Cinéma / SANS PITIE de Byun Sung-Hyun.

Un caïd qui fait la loi en prison et qui se rêve chef de gang , voit son autorité remise en cause par un jeune nouveau venu …aux arguments tranchants . On se toise et on se rapproche , Jeux du chat et de la souris . Au cœur des faux- semblants d’une double manipulation, le cynisme d’une violence stylisée s’y déroule , en une mécanique implacable …

l’affiche du film.

Le troisième long métrage du jeune cinéaste Sud Coréen que l’on découvre en France avec ce film présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes , s’inscrit dans la continuité de l’approche du thriller par une nouvelle génération de cinéastes qui a grandi sous influences des prestigieux aînés, et cherche à y insuffler un air nouveau . Les codes classiques revisités et la violence au cœur du genre y sont soumis à un décryptage où la stylisation et les décalages de la surenchère sont les moteur d’une mise en scène qui ne cesse de jouer sur les surprises et les nerfs des spectateurs . De la même manière que la dé-construction du récit qui , sous influences des flash-backs, apporte éclairages ou contradictions sur les intentions des personnages . La complexité est au cœur d’un récit d’une noirceur intense qui trouve dans le miroir de l’humour noir , la parade au cynisme ambiant . A l’image de l’une des scènes d’ouverture où sur le quai du port entre deux voyous face à un plat de poissons, s’inscrit un dialogue inénarrable de l’un des convives dissertant sur le rejet… que lui inspire les yeux restés ouverts du poisson mort. La chute inattendue qui suivra cet échange en est  un des multiples exemples…

Le caïd ( Sul Kyung-gu ) fait la Loi en prison.

Les influences du genre le cinéaste , les revendique comme des modèles inspirateurs de sa créativité «…  j’ai incorporé les éléments classiques et stylistiques des thrillers dramatiques Hongkongais des années 1980. Je voulais créer un nouveau style de film auquel le public coréen n’est pas habitué. Un thriller tendu et sans fioritures. » , dit-il . On y décèle aussi l’influence des films de Johnnie To avec et  les envolées lyriques qui les caractérisent. Pour Byun Sung -Hyun ces références , y compris Américaines ( Scorsese, Trarantino ) , sont loin d’être paralysantes. Au fil d’un récit où le suspense est aussi amené par la non- linéarité , les connections qu’il y inscrit dans les relations entres milieux ( des trafiquants et chefs mafieux , et celui  de la police ), se font l’écho du femme  cynisme qui les caractérise . A l’image de cette  femme chef-flic, en charge du démantèlement du réseau des barons de la drogue dont la froideur et le cynisme n’ont rien à envier à celui de ceux qu’elle traque . Dans la manière dont elle se sert de ses propres hommes pour arriver à ses fins . Comme l’illustre ce que devra subir comme pressions , le jeune flic infiltré Jo Hyun-su (Yim Si-wan ) dans la prison pour y faire «  ami-ami » avec ce caïd ambitieux , Han Jae-ho   ( Sul Kyung-gu ), dont il doit gagner la confiance . La trahison de la parole donnée n’est pas que l’apanage d’un seul camp, le jeune infiltré en fera l’amère expérience avec l’odieux chantage et son dénouement , d’une promesse ( l’hospitalisation de sa mère malade ) qui lui sera fait …

La face à face entre le jeune infiltré ( Yim Si-wan) et le caid ( Sul Kyung-gu )

Au cœur de la rencontre entre l’infiltré et le caïd où tout se joue entre non-dits et loyauté en jeu , le suspense et le mystère qui l’entoure sur la relation qui se déroule , est un des points forts du film. Avec cette sorte d’obsession-attraction qui s’installe , qui le rend passionnant . Le cinéaste qui y voit « Un homme, qui a besoin de croire en quelqu’un,  et rencontre un autre homme, qui ne croit en personne, et la confiance qu’ils s’accordent n’est pas vraiment réciproque », a instauré au cœur de cette « approche » , la possibilité d’ausculter désirs et besoins refoulés , dont chacun porte le poids  de son passé, au travers d’un rapprochement  et  d’une forme d’amitié pouvant briser leur solitude , leur quête  de compréhension , d’amour et ( ou ) de paternité. Mais l’enjeu – chacun sachant secrètement qui est l’autre – étant biaisé dès le départ , c’est dans la manipulation de ces sentiments que se jouera la partie pour arriver à ses fins. Dans ce jeu de dupes le récit,  qui multiplie les rebondissements y compris les plus inattendus ,  fait preuve d’une subtilité remarquable dans la manière de révéler, le point faible de l’autre . Et la réplique «  Ne faites confiance à personne, faites confiance aux circonstances » , est celle qui va servir de rempart à l’affection et ( ou ) à l’émotion qui , en la circonstance , pourraient condamner celui qui s’y laisse prendre au piège ….

Face aux menaces , le jeune infildté ( (Yim Si-wan ) ne se laisse pas faire ,

Le superbe  travail , sur le rythme et la construction du récit non-linéaire , est enrobé par un travail tout aussi remarquable sur l’image . Absorbées et digérées toutes les références , le cinéaste en construit sa propre symphonie où les notes ( notations ) se libèrent vers tous les possibles , stimulant par ailleurs l’imaginaire du spectateur . Le cinéaste en confie dans le dossier de presse l’exemple  au travers de l’une des séquences qu’il dit représentative  de l’écho recherché «  la première scène du film où Hyun-su est libéré de prison et voit un cabriolet rouge au milieu de nulle part. J’espère que les gens en voyant cela penseront : « Ah, le film est ce genre de film ! ». Susciter la surprise et l’envie chez le spectateur . Sans doute parcequ’il  aime  aussi se surprendre lui-même et changer de registre en passant du romantisme de son précédent film ( Watcha Wearin’ ? / 2012 ) à ce thriller violent à la chorégraphie                 sur-vitaminée  et stylisée,  enveloppée par des mouvements de caméra vertigineux durant deux heures . A vous couper le souffle …

(Etienne Ballérini)

SANS PITIE de Byun Sing- Hyun – 2017- Durée : 2h 00 .
Avec : Han Jae-ho ( Sul Kyung-gu) , Jo Hyun-su ( Yim Si-wan ) , Ko Byung-gab ( Kim Hie-won) , Cheon Chief ( Jeon Hye-jin ) …

LIEN : Bande-Annonce du film , SANS PITIE de Byun Sung-Hyun .

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