Cinéma / LES FILLES D’AVRIL de Michel Franco.

Le réalisateur Mexicain de Despues de Lucia (2012 ) et de Chronic ( 2015 , Prix du scénario au Festival de Cannes ) , y est revenu dans la section Un certain Regard cette année . Remportant le Prix du jury de celle-ci , pour son magnifique portrait de mère possessive par le biais duquel il décline une nouvelle exploration de son sujet de prédilection , la difficulté et la violence des rapports familiaux et humains …

l’Affiche du film.

C’est cette tension dans les rapports familiaux que le cinéaste installe d’emblée dès les premières séquences du film au cœur desquelles le très jeune couple d’adolescents mineurs, Valéria et Mateo, va se retrouver confronté . Ils sont jeunes , beaux , insouciants , indépendants et amoureux. Les liens avec leurs familles respectives sont plutôt distants, voire tendus . A l’image de ceux de Valéria , 17 ans ( Anna -Valéria Bercerril) qui a très peu de contacts avec ses parents divorcés , et vit avec sa grande sœur dans une petite maison en bord de mer. Mais la donne de l’amourette entre les deux adolescents encore mineurs va changer , lorsque Valéria se retrouver enceinte et décide de garder l’enfant. Leurs deux familles  au courant de cette liaison qu’ils refusent d’entériner,  à l’image du père de Matéo ( Enrique Arrizon ) , qui , lorsque ce dernier viendra lui demander en prévision de l’arrivée de la petite créature de l’aider à s’installer et démarrer dans la vie, va lui signifier une fin de non recevoir sans appel : « débrouille-toi ! » . En osmose avec le père de Valéria qui refusera lui aussi de l’entendre… et même de la voir !. Voilà donc les deux adolescents  livrés à eux- mêmes…

Clara  ( Joanna Larequi ) la soeur ainée ,  avec avec la  petite fille de Valéria 

Le jeune couple amoureux, mais inexpérimenté livré à lui-même malgré l’aide de la grande sœur de Valéria qui les héberge  , se retrouve dépassé par l’arrivée de cette petite vie enfantée sans préparation à la maternité et paternité. Le cinéaste a puisé la base de son récit dans l’observation d’adolescentes enceinte dans les rues de Mexico , et de l’une d’entr’elle dont il explique dans le dossier de presse :«  elle a attiré mon attention, elle semblait à la fois comblée et souffrir le martyre , pleine d’espoir et à la fois terrorisée …On la voyait belle et heureuse, mais ça ne compensait pas l’incertitude de son avenir et on se demandait dans quelle mesure elle était préparée à affronter ce que signifie avoir un enfant, comment elle en était arrivée là… ». dit-il . C’est de cette incertitude et de ce constat, auquel s’ajoute la réprobation de leur union par les familles qui vont déclencher les critiques acerbes des parents de Matéo et Valéria , visant leur manière de s’occuper et d’élever la petite fille : «  vous êtes inexpérimentés , pas de travail , pas d’argent , pas de maison , quel avenir pouvez vous offrir à cette enfant ? » . Ce poids familial relationnel- sujet d’exploration au cœur des films du cinéaste – est venu compléter son désir de le mettre une fois encore , au centre de son récit  «  Je suis par ailleurs fasciné par les relations conflictuelles que tant de parents ont avec leurs propres enfants ; ils refusent d’accepter le temps qui passe … Ce déni, ces variations dans la dynamique de la famille, peuvent mener au chaos …», dit-il …

Avril ( Maria Suarez ) et ses deux filles : Clara ( Joanna Larequi ) et Valéria ( Ana Valéria Becerill) au premier plan .

Et c’est au cœur de ce possible chaos et de ses conséquences que sa mise en scène , va nous entraîner . Lorsqu’un jour , la mère de Valéria ( Emma Suarez , aussi formidable …qu’inquiétante !) va débarquer dans la maison de la grande sœur qui les loge et protège …pour prendre les choses en mains . Instinct maternel possessif et déni en bandoulière évoqué par le cinéaste qui va en explorer les multiples facettes au cours des événements qui vont se succéder …pour en construire un portrait saisissant. Ne s’embarrassant comme à son habitude, de détails moraux ou autres , qui pourraient freiner ses personnages . Les accompagnant chacun dans leurs certitudes et instincts qui les guident obstinément , jusqu’au cercle vicieux de l’enfermement aveugle d’un mécanisme , conduisant – ou pouvant conduire – à la monstruosité … La charge culpabilisante  ne suffisant pas , en secret , le deux familles profitant du fait que leurs enfants sont mineurs, vont faire des démarches pour obtenir que leur petite fille soit l’objet d’une mesure d’adoption . Et le manège ne s’arrêtera pas là, ils vont mettre tout en oeuvre pour séparer aussi Valéria et Matéo.  Valéria  qui se rebelle et  devient dépressive, fera un passage en clinique , Sa mère en profite pour accaparer et se servir de Mateo en échafaudant un plan diabolique dont l’enfant sera l’enjeu . C’est au cœur de ce mécanisme qu’on vous laisse découvrir , que le fil rouge de la mise en scène de Michel Franco , ausculte avec une précision tout aussi diabolique , les conséquences des conflits , jalousies et autres rapports de forces qui instillent inexorablement la haine …et la soumission à laquelle on vous accule . Certains peuvent y perdre la raison et d’autres la vie ( suicide ? ) comme le révèlent les  faits divers dont les films du cinéaste se font  aussi l’écho et le reflet des mentalités dans un pays où le poids de la religion et de la morale est resté vivace .

Une scène du tournage – Michel Franco ( à droite ) face à Joanna Larequi

Dès lors , le cinéaste exécute un portrait de famille sans concessions  dominé par le vertige possessif d’une haine qui n’a plus de limites  conduisant à des comportements aussi  abjects que  calculés . Se servant habilement des lois ( sur les enfants mineurs… ) qui le permettent, et ne peuvent donc pas considérés comme des délits  commis envers eux  . Terrifiant !.         La force de son récit et de son film est là , dans cette introspection des personnages dont il décline , les solitudes et les névroses qui les enferment . Son regard en est d’autant plus troublant et fort , qu’il prend la forme d’un constat lucide sur les raisons et motivations des uns et des autres . En les déclinant, sans les juger , il en révèle avec d’autant plus d’acuité et de force , les instincts -de conservation – qui les guident dans l’engrenage dont ils se rendent prisonniers . Comme celui  du  final dont vous découvrirez la surprise ,qui  ne manquera pas de vous laisser , encore un peu plus interrogatifs …
(Etienne Ballérini )

LES FILLES D’AVRIL de Michel Franco- 2017- Durée : 1h 42
Avec : Emma Suarez , Ana Valéria Becerril, Joanna Larequi , Enrique Arrizon, Hernàn Mendoza …

LIEN : Bande -Annonce du film Les Filles d’Avril de Michel Franco .

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