cinéma / DUNKERQUE de Christopher Nolan.

Par le cinéaste d’Insomnia , de  la « trilogie Batman » et d‘Interstellar, le récit de l’opération « Dynamo », en mai-juin 1940 de l’évacuation des soldats encerclés par  l’armée Hitlérienne sur la plage de Dunkerque. Une superbe fresque où, au coeur du chaos collectif les individus se révèlent, de même que les éléments d’une stratégie militaire et ses enjeux patriotiques et politiques.

l’affiche du film.

Le fil rouge de son récit, c’est le jeune soldat , Tommy ( Fionn Whitehead ) que l’on va suivre tout au long de l’opération et que l’on découvre dans la première séquence échappant aux balles et au feu de l’ennemi dans les rues de Dunkerque pour rejoindre la multitude ( près de 400 000 ) de ses compatriotes et autres alliés , encerclés sur la plage de Dunkerque pour une évacuation qui va se révéler problématique. D’emblée le récit inscrit les enjeux d’une guerre qui va durer encore quatre années , dont la puissance de l’ennemi sous -évaluée par les stratèges alliés , a conduit à cette catastrophe .Ce  le chaos qu’elle entraîne – sur cette plage devenue un huis-clos où les soldats sont pris au piège de l’armée Hitlérienne –  qui en garde toutes les issues –  constitue le lieu emblématique de la tragédie humaine qui va s’y dérouler . Affronter les lignes qui gardent l’espace et les encercle , est devenu impossible pour les  soldats alliés  car c’est s’exposer à la mort sous le feu de la mitraille ennemie qui tient désormais la ville.  Rester sur la plage c ‘est subir les  des raids des avions de la Luftwaffe et aussi  s’exposer à la menace des sous-marins rendant impossible tout espoir de s’échapper par la mer. L’ennemi le sait qui va exhorter , via les tracts lancé sur la plage,  les soldats alliés à se rendre  » vous n’avez pas d’autre issue »  …plutôt que de se faire tuer.

Tommy ( Fionn Witehead ) échappe aux balle ennemies et rejoint ses camardes sur la plage de Dunkerque…

Le commandement Anglais va décider alors , une risquée opération d’évacuation décidée par Winston Churchill qui décide d’envoyer des Destroyers à leur secours pour les évacuer  . Sachant que l’évacuation , sous le menace du feu ennemi qui veille sur terre, dans les airs et la mer, ne pourra se faire que pour les soldats empruntant  la jetée s’avance vers l’océan … elle aussi menacée par les raids des avions !. En charge se superviser l ‘opération risquée sur la plage de Dunkerque et en contact avec les autorités , le commandant Bolton ( Kenneth Branagh ) inquiet constate l’enjeu et les difficultés à surmonter auxquelles il doit faire face . Révélant entre autres que le commandement Anglais , prévoyant une future proche attaque du sol national par l’ennemi, a dû garder en réserve préventive sur le sol Britannique toute une partie de l’armement et de l’arsenal de guerre . L’opération de rapatriement sera donc épaulée par la mobilisation de la flotte civile demandé comme «  un sursaut patriotique », nécessaire . Celui qui pourra permettre, la mobilisation pour une future victoire et revanche . Des centaines de propriétaires de bateaux de pêche ou civils , vont s’y associer et prendre la mer vers Dunkerque , afin d’y participer . Les enjeux ainsi définis au cours des péripéties , Christopher Nolan qui en éclaire ainsi la trame de son récit , peut désormais laisser place à ce qui le passionne sans doute le plus : en extraire et sublimer le vécu quotidien et la survie qui s’y joue . Au travers d’une construction dont l’originalité de ses ellipses et d’une chronologie déconstruite , ménagent à la fois le suspense ( et donc le spectacle ) en même temps que ce sentiment d’une approche renouvelée , par une immersion doublement sensitive de celui-ci , au cœur du chaos …

Le commandant  Bolton ( Kennneth Brabagh )  supervise l’évacuation des troupes Anglaises 

