Cinéma / UNE VIE VIOLENTE de Thierry de Peretti

Avec  Une vie violente de Thierry de Peretti le cinéma corse ouvre une voie originale dans le 7ème Art français

Affiche Une Vie Violente
L’affiche du film

Après Les Apaches, l’une des découvertes de la Quinzaine des Réalisateurs cannoise en 2013, Thierry de Peretti signe Une vie violente, son second long métrage lequel confirme bien des promesses. Présenté à Cannes en mai dernier dans le cadre de la Semaine de la Critique, puis à l’occasion de nombreuses avant-premières en Corse, il est sorti cette semaine sur les écrans nationaux.
Le récit fictionnel s’appuie sur le destin tragique de Nicolas Montigny, militant nationaliste corse assassiné à Bastia en 2001. Thierry de Peretti revient sur la lutte armée fratricide entre nationalistes. « Les gens de ma génération ont tous vécu ou connu, souligne-t-il, à des niveaux différents, la violence et les meurtres, les règlements de compte et les guets-apens, les familles décimées. Chacun d’entre nous a eu des camarades qui ont pris des routes dangereuses, ont fait de mauvaises rencontres ou qui ont, brutalement, injustement, perdu la vie. J’ai tenté de raconter du mieux que j’ai pu ces deux états, ces deux mondes qui s’enchevêtrent et se confondent… Un monde où la société est touchée de la même façon qu’elle l’aurait été ailleurs par les événements et les troubles. Et un autre, presque un inframonde, problématique et sombre, où les questions du sang, de la folie et du territoire travaillent et minent la société ».

Depuis son court métrage Le jour de ma mort (2006), le cinéaste construit une filmographie

Une Vie Violente - Thierry de Peretti
Thierry de Peretti – Photo Dominique Landron

autour de la société Corse et de la violence qui la ronge. Il signe une œuvre originale, alors que le cinéma français est souvent frileux pour évoquer ces situations, la création en Corse aborde un sujet clivant, sans tabous.
Les références de Thierry de Peretti sont multiples de Fred Zinnemann à Rainer Werner Fassbinder en passant par Jia Zangke et Pasolini. On pourrait également citer le cinéma d’Elio Petri (Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, La Classe ouvrière va au paradis) ou Francesco Rosi (Salvatore Giuliano, Cadavres exquis, Oublier Palerme). Précis dans sa mise en scène, il accompagne au plus près ses personnages dans cet itinéraire intime et politique de Stéphane (Jean Michelangeli), qui revient sur l’île pour assister à l’enterrement de Christophe, son ami d’enfance et compagnon de lutte. Au-delà de la politique, à partir d’un fait insulaire marqué, Thierry de Peretti raconte le destin d’un homme, il atteint l’universel. Nous sommes en Méditerranée, une tragédie antique cinématographique s’offre à notre regard, trahison politique d’hommes qui sacrifient la cause à l’argent, avec la complicité du banditisme, l’honneur de l’engagement au service d’un peuple est bafoué. Les lieux de plaisirs nocturnes deviennent les lieux absurdes et tragiques de compromissions avec le pouvoir central. Un Etat apprenti sorcier jouant l’un contre l’autre, avec des complicités politiques de toutes origines. Thierry de Peretti ne prend pas parti, il montre ce glissement vers l’abîme d’une société schizophrène. Du drame, de l’humour aussi, du surréalisme à l’image de ce chœur antique féminin revisité, dégustant la langouste et échangeant sur cette violence, au sein de ce récit à dominante masculine !

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Stéphane (Jean Michelangeli) – Crédit photo : Pyramide

Thierry de Peretti réussit le mariage entre acteurs professionnels et débutants, fruit de son expérience théâtrale. Un long travail de préparation en groupe très en amont du tournage a été effectué. Le casting est d’une réelle justesse, en tête de générique : Jean Michelangeli, Henri-Noël Tabary, Cédric Appietto, Marie-Pierre Nouveau, Delia Sepulcre-Nativi, Paul Rognoni. La chef opératrice Claire Mathon est à l’image, accompagnant habituellement le cinéma de Maïwenn, Alain Guiraudie, Catherine Corsini réalisatrice d’origine corse. Le talent de la technicienne s’illustre à l’écran, signant un voyage visuel particulier allant de l’intérieur d’appartements à la nature insulaire tout en évitant le cliché carte postale des paysages. Un mot sur la bande originale qui mêlent polyphonies corses, rock et électro, une pluralité qui accompagne avec efficacité la narration.

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Jeanne, la mère (Marie-Pierre Nouveau) – Crédit photo : Pyramide

Une vie violente, co-produit par Les Films Velvet et Stanley White, a été soutenu depuis l’écriture par la Collectivité Territoriale de Corse. A l’instar d’un cinéma Sarde qui apporte un souffle original au cinéma italien, ce cinéma créé et tourné en Corse se taille désormais un statut « spécifique » dans le cinéma français.

Une vie violente de Thierry de Peretti (2017 – Drame – 1h47). Avec Jean Michelangeli, Henri-Noël Tabary, Cédric Appietto, Marie-Pierre Nouveau, Délia Sepulcre-Nativi Dominique Colombani.

Dominique Landron

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