Cinéma / CREEPY de Kiyoshi Kurosawa .

Le réalisateur Japonais devenu Culte avec Cure (1999) nous propose , ici , le portrait d’un dangereux psychopathe manipulateur. les ingrédients du genre ( Mystère , angoisse , possession, meurtres non élucidés …) y sont déclinés au cœur d’une mise en scène psychotique et terrifiante aux accents  hitchcockiens , où faux-semblants et mystères en hors-champ , font mouche…

l’affiche du film.

Après les récents Secret de la chambre Noire (2017)  et Avant que nous disparitions présenté à la Section Un Certain regard au dernier Festival de Cannes ( tous deux chroniqués sur notre site ) , c’est un troisième rendez-vous que nous propose le cinéaste Japonais avec Creepy présenté au dernier Festival de Berlin. On y retrouve les thèmes favoris du cinéaste développés sous différentes formes depuis ses débuts et déclinés  en  intrigues  anxiolytiques où les interférences du mal sous toutes ses formes revêtent les habits  ( et  les images )  du  rêve cauchemardesque , ou  ceux du thriller    ancré dans le réel où s’instille  le malaise et  l’angoisse . C’est un peu le cas de cet ex- détective , Takakura ( Hidetoshi Nishijima ) héros du film ,  grièvement blessé lors d’une prise d’otage , et devenu depuis, professeur en criminologie spécialisé dans les meurtres en série. Développant même un théorie originale en la matière et en totale contradictions avec les recherches sophistiques des services Américains qui , selon lui «  n’ont pas eu de résultats probants » . Ce dernier croyant trouver enfin l’accomplissement dans son nouveau job accompagné d’un changement de résidence dans un quartier tranquille , va cependant vite déchanter , et imperceptiblement , voir s’insinuer dans son nouveau quotidien , un danger dont il a le pressentiment . Adapté d’un roman de son compatriote Yukata Maekawa , dont Kiyoshi Kurosawa  dit avoir  « resserré l’intrigue » , pour la concentrer sur trois personnages principaux et sur le mystère qui entoure des disparitions non élucidées pour lesquelles ses anciens collègues, ont contacté  notre ex- détective…

à Gauche , Takakura ( Hidetoshi Nishijima )  mène l’enquête avec un jeune collègue …

Le mystère y est d’emblée posé par l’absence de toutes traces concernant les corps , et le suspense qui s’y attache concernant l’enquête qui va se dérouler pour tenter de retracer         l’ habile criminel  resté insaisissable , sorte d’Hannibal Lecter Japonais . Mais vous le savez Kiyoshi Kurosawa aime bien brouiller les pistes et offrir d’autres portes de sortie ( ou d’angoisse ) au spectateur . Dans son cinéma à un moment donné la réalité se retrouve toujours pervertie par l’intrusion d’un élément qui la fait basculer vers une autre dimension plus horrifique et   ( ou ) surnaturelle , selon les circonstances et  l’évolution de la situation. Comme c’était par exemple le cas dans le magnifique Shokuzaï ( 2012) où dans le huis-clos de  Le secret de la chambre noire (2017) . Comme le souligne,  aussi , cette exploration emblématique du titre de son film Une autre rive ( 2015 ) où les passé et le présent s’entremêlent pour une quête identitaire. Mais , ici , le passé que tente d’éveiller l’inspecteur chez cette jeune femme traumatisée par la disparition de ses proches se révélera être un gouffre sans réponses. Peut-être que la douleur d’un « inconcevable » y est pour quelque chose ? . Et c’est vers ce terrain glissant  que le cinéaste va nous entraîner dans le sillage de  son détective et de l’ enquête qu’il mène  …puis, à la rencontre de ce voisin mystérieux, Nishino ( Teruyuki Kagawa, formidable ) dont les changements de comportements déstabilisateurs et les excentricités , finissent par révéler une dimension inquiétante . A l’image de la scène où il jettera le froid et créera le malaise en interpellant le professeur de criminologie sur la curiosité un peu trop de gênante dont fait preuve … sa femme !. Cette dernière ne cherchait pourtant , qu’à entretenir de bonnes relations de voisinage …

