Cinéma / K.O. de Fabrice Gobert.

Après Simon Werner a disparu (2009) et la série TV , Les Revenants (2011), le cinéaste nous entraîne dans l’ombre d’un homme de pouvoir arrogant et dominateur , dont la vie va basculer .Un incident qui va le confronter brutalement , à un monde où ses repères ont disparu et  dans lequel il va devoir se remettre en cause . Un récit entre réalité et fantasme , autour de la figure du héros décryptée sous les formes du drame et du thriller aux accents introspectifs…

L’affiche du film.

Antoine Lecomte ( Laurent Lafitte ), figure éminente, sous-directeur d’une chaîne de télévision est d’emblée présenté comme un homme de pouvoir arrogant et dominateur à la fois dans la vie professionnelle comme  dans la vie privée. Injuste et humiliant envers  ses interlocuteurs , à l’image de ce présentateur vedette qu’il n’hésite pas à « virer » pour avoir osé lui demander quel serait l’avenir de son émission . De la même manière qu’il se fera tranchant envers sa compagne Solange ( Chiara Mastroianni) qui brigue des ambitions  littéraires. Comme dans la scène emblématique du combat de boxe qui ouvre le film où l’issue bascule par rapport à ce qu’ont pu laisser entrevoir les premiers rounds d’ approches , la vie d’Antoine elle aussi , va basculer . Vers une sorte de K.O. dont les dimensions de l’enfer qu’il  va découvrir semble se faire l’écho de l’affiche du film l’Enfer  d’Henri -Georges Clouzot , entr’aperçue accrochée à un mur . Car c’est bien au cœur d’une sorte de cauchemar infernal dans lequel Antoine va se retrouver plongé au lendemain de l’altercation qui l’a opposé à ce subalterne qui lui avait répondu «  tu vas payer ! » … et qui va passer à l’acte en tirant sur lui !. Les urgences et l’hôpital pour un long séjour, duquel il va finir par sortir… et découvrir que plus rien n’est comme avant .

Antoine ( Lauent Laffitte ) et Solange ( Chiara Mastroianni)

En effet, son retour dans les studios et les bureaux jette le doute se concrétisant par ces changements d’attitudes , et d’abord la surprise de se voir relégué désormais … à ce poste de présentateur de la météo qui était le sien ?!. Puis , que signifient les « on a pas voulu ça ! » de ses anciens proches collaborateurs, Ingrid ( Clotilde Hesme ), Boris ( Pio Marmai ), et surtout, cet accueil si chaleureux de ceux qui le détestaient hier , à l’image de ce délégué du personnel qui ne cessait de l’interpeller sur sa gestion  et son comportement … et , plus encore pourquoi les embrassades amicales de celui qui a tiré sur lui ? .
Antoine finit par perdre pied . Rêve où réalité , où se situe la frontière ?. C’est tout son univers mental qui se retrouve mis à l’épreuve d’un retour sur soi. Il s’agit de s’en sortir …mais au risque de se perdre encore un peu plus? . On retrouve ici la « patte » du cinéaste dont l’univers des films cités ci-dessus, se situe  dans  cet entre -deux où se déclinent les possibles . Celui explique le cinéaste «  des comédies américaines où l’on voit la vie d’un type basculer dans un univers totalement différent dans lequel il évoluait jusque là . Un fantastique introspectif en quelque sorte qu’on suivrait pendant deux heures . On souhait ( avec Valentine Arnaud ma co-scénariste ) ce personnage arrogant , voire odieux . Un antihéros. Un personnage que l’on n’aime pas d’emblée. Un scrooge le héros d’ « Un Conte de Noël» de Dickens , contemporain dont la réussite est flagrante , qui a atteint les sommets , et qui du coup , méprise ceux qui n’ont pas réussi comme lui (…) quelle serait alors sa capacité d’adaptation dans un environnement , où il n’aurait ni plus toutes les clés , ni tous les atouts ?. On voulait le forcer à se mettre à la place des autres... » , dit-il  dans le dossier de presse…

Pio Marmai et Laurent Lafiitte

C’est dans cet exercice de remise en cause de son héros et tout ce qu’elle implique ,
que la mise en scène, trouve sa belle et passionnante réussite dans les multiples explorations qu’elle propose et qu’elle soumet au spectateur -complice . S’y distillent le double reflet des miroirs , la quête du vrai et du faux et d’une ouverture au monde . Mais aussi les ruptures qui se glissent comme fausses-pistes « j’adore au cinéma qu’on stimule mon attention , mon intelligence , mon imagination » dit le cinéaste qui ne s’en prive pas . Dès lors le spectateur se retrouve en situation privilégiée mais aussi instable via les « signaux » contradictoires. Parfois en avance, parfois en retard, interpellé comme Antoine
par ce qui se passe ( complot ou cauchemar ?. ) . Installer le doute et l’angoisse , mais en même temps faire en sorte que le spectateur s’interroge sur ce qui lui est transmis de cette réalité dont il est le témoin extérieur.
Chaque point du récit est construit en scénario d’exploration des contradictions et un prolongement de ce qu’elles suscitent. . Un scénario qui joue sur la dualité , à l’image de celle du monde de la télévision où évolue Antoine , un univers qui « module » la perception du regard extérieur , mais également celle de l’univers intérieur selon le poste et fonctions hiérarchiques que l’on y occupe . La spirale ( Vertigo) chère à Hitchcock , est ainsi en place pour que s’y déclinent , les glissements successifs …

Plongée dans le K.O dont il faudra se relever …

Habillés par une partition musicale angoissante à souhait signée Jean-Benoît Dunkel du Groupe Air , et la dimension de l’image cinémascope ( Patrick Blossier à la direction) qui amplifie par son cadre les ruptures permettant de créer une atmosphère ( le final dans la nuit de la ville ) de fuite labyrinthique . Accompagnée par le travail sur les décors et à la lumière . Dès lors ,  le « microcosme » de la télévision prend toute sa dimension emblématique, sur la violence globale de ce que sont les rapports humains dans le monde de l’entreprise . Le thriller social et le drame qui s’y joue habillé par la forme du fantastique et de l’imaginaire d’une rêverie poétique enjouée , puis le romanesque qui s’installe au cœur de cette relation de couple Antoine -Solange où s’immisce la comédie de la reconquête , qui va renaître de ses cendres dans cet univers impitoyable . Antoine , pour y parvenir devra se battre et symboliquement encore faire preuve sinon de sa vitalité et ( ou)  du moins de son courage . Ce courage qu’il lui faudra pour remonter la pente , découvrir derrière le non-dits , la vérité sur lui , sur son hospitalisation … et sur l’homme qu’il est vraiment. Et puis ce twist final qu’on vous laissera le plaisir de découvrir. C’est fascinant …

(Etienne Ballérini)

K.O . de Fabrice Gobert – 2017- Durée : 1h55-
Avec : Larent Laffitte , Chiara Mastroianni, Pio Marmai, Clotilde Hesme , Zita Hanrot, Jean- Claude Clichet , Sylvain Dieuaide , Jean-François Sivadier …

LIEN:  Bande-annonce  de  K.O. de  Fabrice  Gobert .

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