellant le dirceteur du Laboratoire et  fustiger aussi la « mollesse » du gouvernement Mitterrand en matière d’information mal ciblée concenant les moyens de protection ( préservatifs ..) , qui, surtout se heurta dans les collèges aux refus des autorités scolaires pour implanter des distributeurs de capotes . Tandis que , de leur côté les laboratoires refusaient de rendre publiques les informations sur les médicamenst et leurs effets, comme celles sur l’avancement des recherches. Sur tous ces points et d’autres encore le film est d’une belle précision dans la démonstration , et met en lumière les lacunes qui n’ont pas permis de faire évoluer les soins plus vite, ce qui   entraînera  des  conséquences tragiques …

Action coup -de-poing,  contre le laboratoire Melton-Pharm… ( Crédit photos Mémento Films)

La seconde partie brosse , en paralléle et en complément du vécu collectif , le vécu intime du combat . Les portraits intimes de certains des militants y sont illustrés à l’image de ce jeune homme victime de ces transfusions sanguines contaminées qui firent la « une » des médias. Suivi par les séquences où de nombreux participants sont amenés à confier publiquement leur situation comme une forme de thérapie collective qui permet de se « sentir » moins seul, adopté par la communauté compréhensive . Ceux qui y révélent leur séropositivité gardée jusqe là secrête , ceux ou celles qui y confient leurs différences sexuelles ( Trans…) qui les maginalisent encore un peu plus . Le cinéaste fait de ces portraits intimes des moments extrémement émouvants de solidarité permettant de briser l’indifférrence dans laquelle certains se sentaient  abandonnées . On a aimé aussi les portraits plus fouillés comme celui de la militante et battante Lesbienne Sophie , superbement , incarnée par Adèle Haenel . Il y a aussi aussi les rencontres comme un défi à la maladie , à l’image de la bellle approche amoureuse entre Sean et Nathan( Nahuel Perèz Biscayart et Arnaud Valois , tous deux remarquables), si différents mais si proches qui se confient leur passé, leurs blessures ,  leurs solitudes ,.et dont le combat est bouleversant. Robin Campillo les élève au niveau de héros d’une tragédie dont les accents modernes sur laquelle elle se construit , se fait l’écho d ‘enjeux . Ceux de l’attachement amoureux , et ( ou) à la famille ( biologique?) , mais aussi ceux relevant de choix de vie et de mort dont la scène finale interpelle sur un sujet que le cinéaste a voulu mettre en lumière « Il y a eu beaucoup d’euthanasies clandestines à l’époque du sida. Il est peut-être aussi temps d’en parler », dit -il. .

Sophie ( Adéle Haenel ) la Lesbienne combattante et déterminée .. ( crédit photo : memento films )

Son approche sensible et juste , son regard lucide et fort pour dire les enjeux politiques et les souffrances qu’elle génèrent, lorsque face à un fléau l’indifférence et les résistances se muent en obstacles aux conséquence mortelles. C’est  la santé publique qui est en question et des moyens de protection à mettre en œuvre d’urgence, pour éviter le pire. De la même manière que les laboratoires de recherches devraient se mettre au service de celle-ci au lieu , comme ce fut le cas en la circonstance, de se retrancher derrière une opacité coupable. Le film dit tout celà,  et en ce sens il est éminemment politique , revendiqué comme tel par le cinéaste faisant référence à la séquence où Sean montre son corps meutri par la maladie      «  Apparaître en chair et en os quand on est relégué à l’invisibilité, c’est pour moi l’un des sujets politiques les plus forts qui soient. C’est donc à la fois une question politique et un enjeu de cinéma » . La force de son film est là , qui atteint à l’ universel, dans ce double enjeu relevé magnifiquement par le cinéaste  . Ne le manquez surtout  pas…

(Etienne Ballérini )

120 BATTEMENTS PAR MINUTE de Robin Campillo -2017- Durée : 2h 20.
Avec : Arnaud Valoois , Nahuel Pérez Biscayart, Adèle Haenel, Antoine Reinartz, Félix Maritaud, Mehdi Touré, Aloïse Sauvage , Simon Bourgade …

LIEN, Bande -Annonce  du Film , 120  Battements par  Minute de  Robin Campillo.

LIEN :  La remise du Prix  au Festival de  Cannes  2017.

LIEN: CANNES  2017- La  Conférence  de  Presse ,    suite à la projection du  film.

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