Cinéma / SONG TO SONG de Terrence Malick.

Dans ce troisième volet d’une fresque  débutée avec A la Merveille ( 2013) , poursuivie par King of Cups (2015) le cinéaste avec Song to Song,  prolonge sa double exploration des individus ( les couples… ) , des formes et des codes narratifs. Cherchant à cerner au delà des limites, l’ampleur d’un chaos et d’un désordre des sentiments et du monde dont ses héros sont les explorateurs….

l’affiche du film;

Le cinéma de Terrence Malick si peu prolixe pendant des années avec seulement quatre films entre 1973 et 2005 , est désormais pris d’une certaine euphorie créatrice sans limites . Sans doute le revers de la médaille d’une activité trop longtemps  bridée qui l’a conduit a emmagasiner jusqu’à une sorte de trop plein , finissant par déborder . C’est d’ailleurs cette énergie sur-dimensionnée qui caractérise désormais son cinéma,  et développée par ses héros , les couples – jusqu’ici de  cette trilogie-  dans leur quête exacerbée de soi et de l’autre au cœur d’un cosmos tout aussi chaotique , qui semble vouloir les entraîner dans toutes les dérives et questionnements possibles  sur  leurs sentiments , désirs ,  et sur leur « être » au monde. Cherchant à se dépasser jusqu’à s’y perdre, portés par leur élan et flirtant aux limites de la rupture, pour tenter de trouver un équilibre . Comme  cette énergie  qui les habite servie par une mise en scène en osmose avec ses propres improvisations , à l’image de cette séquence de twerk ( danse sensuelle ) libératrice.  Ivresse et lâcher prise au rendez-vous . C’est dans cette phase libertaire primale que le cinéaste suit ( regarde… ) ses personnages s’y révéler et s’y découvrir …

K.V ( Ryan Gosling ) et Cook ( Michaël Fassbender )

On se retrouve donc entraînés dans le tourbillon de leur aspirations au cœur d’une soirée à Austin organisée par un producteur de disque . C’est là que les  approches et les défis commencent , et que les aventures amoureuses et ( ou ) amicales se nouent , puis se dénouent et finissent par  se détraquer  au rythme des humeurs et des événements . L’équilibre de chacun y sera remis en question de la même manière que les questionnements existentiels qui en découlent. Tandis que certains y trouvent une ivresse , d’autres quelque peu perdus semblent s’y noyer . Comment reprendre pied quand on a le sentiment que autour tout bascule , que les repères essentiels n’existent plus et que personne n’est là pour vous retenir , comme l’illustre la scène où personne n’aidera BV( Ryan Gosling)tombé de sa chaise , à se relever  . BV le musicien que l’on découvre , avec Faye ( Rooney Mara ) à cette soirée organisée par Cook   ( Michaël Fassbinder ) producteur de disques . Le souhait de BV c’est de travailler avec Cook et porter ensemble un ambitieux projet musical . Mais les aspirations et le sentiments de chacun ,  vont finir par se confronter aux questions de confiance mises à l’épreuve . La soirée y sera propice . Faye qui a eu une liaison avec Cook tombe amoureuse de BV, tandis que Cook qui s’est depuis marié à une serveuse ( Natalie Portman) n’ a pas cessé de garder Faye …en ligne de mire! . Dès lors , le « marivaudage » du quatuor et les tentations  qui y interfèrent en liaisons dangereuses finissent , par détraquer la machine relationnelle…

BV ( Ryan Gosling ) et Faye ( Rooney Mara )

La mise en place ainsi faite , Terrence Malick nous entraîne dans le sillage de chacun des personnages confronté à ses propres limites , et ( ou ) faiblesses . Ainsi par exemple la collaboration artistique entre BV et Cook , fondée sur un volonté sincère et amicale , sera confrontée aux aspirations , sentiments et désirs  suscitant jalousies et suspicions , entraînant chacun des membres du quatuor , dans une sorte de spirale  négative de jalousies et d’affrontements . Elle se fera révélatrice d’ailleurs de chacun . Montrant par exemple sous son  charme apparent,  le vrai visage de prédateur de Cook, en même temps que -comme dans les deux précédents opus ,- Terrence Malick dépeint cette frénésie d’aspirations d’ambitions , de pouvoir et la vacuité qui caractérise cette Aristocratie culturelle dans sa  quête hédoniste , que le cinéaste pointe encore ici . Alliances et liaisons qui se font et se défont guidées aussi par ces paramètres où les aspirations individualistes du succès et de carrière , accompagnées des gains qu’elle génèrent , finissent par primer sur les rapports humains . Dès lors , le mal- être de chacun face à ses contradictions , ne peut que perturber et interpeller sa propre quête existentielle. Dans un tel monde est-il possible de trouver un équilibre ? . C’est la question que tous se posent et qui les entraîne dans un sorte de néant . On ne se reconnaît plus soi-même … et le cosmos dans lequel on vit qui semble lui aussi se dissoudre dans le chaos , n’est pas fait pour rassurer !. Les multiples errements de nos héros dans les paysages  urbains ou désertiques , accompagnés d’un voix-off qui ne cesse de questionner et d’interpeller sur leur place et leur identité dans cet univers où leurs vies se jouent , et dont ils ont le sentiment , qu’elles se brisent comme des miroirs . Impossible d’ en rassembler les morceaux ?…

Patti Smith , face à Faye (Rooney Mara)

BV ( Ryan Gosling ) en fera les frais pris dans le tourbillon d’une double déception amoureuse et artistique et confronté à une situation familiale où il doit faire face à la maladie d’un père dont les autres membres de la famille ( ses frères ) se désintéressent . Il ne sait plus  à quel saint se vouer . Cette perte d’équilibre qui fait basculer soulignée pour lui comme pour les autres par le morcellement  d’un  récit et des séquences  qui se télescopent en une sorte d’opéra visuel accompagné d’un bande -son musicale omniprésente . Le tout baignant dans un environnement ( les concerts , les coulisses , la foule …) où le réalisme documentaire vient faire contrepoids  aux envolées  des images  et  aux  états- d’âme d’un vécu personnel . Rencontres furtives avec l’univers des travailleurs des coulisses , mais aussi celui des « stars » de la scène comme Iggy Pop . Surtout celle, magnifique , avec Patti Smith en confidence  intime ( sur la mort de son mari… ) avec Faye ( Rooney Mara ) apportant une belle dimension humaine et morale. Comme si tout à coup face à la quête désordonnée et impuissante de nos héros les yeux embués par leurs certitudes , elle venait apporter la beauté d’un témoignage brut et poignant, d’une démarche de paix intérieure . Celle dont Faye et ses amis dans leur quête effrénée , n’ont pas encore trouvé le chemin qui pourra les mener à l’équilibre . Celui qui se construit lentement , comme elle le dit, au long des épreuves de la vie. Le mouvement et le temps des sentiments , des ambitions , maîtrisé …

(Etienne Ballérini)

SONG TO SONG de Térrence Malick – 2017- Durée : 2 h 08.
Avec : Ryan Gosling , Rooney Mara , Michaël Fassbender , Natalie Portman , Kate Blanchett , Hollu Hunter , Val Kilmer , Iggy Pop, Patti Smith ..

LIEN : Bande-Annonce de Song To Song de Térrence Malick.

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