Cinéma / UN VENT DE LIBERTE de Behnam Behzadi.

A Téhéran,face à la fratrie qui veut la déposséder suite à la maladie de la mère ,  celle qui jusque là s’est occupée d’elle , va refuser de se soumette au diktat des réflexes de soumission et aux valeurs morales , et se battre pour conquérir sa dignité . Le troisième long métrage du cinéaste, documentariste et comédien Iranien , est une belle réussite . Sélection Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes.

 

l’affiche du Film.

C’est sur une image insolite de la ville de Téhéran, dont on distingue à peine les rues et les immeubles, plongée dans l’épais brouillard de la pollution de l’air, que s’ouvre le film . Dans cette ville dont le cinéaste affirme qu’elle est  « la plus polluée au monde » , a choisi d’y construire sa fiction aux aspects documentaires et aux accents emblématiques d’une fable où la pollution de l’air fait écho à une autre, celles d’une société et de ses valeurs morales  . Le cinéaste dans une «  note d’intention » explicite qui s’en fait l’écho: « on remarque la pollution tant que le phénomène dure et on oublie quelques jours après (…) en fait , on finit par s’habituer parce qu’on travaille dans cette ville et qu’on a pas le choix . Et on s’habitue à ne pas avoir le choix .. .» , explique -t-il . Cette habitude qui  dans la vie devient contrainte naturelle subie, c’est ce que va vivre son héroïne , Niloofar( Sahar Dowlatshahi , remarquable ) femme indépendante et active de 35 ans qui va voir son quotidien  basculer à l’issue d’un nouveau   «  pic de pollution » qui conduit sa mère , déjà souffrante de problèmes respiratoires à l’hôpital et à devoir selon l’ordre des médecin ,  quitter la ville afin d’éviter le pire …

Niloofar ( Sahar Dowlatshahi ) au chevet de sa mère à l’höpital.  ( Crédit Photo – Diaphana  distribution)

Niloofar,  femme indépendante  et active qui s’est démenée jusque là corps et âme pour faire vivre son atelier de couture  et s’occuper au quotidien de sa vieille mère , au point de laisser quelque peu au second plan sa vie sentimentale . Des choix assumés qui ne lui posent aucun problème , mais qui suite aux risque encourus pour la santé de sa mère , vont la contraindre à devoir faire des choix . Quitter la ville et son atelier pour s’installer à la campagne et veiller sur sa mère peut être envisageable … mais pas dans les conditions qui vont lui être dictées par la famille . Frère , sœur , leurs conjoints et famille , vont réveiller ces instincts familiaux d’une certaine tradition morale restée  vivace , faisant valoir face à l’indépendance acquise de Niloofar , le bouleversement et les sacrifices de leur quotidien- contraintes de travail et familiales – qui les empêchent de quitter la ville . Se gardant bien de lui dire qu’ils lorgnent sur l’argent de la vente de son atelier… et l’en  déposséder. C’est donc à elle de se sacrifier!.  Comme le brouillard qui enveloppe la ville , celui qui enveloppe les relations humaines et familiales dans une société où le vrai visage d’une certaine soumission morale rampante , finit par resurgir lorsqu’il s’agit de remettre de l’ordre et ne pas laisser  » Le  vent de liberté » du titre du film,  souffler. Frère et sœur qui n’ont visiblement jamais vraiment accepté les choix de vie de Niloofar , vont saisir l’occasion  de la maladie de la mère  a qui elle est  très attachée , pour lui imposer le chantage sentimental …

Niloofar ( Sahar Dowlatshahi ) en discussion dans un magasin de vêtements ( Crédit Photo: Diaphana Distribution)

Le cinéaste inscrit dès lors au cœur de son film tous ces instants de pressions et de rapports de force insidieux et des non-dits créant le malaise , et que l’on tente de cacher à la mère souffrante qui finira par s’en rendre compte . Le malaise et l’humiliation de Niloofar va alors se muer en révolte ouverte , et en une guerre des nerfs qu’elle va infliger a un frère et une soeur qui ne cessent d’intriguer dans l’ombre , et surveiller ses moindres faits et gestes . Comme l’illustre la magnifique scène où ils se retrouvent exclus de la discussion entre la mère sortie de l’hôpital et Niloofar «  qu’est-ce qu’elles peuvent bien se dire et envisager ? » , s’inquiète le frère . Cette dernière aujourd’hui entend bien « rappeler aux autres » le respect de ses propres choix qui devient  une nécessité pour assumer sa vie sans contraintes . La belle idée du récit , du film et de sa mise en scène , c’est de faire éclore ce désir de liberté et cette révolte au cœur des séquences de tension extrêmes où l’on se dit sans ménagement les quatre vérités . Celles qui permettent à Niloofar ,petit à petit d’inverser les rapports de forces , comme le souligne la réplique «  ce sera à mes conditions ! » avec laquelle elle leur imposer son choix irréversible …

Niloofar en compagnie de sa jeune nièce… ( crédit  photo: Diaphana distribution)

C’est dans la description de cette inexorable nécessité d’inverser le cours de choses et chasser le brouillard  ( comme celui qui enveloppe la ville ) que la mise en scène décline avec habileté le cheminement non seulement de Niloofar , mais aussi celui du  beau personnage de la jeune  nièce témoin des démêles de sa tante, va  finir par prendre conscience , en lui apportant son soutien . Comme  témoin  d’une jeunesse constituant l’avenir d’un possible relais qui pourrait faire perdurer le vent de liberté nécessaire pour secouer les consciences . Sans oublier cette magnifique complicité entre mère et fille  ( regards complices  et gestes furtifs , mots brefs échangés en secret ) ,  d’une vie de soumission trop longtemps subie . Puis il y a également sa vie privé et sentimentale ( belles séquences ) de ces rendez-vous nocturnes avec cet homme avec lequel semble pouvoir se nouer une possible(?) liaison stable.
Ce cheminement , au delà du traitement dramatique et fictionnel , le cinéaste l’irrigue d’un apport quotidien rempli d’un ancrage documentaire l’inscrivant dans une réalité brute . Les séquences de l’hôpital, comme celle du travail dans l’atelier de Niloofar que l’on envisage de moderniser et agrandir . Ou encore, ces rapports au cœur des rendez-vous avec ses amies , où ceux avec les ouvriers du garage où elle amène sa voiture en réparation….

Mais c’est ici surtout , laisse entendre le cinéaste , des mentalités moyenâgeuses et une société toute entière , qu’il va falloir réparer…

UN VENT DE LIBERTE de Benham Behzadi -2017- Durée : 1h 24.
Avec : Sahar Dowlatshahi , Ali Mossafa, Ali Reza Aghakhani , Setareh Pesyani, Roya Javidnia…

LIEN : Bande- Annonce du Film Un Vent de Liberté de Behnam Behzadi .

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