Cinéma / ENTRE DEUX RIVES de Kim Ki-duk.

Reconnu internationalement dans les festivals et par la critique ( Lion d’Or à Venise pour Pièta / 2012 ), ses films ont trouvé l’écho auprès du public pour leurs qualités symboliques , poétiques et oniriques. Avec son nouveau , le cinéaste Sud Coréen nous plonge dans le sillage de son héros pêcheur Nord Coréen  dont la petite embarcation a dérivé accidentellement vers le Sud , entraîné dans la tragédie humaine de la partition et du conflit entre les deux Corées. Très actuel et passionnant …

Cinéaste au caractère indépendant et iconoclaste passionné dès son plus jeune âge de peinture , il découvre les arts plastiques et le cinéma lors d’un séjour en France au début des  années 1990 qui deviendront  une autre passion. Sa carrière cinématographique qui débute à la fin de la décennie trouvera sa consécration avec l’ île en 2000 , où on y retrouve l’influence de ses passions  et aspirations artistiques auxquelles s’ajoute un regard sombre et sans concessions sur la société . C’est justement ce regard qui est pour la première fois directement au premier plan avec une dimension politique et de réflexion sur une « blessure » dont son héros pris au piège , va devenir un « objet » d’ enjeux politiques qui depuis plus de Soixante opposent Corée du Nord et Corée du Sud . Dans ce piège et l’enfer qui le caractérise , Chud-Woo (Ryoo Seung-Bum , interprétation remarquable et bouleversante ) ,modeste pêcheur Nord Coréen qui vit avec sa femme et sa fille près d’un lac marquant la frontière entre les deux pays , va s’y retrouver piégé et confronté malgré lui. Une panne de moteur et son embarcation qui dérive inexorablement de l’autre côté chez l’ennemi où il sera arrêté par la police des frontières. L’enfer ,va commencer …pour lui  qui  veut simplement retourner au pays auprès de sa famille, le seul « bien » auquel il  tienne…

arrestation et interrogatoire par les services sud Coréens

Considéré comme un ennemi envoyé en espion à la solde du régime de Kim Jong-un , il sera soumis à la question par la police du régime du Sud , et considéré par les autorités du Nord comme un « otage » dont l’ennemi veut se servir pour discréditer le régime. Le bras de fer est en marche . «  sans le vouloir les hommes sont prisonniers de l’idéologie Politique des lieux où ils sont nés » explique le cinéaste qui déclinera tout au long de séquences de son film ce constat au travers des situations vécues par notre pêcheur qui va endurer et être confronté aux pires souffrances et soumis au regard inquisiteur des deux parties dont il deviendra « l’ennemi sacrifié » d’un enjeu stratégico-politique , explique le cinéaste . Ce dernier dans le dossier de presse explique les raisons qui l’ont amené à sortir quelque peu de son cadre artistique habituel pour aborder plus clairement l’aspect politique «  Nous sommes dans une situation vraiment déplorable. Cette situation m’a poussé à montrer les raisons de ces difficultés à travers le film “Entre deux rives” : chacune rejette la faute sur l’autre, envie, suspecte l’autre et éprouve à son égard un sentiment de jalousie. Le conflit nucléaire actuel rend cette situation encore plus extrême. En outre, placé au coeur des intérêts conflictuels des puissances américaines, chinoises, japonaises et russes, l’avenir de la péninsule coréenne demeure incertain. Il est sacrifié au profit des intérêts militaires de grandes puissances extérieures. Je voudrais que le film encourage les deux Corées, en tant qu’acteurs indépendants, à régler leurs différends. Je souhaite profondément qu’elles puissent tourner la page, se comprendre mutuellement et se pardonner pour enfin être unies et réunifiées »…

Le pêcheur ( Ryoo Seung-bum ) avec le jeune gardien sud Coréen qui tente de l’aider

Le point de vue ainsi défini , il s’agit dès lors d’en décliner la dimension d’un vécu dont le pêcheur est au cœur d’une guerre psychologique de manipulation instrumentalisé par les deux camps. L’habileté de Kim Ki-Duk est de renvoyer quasiment dos à dos , les adversaires dont il est devenu le « pion » de l’échiquier  et des enjeux politiques. Elle est aussi d’avoir choisi un homme ordinaire qui y est incidemment plongé au cœur et va en subir la violence, et sera sacrifié… au nom de l’état.  Le cinéaste a d’ailleurs dit s’être inspiré de nombreux cas similaires de citoyens qui y ont étés confrontés comme son héros . Et la force de son récit trouve sa déclinaison de l’enfermement kafkaïen dans lequel il se retrouve plongé au cours de ce va-et-vient entre les deux pays. Les deux commissaires inquisiteurs se confondent sous le même masque de l’absurdité campés derrière leurs certitudes et refusant de se laisser abuser . Celui du Sud ( Kim Youg-min ) dont le grand-père a été tué par les Nord – Coréens auxquels il voue  une haine indéfectible, et son patron chef de département  ( Choi Guy-Hwa)  qui ne comprend pas «  pourquoi il veut retourner dans cet enfer de la dictature  » ,  voit en lui la victime d’un lavage de cerveau et refuse de le voir rejoindre l’ennemi.  Lors de son retour « négocié » au pays,  l’inquisiteur du Nord exemple typique de serviteur de l’état instrumentalisé , ne verra en lui qu’un « habile stratagème de corruption capitaliste  pour décridibiliser la république démocratique du Nord !» » et fait se son « nounours en peluche » cadeau qu’il ramené pour sa petite fille n’est-il pas …un objet à charge ?.

le défi  du pêcheur ( Ryoo Seung-bum ) um contre  l’incompréhension et  l’instrumentalisation 

Le thème de la violence de l’enfermement et de la privation de la liberté au cœur de l’oeuvre du cinéaste dont l’évasion dans la poésie et l’onirisme faisait écho trouve ici dans la noirceur que tempère quelque peu un certain humour noir ( le chant en l’honneur de la patrie démocratique entonné lors du  départ et retour au pays ) . Ou la solidarité du jeune ( Lee Wong-Gun) l’assistant Sud -Coréen chargé de le surveiller lors de sa détention , et qui s’élève contre les interrogatoires violents qu’on lui fait subir , offrent un contrepoint à la noirceur du constat.
Mais quand le poisson est pris dans le filet …

(Etienne Ballérini)

ENTRE DEUX RIVES de Kim Ki-duk – 2017- Durée : 1h54 .
Avec : Ryo Seung-bum, Lee Won-gun, Kim Young-min, Choi Gwy-hwa, Anh Ji-hye, Jeong-Ha-dam….

Lien : Bande-Annonce du film  ENTRE DEUX RIVES  de Kim Ki-duk.

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