Cinéma / Je me souviens… de Claude RICH

Atteint d’un cancer, Claude Rich s’est éteint jeudi soir à l’âge de 88 ans. Le cinéma et le théâtre français viennent de perdre l’un de ses comédiens emblématiques.

Je me souviens que Claude Rich est né à Strasbourg, le 8 février 1929, mais que sa famille s’est installée à Paris, au n°95 du boulevard Saint-Michel, après la mort de son père, victime de la grippe espagnole. Comme sa mère élève seule ses quatre enfants, Claude Rich est amené à travailler très jeune.

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Avec Charlotte Gainsbourg dans La Bûche – Crédit photo : Pathé Distribution

Je me souviens qu’il a commencé comme employé de banque. Mais la banque mène à tout à condition d’en sortir et c’est la lecture de Céline qui lui donne l’envie de faire carrière sur les planches. « C’est grâce à Céline que j’ai voulu être acteur, grâce à Mort à crédit, aimait-il raconter. Ma vie n’était pas aussi misérable que celle qu’il décrit, mais cette enfance ressemblait à la mienne et, ainsi écrite, elle devenait de l’art. J’ai compris que l’horreur pouvait se transformer et je me suis dit que si, un jour, moi aussi j’y arrivais, ma vie de petit orphelin ne paraîtrait pas si triste. » (*)

Je me souviens qu’après avoir suivi les cours du soir de Charles Dullin, il est entré ensuite Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, où il obtient le 2e prix en 1953. Dans cette promotion figurent Annie Girardot, Michel Beaune, Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort et Pierre Vernier, ses copains et amis de la bande du Conservatoire.

Je me souviens que c’est en 1953 également qu’il a fait ses débuts au Théâtre de la Renaissance. « J’ai eu la chance à mes débuts de ne pas être engagé par la Comédie-Française mais sur les Boulevards. J’y jouais trois pièces par an et, pour se faire connaître des critiques, c’est bien mieux que de jouer une seule pièce qui reste trois ans à l’affiche ! » » (*)

Je me souviens que c’est René Clair qui l’a repéré sur les Boulevards et l’a fait fait débuter au cinéma avec un petit rôle dans Les Grandes Manoeuvres.

Je me souviens que Jean Mercure, Pierre Fresnay, Roger Vitrac, Claude Régy, Jean Anouilh, Georges Wilson, Jorge Lavelli, Jean-Claude Brisville, Antoine Rault ou Hans Peter Cloos l’ont dirigé sur scène.

Je me souviens qu’au cinéma il a travaillé sous la direction de Danièle Thompson, Michel Audiard, Julien Duvivier, Michel Deville, Claude Chabrol, Henri Colpi, Pierre Granier-Deferre, Georges Lautner, René Clément, Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Mocky, Édouard Molinaro, Alain Resnais, François Truffaut.

Je me souviens qu’il a été au théâtre, au cinéma ou la télévision, Louis Althusser, Léon Blum, le colonel Chabert, Galilée, le général Leclerc, Mazarin, Talleyrand, Voltaire et même le Diable.

Je me souviens qu’il a joué dans plus de 50 pièces et pas loin de 80 films.

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Avec Lino Ventura dans Les Tontons Flingueurs – Crédit photo : DR

Je me souviens qu’il a écrit quatre pièces de théâtre : Le Zouave, Un Habit pour l’hiver, Une chambre sur la Dordogne et Les Braises, l’adaptation du roman de Sandor Marai.

Je me souviens également de quelques-uns de ses rôles parmi tant d’autres :

Antoine Delafoy, le petit ami de Patricia (Sabine Sinjen), la « nièce » de Lino Ventura alias Fernand Naudin dans Les Tontons flingueurs. Le jeune blanc-bec agace profondément l’ancien gangster qui finit par craquer : « (…) ton Antoine commence à me les briser menu ! »

Il est à la fois Pierre de La Fouchardière et le Général Leclerc dans Paris brûle-t-il ? de René Clément

Dans Je t’aime je t’aime, film de science-fiction d’Alain Resnais, il est Claude Ridder. Après une tentative de suicide, le personnage accepte de se prêter à une expérience scientifique. Il voyage ainsi dans le temps et retrouve sa femme dans le passé.