Takakura bouteille  à la main reçoit son voisin , Nishino ( Téruyuki Kagawa )

Mais nous n’en sommes qu’au premières nouvelles surprises , après celles qui ont déjà marqué la partie de l’enquête qui semble s’enliser …pour laisser place à celles que le cinéaste va faire sourdre au cœur d’une cohabitation de voisinage où le machiavélisme de Nishino va finir par se révéler au fil et au cœur des séquences , dont il distille le secret . Kurosawa, installant dans une sorte de mécanisme de progression de sa mise en scène , l’effet de montée d’adrénaline du spectateur . A en perdre la raison… celle là même que perdront les victimes de la manipulation judicieusement montée par le Psychopathe, et transformées en fantômes-assassins , obéissants. Le monstre en marche , le mal à l’oeuvre. ..Alors on ne vous révélera pas les multiples épisodes qui vont conduire à l’épilogue dont on vous laissera la surprise . Mais ce que l’on peut vous révéler , c’est que Kiyoshi Kurosawa utilise toutes les ficelles  de l’Art du cinéma , art de manipulation de l’image s’il en est , et donc aussi …de la fascination. Jouant de tous les artifices du suspense des fausses – pistes , et des mouvements de caméra  au coeur du hors-champ  en  y laissant sourdre tous les possibles d’une menace …qui sera retardée à plaisir ! . Un « emballage » qui lui permet de nous entraîner inexorablement dans l’univers de son héros « dénué de toutes valeurs sociales et morales , menant sa vie selon ses propres désirs ». C’est la belle idée , qui fait  la force du récit et du film que de renvoyer le miroir du basculement dont ses « victimes » vont inexorablement être les proies . Se détachant imperceptiblement du réel , elles vont se retrouver prises au piège de l’inconnu , de l’horreur et de la folie…

Entre Takakura et son voisin , la tension s’installe. Le pire est à venir …

C’est ce cheminement du mal , et ce basculement  de l’autre côté, le renversement des codes (  bons et méchants )  que le cinéaste explore dont il définit dans le dossier de presse :            «  l’influence de l’héritage du cinéma Policier Américain  des années 1970 –  que j’ai vu quand j’étais lycéen (…)  plongeant ses héros dans le mal qui les contamine peu à peu . Les héros basculent du côté obscur . A la fin on ne distingue plus le bon du méchant . l’un des canons du genre c’est l’inspecteur Harry de Don Siegel qui est un antisocial et un marginal » , dit-il.  Pourtant, le cinéaste trouve – ici – un autre issue dans ce qu’elle révèle de la complexité des trois personnages, et notamment du couple du policier et de sa femme entraîné dans cette envoûtement possessif  . Accentué par  un travail sur les « ruptures de ton »  dont   se fait écho  le choix  sur les couleurs nuancées et chaudes , en totale rupture avec l’horreur et la froideur du récit . Utilisant celles naturelles du cadre  de la zone résidentielle de la ville de Tokyo où l’action se déroule , elles y créent un contrepoint saisissant qui rend l’intérieur de la demeure dans lequel se déroule le sinistre final , encore un peu plus angoissant par les tonalités sombres, de l’enfer qui s’y joue. Accentué  encore par  le  travail sur la bande musicale   (  signée  Yoshihide Otomo)  qui  y  apporte ses   couleurs oppressantes . Difficile  d’en  sortir  indemnes. Pour amateurs de sensations fortes …

(Etienne Ballérini)

CREEPY de Kiyoshi Kurosawa – 2017- Durée 2h10-
Avec : Hidetoshi Nishijima, Yuko Takeushi , Teruyiki Kagawa, Masashiro Higashide , Haruna Kawaguchi …

LIEN : Bande -Annonce du film CREEPY de Kiyoshi Kuroswa.  (EurozOOm distribution ).

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