Cinéma / LOLA PATER de Nadir Moknèche .

La mort de la mère , la recherche d’une père disparu depuis 25 ans … qui est devenu une femme : Lola. Volontairement dérangeant et bousculant idées reçus et clichés, un récit sensible et bouleversant concernant  le regard extérieur sur les minorités . Par le réalisateur de Délice Paloma ( 2007, consacré meilleur film francophone ) et Goobye Morocco (2013 ). A voir …

,l’Affiche du film

Lorsque sa mère décède Zino ( Tewfik Jallab ) est inconsolable et se retrouve seul . Une lettre de succession lui fait savoir que son père qu’il n’a pas connu existe toujours. Et il part à sa recherche à l’adresse indiquée dans le sud . Mais dans ce lieu où Lola , une dame brune ( Fanny Ardant )  enseigne  la danse orientale… on ne lui en dira pas plus. Qui est cette dame qui n’a pas osé le rencontrer ? . La maitresse de ce père qui l’a , jadis, abandonné ? . Autant de questions qui agitent et créent le malaise chez Zino. Le passé,  pourtant , va resurgir de plein fouet dans la vie de ce dernier , accordeur de piano de son métier , qui s’est construit au fil des ans sa propre vie et indépendance. Mais son passé est  restés empreint du mystère et du secret de cette absence d’un père dont il a souffert de l’abandon . Il lui reste bien sûr cette Tante Rachida ( Nadia Kaci ) devenue un peu son « lien-refuge » familial , après la mort de sa mère . C’est elle aussi qui connaît le secret  dans lequel Zino a été maintenu comme forme de protection , et elle  sera là pour le rassurer et le guider «  on ne peut pas changer le cours des choses , mais nous , on peut changer » , lui confie-t-elle,  en plein cœur de son désarroi . Et cette réflexion bienvenue se révèle être en quelque sorte le point crucial du dilemme auquel Zino va être confronté et dont il va pouvoir s’extraire, en faisant la part des choses ….

Zino ( Tewfik Jallab ) part à la recherche de son père

Le mensonge protecteur dans lequel sa mère l’a maintenu sur l’absence , abandon (?) du père, et la souffrance ressentie qui se révèle aujourd’hui être une arme à double tranchant. Celle dont le regard des autres auquel la mère a voulu le soustraire, qui  va se répercuter sur son présent …et sur celui d’un père dont le choix de vie l’a conduit , à sacrifier l’amour d’un fils. Car ce père, Farid, mal dans sa peau a décidé de changer de vie et de sexe , il est devenu …Lola. La transexualité désirée et assumée comme élément romanesque , investie par l’imaginaire ( et quelques  souvenirs )  du cinéaste, auquel s’ajoute la volonté de ce dernier de s’écarter des clichés   ( prostitution , drogue et autres dérives …) pour se pencher sur un vécu et un ressenti quotidien. Avec tout ce qu’il implique : «  Farid/Lola continue à aimer les femmes, même après son changement de sexe. Un hétéro devenu lesbienne. Zino, son fils, n’est pas né d’un accident, il est le fruit de l’amour. Du coup ce personnage de Lola, loin des clichés, dérange. Tant que le transsexuel reste marginal, évoluant dans un milieu interlope, il est accepté, voire adulé. S’il aspire à une vie ordinaire, a fortiori celle d’un père, il devient encombrant pour la société », dit-il. Et  ce choix  qui modifie totalement l’approche, est le point crucial de son récit , qui dès lors , se décline , en une mise en perspective dont le cinéaste s’investit des interrogations  de son héros , Zino :  «  m’imaginant un père vivant quelque part, devenu une femme ; est-ce que j’accepterais, ou pas, de le voir… », de la même manière que Lola / Pater, elle , va devoir s’interroger sur son choix ( égoïste ? ), dont Zino furieux , lui renverra les mots, qui font mal …

Rachida ( Nadia Kaci ) et Lola ( Fanny Ardant )

Ceux du rejet et du regard des autres dont il répercute les mots qui la paralysent . Pour ces deux là  que la vie a séparés malgré eux , les séquelles des souffrances vécues et du silence douloureux resurgissent , vont-elles pouvoir se cicatriser ? . Le mal qui en a découlé dont la Tante de Zino , Rachida pense qu’il est possible de « changer le cours des choses », nos deux blessés de la vie pourront-ils y parvenir ? . Mais , quelle voie emprunter ?. L’habileté de la mise en scène , et de la déclinaison de l’affrontement vu et exploré par le biais du prisme inattendu du défi à la « normalité » entre un fils et un père, décrit  par le cinéaste comme une transgression qui interpelle sur nos sociétés «  Zino suit un parcours qui va du refus à l’acceptation. Il devient en quelque sorte notre conscience collective » , dit-il . C’est cette déclinaison là  qu’il  explore  dont  les   multiples séquences se font l’écho sensible des « approches » qui finissent par faire disparaitre le ressentiment.  Pour laisser place à la douceur retrouvée d ‘un amour filial…  qui a dû attendre près de trente ans pour pouvoir s’exprimer en toute liberté et compréhension mutuelle . La révolte , la colère , la crainte , la peur, les sacrifices , les souffrances vécues… Fanny Ardant et Tawfik Jallab , magnifiques , en incarnent merveilleusement toutes les facettes qui nous les rendent tellement proches et bouleversants….

Zino ( Tawfik Jallab ) et Lola ( Fanny Ardant ) , Les retrouvailles   père-fils.

C’est le beau défi du film, via lequel le cinéaste n’hésite pas à introduire au cœur du récit la distanciation de l’humour qui fait mouche . Les rendez-vous de Zino et de Lola vu sous le prisme des stratagèmes employés en forme de «  get-apens » que l’on se tend pour y parvenir et  se justifier et ( ou ) se « jauger ». De la même manière que le « jeu » des dialogues dont l’ironie décapante fait mouche sous le phrasé enjoué de Fanny Ardant assumant sa « féminité », et se prend pour Beyoncé !.  Les masques assumés , et puis ceux qui tombent sous le reflet du miroir ( superbe séquence… ) qui vous les renvoie sans fards , à nu . Les souvenirs ( flash-backs) du passé qui remonte … et tout à coup cette peur du vide et de l’inévitable qui vous envahit , lorsque l’espoir s’estompe «  Avant notre rencontre, il y avait l’espoir qu’un jour on se verrait. Puis tout à coup, ma vie n’a plus eu de sens » , mots d’un appel au secours , et non d’un chantage. Les mots , aussi de Rachida , femme combattante qui appelle Zino à la « prise de conscience ». Les preuves d’amour de la compagne de Lola qui en disent long , et celles ( de Zino) qui n’ose pas encore, les exprimer totalement . Tout est réuni pour un superbe film qui distille l’amour comme défi à ce rejet rampant qui enferme la différence au lieu de chercher  à la comprendre,  ou du moins, à l’accepter !. Et qui nous  dit, si tous les Zino du monde pouvaient emprunter son chemin …

(Etienne Ballérini)

LOLA PATER de Nadir Moknèche – 2017- Durée : 1h 32 –
Avec Fanny Ardant, Tewfik Jallab, Nadia Kaci, Véronique Dumont, Lbna Azabal, Bruno Sanches, Lucie Debay, Baptiste Moulard, Lawrence Valin…

Lien : Bande-Annonce du film : Lola Pater de Nadir Moknèche.

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