Cinéma / LE CAIRE CONFIDENTIEL de Tarik Saleh.

Le cinéaste -documentariste Suédois d’origine Egyptienne frappe un grand coup avec son film qui l’a fait revenir à sa seconde patrie , pour nous offrir ce « polar » infiltré par le réel qui s’y engouffre comme germe d’une explosion contre la corruption . Celle d’une contestation du printemps Arabe qui va envahir la place Tarhir en 2011 . Dans le sillage de son héros policier-enquêteur et guide , on est les témoins privilégiés. Superbe ! .Primé au Festival de  Sundance  A voir sans hésiter …

l’affiche du film.

Le genre du polar a su très vite se faire l’écho du réel  traduit  par les romanciers ( Ellroy , Chandler , Hammett ,et autres… ) et dont les cinéastes Américains  se  sont nourris .C’est cette démarche que Tarik Saleh a choisi d’explorer pour son quatrième film . Son expérience de documentariste a sans doute pesé , mais aussi celle consistant à trouver le moyen de « détourner » l’interdiction de tournage par les autorités de sécurité Egyptiennes qui l’y ont entrainé . Dès lors il s’agissait de lier fiction et réel dans d’autres lieux , afin dit-il «  de récréer un ville , saisir son âme…et y emmener le spectateur en voyage  » . Il va nous y immerger dans le sillage de son héros Policier, Nourredine ( Fares Fares ) enquêtant sur une sordide et sombre histoire de meurtre d’une chanteuse dans un hôtel du Caire . Une enquête dont la nébuleuse ne cesse de s ‘épaissir au long de ses investigations dont les implications et les conséquences qu’elle suscitent laissent deviner que les hautes sphères du pouvoir n’y sont pas étrangères . Mais notre héros dans la tradition des incorruptibles ne va pas vouloir se laisser impressionner !….

face à Nourredine ( Fares , Fares ) , l’amie de la victime assassinée témoigne …

Le cinéaste s’est inspiré d’une l’histoire vraie , celle de l’assassinat en 2008, de la chanteuse Libanaise Suzanne Tamim qui avait choqué le pays et entraîné la condamnation d’un homme d’affaires et d’un membre du gouvernement proche de la famille d’Hosni Moubarak. L’histoire laissant entrevoir ce qui sera une dégradation du pouvoir et des ses institutions sécuritaires dans une certaine dérive qui le coupait inexorablement de la population et de la jeunesse, et qui se concrétisera quelques années plus tard . C’était dès lors , une sorte de logique dramatique que de la transposer au cœur des événements contestataires qui débutèrent en 2011 par les manifestations contre la police et l’élite corrompue . Le « lien » ainsi fait , il restait à l’ enrichir de ce regard « entre ce passé et ce futur qui s’entrechoquent et ceux qui y sont broyés  » finissant par éclater au grand jour , suscité par une sorte de « ras le bol » insupportable. C’est ce contexte que le cinéaste réussit a dépeindre avec une acuité et une dextérité de mise en scène assez incroyable . Dès les premières images on est d’ailleurs plongés dans cette atmosphère «  opaque » des compromis et des backchich qui ne permettent presque plus de distinguer le policier et le malfrat. Les deux Univers en fait se partagent leurs périmètres et leurs butins … et si quelqu’un s’aventure sur leurs territoires , il doit en passer , par verser sa cote-part . La « filière» de la corruption qui fait prospérer les uns et les autres dans l’impunité la plus parfaite , ne fait qu’aggraver l’insécurité et le mécontentement d’une population qui en subit les effets …

La jeune émigrée noire,  témoin du meurtre

Nourrédine donc, qui sait et connaît le contexte , va se retrouver à enquêter sur cette affaire de meurtre d’une chanteuse à l’hôtel Hilton du Caire dont il lui semble qu’on veuille la classer bien trop vite . A la fois perplexe et curieux de cette précipitation et en même temps quelque peu enclin à y voir une occasion de faire valoir ses qualités et profiter de la notoriété que l’affaire pourrait lui offrir comme tremplin . Il décide donc de poursuivre ses investigations porté aussi par une certaine dose d’intégrité faisant contrepoint à ses écarts en servant le pouvoir et ses supérieurs . D’autant que sa curieuse perspicacité aidée par le témoignage de l’amie de la chanteuse assassinée , lui offre par le biais de confidences de premier plan sur l’oreiller d’un coup de foudre amoureux , une certaine avance. La réussite de ses investigations qui lui permettent de traquer quelques gros morceaux …avant de s’attaquer à d’autres , rendent même ses collègues jaloux,  mais le revers de la médaille ne se fera pas attendre. Considéré comme trop dérangeant pour oser s’attaquer à des territoires conquis et surtout s’intéresser à des personnalités proches du pouvoir qui pourraient  être compromises , alors on cherche à le museler par une promotion qui impliquerait la soumission aux ordres …

...et la rue va s’embraser

C’est la provocation qu’il ne fallait pas lui administrer … l’injustice lui est d’autant plus insupportable que certains de ses contacts tombent sous les balles et il mesure qu’on veut le faire taire «  Nouredine est notre guide, un prince de la ville. Vous apprendrez avec lui l’art de la corruption, les codes du milieu, la bonne attitude à avoir en fonction de son interlocuteur. Et puis il y a l’argent qui passe de main en main, les petits gestes à connaître. Vous apprendrez la beauté du pouvoir et la laideur de la vérité », explique le cinéaste . Et cette vérité là qui dérange, Nourredine veut la faire éclater au grand jour . On vous laissera découvrir les multiples séquences qui nous entraînent au cœur d’un système de pouvoir bien en place et surtout les conséquences qui en découlent sur une population muselée sur laquelle le cinéaste porte , lui, son regard dans les rues et les quartiers où vivent et survivent les délaissés qui en sont les victimes expiatoires . Le parcours et le traitement subi  par  cette jeune noire immigrée clandestine témoin de crime et employée non déclarée de l’hôtel où il a eu lieu, en est un exemple . Comme les exactions et ( ou ) les crimes commis envers ceux qui se mettent au travers de la route d’un supérieur ou d’un pouvoir de quartier . Alors quand la colère sourde gronde , elle finit généralement par se libérer , et la rue qui se remplit de milliers de voix qui disent le désir de démocratie . Elle se fait courage et cherche à provoque son destin Nourrédine se rend compte qu’il n’est plus un homme seul , face à un système impitoyable …

La dimension sociale et politique du film est là, et l’osmose voulue du genre investi par le réel , est une totale réussite… et un vrai plaisir de cinéma . A voir sans hésitation..

(Etienne Ballérini)

LE CAIRE CONFIDENTIEL de Tarik Saleh – 2017- Durée : 1h50 .
Avec : Fares Fares, Mari Malek Yasser Ali Mahler , Slimane Dazi, Ahmed Selim…

Lien : Bande-Annonce du film , LE CAIRE CONFIDENTIEL de Tarik Saleh.

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