Christian Martin, l’homme de confiance de Bertrand Barnier, un riche promoteur, joué par Louis de Funès, est en fait un escroc dans Oscar réalisé par Edouard Molinaro.

Le 6 juillet 1815, après la défaite de Waterloo Talleyrand et Fouché, interprété par Pierre Brasseur, se préoccupent du sort de la France. Le Souper d’Edouard Molinaro.

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Le Souper (avec Claude Brasseur) – Crédit photo : DR

Stanislas, un violoniste tzigane à la retraite dans La Bûche de Danièle Thompson et pour lequel il a suivi des cours de violon.

Panoramix le druide gaulois, dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, l’adaptation d’Alain Chabat de la BD de René Goscinny.

Je me souviens qu’en 1993 Claude Rich a obtenu le César du meilleur acteur pour son interprétation de Talleyrand dans Le Souper d’Edouard Molinaro et qu’il il sera récompensé d’un César d’honneur en 2002 pour l’ensemble de sa carrière.

Je me souviens qu’André Dussollier le surnommait « l’acteur souriant ».

Je me souviens que Bertrand Tavernier a dit de lui : « J‘aime d’abord sa jeunesse, sa folie, son inventivité. Il est comme un joueur de jazz qui fait chaque fois des variations différentes, pour le plaisir, pour épater. Il est l’acteur dans ce qu’il a de plus imaginatif, généreux et ouvert sur tout ce qui entoure le rôle. Ensuite, j’aime ses angoisses et ses doutes, sa discrétion. Il se conduit de manière formidable, sans en tirer aucune gloriole. En tant qu’auteur, il a des sources d’intérêt secrètes. Ce qui ne l’empêche pas d’être parfois délirant ! La première fois, j’ai rencontré un homme qui bouillonnait continuellement, comme s’il en était toujours à son premier rôle, avec toujours la jeunesse de ses débuts. On dirait que, sur lui, les saletés de la vie n’ont aucune prise, qu’elles passent à côté : comme s’il était immunisé contre elles ! Enfin, j’aime ses fous rires ! » (**).

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« L’acteur souriant » – Crédit photo : D.R.

Je me souviens que son épouse Catherine et sa fille Delphine sont également comédiennes tandis que son autre fille, Natalie, est peintre, photographe et vidéaste.

Je me souviens que, bien que catholique, Claude Rich a déclaré : « Mon métier est en contradiction avec la générosité qu’un chrétien devrait avoir. Un acteur est, malgré tout, tourné vers lui-même. Ne me transformez pas en comédien catholique. Je veux rester un acteur qui puisse jouer tour à tour un salaud ou un saint. » (**)

Je me souviens que ce matin, au micro de RTL, Claude Brasseur, avec qui il a joué sur scène et devant la caméra Le Souper, a déclaré, très ému : « Quand on apprend une nouvelle comme cela, c’est assez difficile d’en parler. Cela me fait beaucoup beaucoup de chagrin parce que c’était un acteur que j’admirais beaucoup et surtout un ami. C’était quelqu’un qui se conduisait bien et qui était un personnage discret, qui n’a jamais fait parler de lui autrement que par ses succès professionnels, c’était un personnage du cinéma français aussi bien dans les comédies que dans le drame, il manquera au public français ».

Reposez en paix Monsieur Claude Rich

(*) « Le Point », le 21 juillet 2017
(**) « La Croix », le 15 avril 2006

C’est de famille – Claude et Delphine Rich (Europe 1 – 15 octobre 2011)

Philippe Descottes

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