Cinéma / RARA de Pepa San Martin

Avec Rara, son premier long métrage de fiction, le réalisatrice chilienne Pepa San Martin dresse, via le regard d’une adolescente, le portrait d’une famille homoparentale. Un film primé à Berlin, présenté à Cinelatino et dans de nombreux festivals internationaux.

RARA Affiche
L’affiche du film

Rara (« bizarre »), Grand Prix du Jury de la Section Génération au Festival de Berlin (2016), présenté à CineLatino (Toulouse 2016), s’ouvre par un plan séquence de quelques minutes. La caméra filme Sara, une (pré-)adolescente de 12 ans de dos et la suit marchant dans la cour et à l’intérieur des bâtiments d’un collège dans une ville près de Valparaiso, pour rejoindre le gymnase et ses camarades, garçons et filles. Ces premières images en caméra semi-subjectif donnent le ton, l’histoire sera racontée de point de vue de Sara. Puis, l’on retrouve l’adolescente assise sur le siège avant d’une voiture conduite par Lia. Direction, la maison. Mais Lia est la compagne de Paula, la mère divorcée de Sara et de sa jeune sœur Catalina. Les deux filles ont donc deux mamans et vivent comme dans une famille ordinaire. Les moments de joie comme les querelles sont les mêmes. Protégée par l’innocence de l’enfance, « Cata » ne se rend pas compte de la particularité de la situation, mais Sara entre dans l’adolescence, période des conflits, des interrogations et de l’éveil à la sexualité, et prend conscience du poids des regards des autres dans une société très conservatrice. C’est dans ce contexte que leur père, Victor, qui a refait sa vie avec Nicole, va en profiter pour essayer d’obtenir la garde de ses filles. Sara, désormais entre deux âges mais aussi entre deux monde, d’un côté la liberté que lui offre sa mère, de l’autre la rigidité de son père au nom de la «normalité», le veut-elle ?

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Sara (Julia Lubbert) et Cata (Emilia Ossandon) – (c) Outplay Films

Pour son premier long métrage de fiction, la réalisatrice chilienne Pepa San Martin s’est inspirée du cas réel de Karen Atala, juge chilienne, dont la bataille judiciaire qui a duré près de 10 ans (2003/2012) a ouvert le débat public sur la question de l’homoparentalité. En mars 2002, Karen Atala divorce et obtient la garde de ses trois filles. A partir du mois de novembre, elle vit en compagnie d’une autre femme avec laquelle elle avait débuté une relation sentimentale. Son ex-conjoint initie alors un recours auprès du tribunal en janvier 2003 pour demander la garde de ses filles en argumentant que « la négligence et l’abandon de la mère en raison de son changement d’option sexuelle perturbait le développement normal des mineures ». Karen Atala obtiendra finalement gain de cause après des années de procédure auprès de la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme.

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Sara (Julia Lubbert) – (c) Outplay Films

Par le biais d’une comédie dramatique, aigre-douce, portrait sensible et juste de deux gamines mais aussi d’une famille homoparentale, bien servie par le jeu des quatre interprètes principales, toutes excellentes, notamment les deux très jeunes interprètes Julia Lubbert (Sara) et Emilia Ossandon (« Cata », une « petite peste capricieuse »… et qui ronfle !), Pepa San Martin signe également un film engagé pour le droit à la différence, même si elle tempère : « Mon travail est né de la nécessité de raconter des histoires centrées sur des personnages et la communauté qui gravite autour d’eux. Des histoires intimes, privées, sans revendications explicites. Non pas parce que je ne crois pas au pouvoir des revendications, mais plutôt parce que je pense que le cinéma, et l’art en général, sont capables de modifier la société d’une manière diffuse et subtile, en apportant un changement durable. C’est de cette idée qu’est né le film Rara. Le film est basé sur des faits réels de discriminations, une histoire vraie de jugements et de procès. Mais je crois que Rara est avant tout un film d’amour, d’innocence ; il parle de la perte, de la façon dont on peut l’affronter sans perdre sa propre identité ».

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Lia (Agustina Muñoz) et Paula (Mariana Loyola) – (c) Outplay Films

Au Chili, malgré la fin de la dictature de Pinochet, la société est restée très conservatrice notamment à cause de l’influence de l’Eglise catholique sur le pays. Depuis octobre 2015, les couples de même sexe ont la possibilité d’une « union civile », équivalent d’un partenariat enregistré qui régit leurs droits et devoirs et les reconnaît comme une famille. Le mariage classique reste, d’un point de vue juridique, réservé aux hétérosexuels. Cependant, une loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe pourrait bientôt voir le jour.

En France, malgré le vote de la loi sur le mariage pour tous en mai 2013, l’accès à la parentalité pour les couples homosexuels demeure difficile. La seule option actuellement envisageable pour devenir parents est l’adoption, un processus qui reste très long et incertain.

Rara de Pepa San Martin (Chili – Comédie-dramatique – 2016 – 1h28 – Sortie le 21 juin 2017). Avec Julia Lubbert, Emilia Ossandon, Mariana Loyola, Agustina Muñoz.

Voir la bande annonce du film (Outplay Films – VOSTF)

Philippe Descottes

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