Cinéma / DJAM de Tony Gatlif

Présenté à Cannes en mai dernier lors de la 70e édition du Festival, Djam de Tony Gatlif est sorti sur les écrans français ce 9 août. Fidèle à ses thèmes, le réalisateur révèle une jeune comédienne, Daphné Patakia.

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L’affiche du film

Avec Djam, sans surprise, on retrouve le cinéma et les thèmes de Tony Gatlif. La passion de la musique, l’invitation au voyage, l’exil, des personnages déracinés et l’ouverture sur d’autres cultures. Cela fait déjà un certain temps qu’il ne se focalise plus exclusivement sur la communauté tzigane. Cette fois, il nous emmène sur l’île grecque de Lesbos et de sa capitale Mytilène sur les pas de Djam, une jeune Grecque, pétillante de vie et de charme, débrouillarde, indépendante, rebelle, en un mot libre, magnifiquement interprétée par Daphné Patakia rayonnante, la révélation du film, une jeune comédienne née en Belgique de parents grecs, qui joue non seulement la comédie, mais chante, danse et joue du baglama (instrument à cordes pincées, proche du bouzouki et du luth). La jeune fille est chargée par son oncle, Kakourgos, un restaurateur menacé par les huissiers interprété par Simon Abkarian, d’aller chercher à Istanbul en Turquie, la bielle qui lui permettra de réparer le moteur de son vieux rafiot avec lequel il promenait les touristes. Djam, personnage de femme forte à l’image de Lubna Azabal d’Exils, Asia Argento de Transylvania, Marie-Josée Croze de Liberté, ou Céline Sallette de Geronimo, précédents longs métrages de fiction du cinéaste, rencontre Avril, une jeune Française désemparée (Marine Cayon, vue dans Les Apaches de Thierry de Peretti et déjà dans Geronimo). La jeune fille espérait aider bénévolement les migrants, mais on lui a volé son argent et ses papiers. Djam la prend alors sous son aile. Même si elles ne s’entendent pas toujours bien, elles entament ensemble, à pied, un road-trip, ou plutôt une odyssée vers la Grèce faite d’errances et de rencontres impromptues.

 

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Djam (Daphné Patakia) – Crédit photo : Les Princes-Les Films du Losange

Après les musiques roms, le flamenco et le raï, Tony Gatlif invite à découvrir le rebetiko, une musique qui s’est développée dans les bas- fonds d’Athènes et de Thessalonique lorsque les Grecs ont été chassés de la Turquie par Atatürk en 1922. A partir de la fin de l’Empire ottoman, il évoque alors les autres tragédies qui ont marqué la région provoquant massacres et déplacements de populations. Il fait ainsi allusion à la dictature des colonels grecs dans les années 1970 d’une façon cocasse par une scène où Djam urine sur la tombe de son grand-père, collaborateur du régime militaire, en déclarant : « Il faut pisser sur la tombe de ceux qui interdisent la musique et la liberté ! ». Puis, il fait référence à la situation actuelle, aux victimes de la crise économique grecque avec Pano (Kimon Kouris), ce personnage pathétique qui a tout perdu et qui espère démarrer une autre vie… en Norvège, et aux réfugiés Syriens en Turquie et en Grèce.

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Djam (Daphné Patakia) et Avril (Marine Cayon ) – Crédit Photo : Les Princes – Les Films du Losange

Le cinéaste aborde cette partie avec pudeur, sobrement. Il se contente de filmer les traces de leur passage : des bûches à moitié consumées, des inscriptions au charbon de bois comme « le sang coule à Alep » sur le mur d’une gare ou une montagne de gilets de sauvetage abandonnés dans un terrain vague. « (…) ça aurait été vulgaire de reconstituer un naufrage de réfugiés commente Tony Gatlif dans un entretien à la presse. Je ne me voyais pas demander à un machiniste de tirer sur le fil d’un canot pneumatique… D’ailleurs, j’ai refusé de montrer les chaussures d’enfants réfugiés que j’ai trouvées sur les lieux. Ça aurait été tire-larmes. On ne fait pas du cinéma avec une catastrophe humaine. »
Malgré le contexte dramatique, Djam se veut optimiste et une ode à la fraternité la liberté et la vie.
Djam de Tony Gatlif (2017 – France, Grèce, Turquie – Drame 1h37) avec Daphné Patakia, Simon Abkarian, Marine Cayon, Kimon Kouris.

 

Philippe Descottes

La bande annonce du film – Les Films du Losange.
Entretien
avec Tony Gatlif (Cinezik)

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