C’est dans cette perspective que sa mise en scène de la guerre et du chaos se fait à la fois en forme de retour à ces productions populaires des films de guerre d’hier , dont il éclaire par son approche originale , le ressenti et le vécu de ses personnages pris dans l’étau . Fuyant la manipulation et la vacuité des recettes modernes du genre et leurs excès jouant sur la surenchère psychologique et visuelle , Christopher Nolan préfère proposer  au spectateur la redécouverte des émotions, suscitée par une déstabilisation ( du récit en osmose avec ses personnages ) , offrant au spectateur le même sentiment du vécu , de la surprise et de la première fois . Le miracle c’est que  cette   adéquation totale avec le sujet et  la description de ce que sont conduits à vivre les soldats au cœur de ce chaos,  nous  fait les témoins de leurs réactions dans une situation inédite qui va les contraindre , à se révéler à eux-mêmes . D’ailleurs au parcours en fil-rouge du soldat Tommy , viennent s’y ajouter bien d’autres  anonymes  qui en plein cœur de la tourmente , vont se distinguer  . A l’image par exemple de ce jeune garçon embarqué sur le bateau de pêche du père de son ami dont le but de sa participation aux secours , est de «  prouver , qu’il est autre chose que ce vaurien qui n’a jamais rien fait de bien  et d’utile ! » …

Le pilote Farrier ( Tom Hardy ) en action aux commandes de son Spitfire

Christophe Nolan multiplie les séquences de bravoure et de survie auxquelles sont confrontés les soldats au cœur d’un ensemble collectif en déroute et en quête de survie dont ils sont les protagonistes . Comme l’éclaire cette scène où on retrouve un groupe d’entr’eux dans cette embarcation échouée sur la plage où ils se réfugient sous la menace de balles ennemies en attendant la marée qui pourrait les faire  dériver vers le large . La peur et l’angoisse de l’attente de la possible délivrance  ( ou mort… ) , y révèlent les lâchetés des uns, et les sacrifices auxquels d’autres savent faire face . D’autres et multiples situations semblables servies par des dialogues qui ne font pas dans la surenchère , des scènes de foule impressionnantes dont le cinéaste avoue ses références de  cinéphile qui l’ont inspiré             ( entr’autres l‘Intolérance de G.W Griffith , Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg …mais aussi Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson ) , voilà qui explique ce regard si proche des individus . Des séquences d’action fortes , en scènes sensibles , le film fait mouche. Difficile d’oublier cette masse de soldats sur la plage en attente de la délivrance , ou,  le parcours et les avatars de ce voilier et de son capitaine parti au secours des soldats . Ou , encore le pilote ( Tom Hardy ) tournoyant sans repos ( et en héros ) dans les airs dans son Spitfire pour protéger la flotte Anglaise des bombes des avions ennemis. Ou encore , l’équipage  qui se noie de ce destroyer touché , et ceux tombés en mer d ‘un  autre bateau  qui  seront brûlés vifs par une nappe de mazout en feu dont ils seront les prisonniers victimes. Dans la tourmente de la tragédie la place faite en hommage aux victimes , et puis la dignité et l’humanité dont feront preuve ceux qui tentent de survivre et dont certains se sacrifient pour sauver leurs camarades …

Dawson ( Mark Rylance) le capitaine du voilier civil qui se joint à la flotte des  secours…

Ce que n’oublie jamais Christopher Nolan , c’est aussi de donner sens et force au détails qui lui permettent au milieu  du fracas de la débâcle, de nous plonger au cœur d’une humanité prisonnière dont l’héroïsme comme réflexe de survie a quelque chose de bouleversant , par ce qu’elle nous renvoie à nous- mêmes et sur l’âme humaine . Christopher Nolan les sublime en une magistrale leçon de cinéma où le sens du récit, du spectacle et de la dramaturgie de l’intime, l’élève au rang des grands cinéastes des productions populaires d’hier. A l’égal des modèles du genre , Les forçats de la gloire de Willima A. Wellman ( 1945 ) Les nus et les morts de Raoul Wlash (1958 ) ou encore , Les hommes contre de Francesco Rosi ( 1970  ), Les maraudeurs attaquent ( 1962 ) et Au delà de la gloire de Samuel Fuller (1980 ) . Renvoyant , certains des blockbusters sans âme d’aujourd’hui , dans les cordes …

( Etienne Ballérini)

DUNKERQUE de Christopher Nolan – 2017- Durée : 1h 47
Avec : Fionn Witehead , Kenneth Branagh, Tom Glynn- Carney, Jack Lowden, Tom Hardy, Harry Styles, James d’Arcy Aneruin Barnard , Mark Rylance …

LIEN : Bande Annonce officielle ( Warner Bros.) du film , Dunkerque de Christopher Nolan .

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