Cinéma / DORA OU LES NEVROSES SEXUELLES DE NOS PARENTS de Stina Werenfels

Présenté dans la section « Panorama » du Festival de Berlin 2015, Dora, ou Les névroses sexuelles de nos parents, vient de sortir en France dans quelques salles de cinéma. Le second long métrage de fiction de la réalisatrice suisse Stina Werenfels se focalise sur la sexualité des personnes handicapées.

DORA affiche
L’affiche du film

L’amour et la sexualité chez les personnes handicapées, physique ou mentale, a déjà été traité au cinéma. Ces dernières années, des films comme Nationale 7 (2000) de Jean-Pierre Sinapi, Hasta la vista (2011) de Geoffrey Enthoven, Henri (2013) de Yolande Moreau, The Sessions (2013) de Ben Lewin, ou très récemment, Pourvu qu’on m’aime, l’émouvant docu-fiction de Carlo Zoratti, témoignent que le sujet n’est plus tabou. Du moins en apparence, car la réalisatrice et scénariste suisse Stina Werenfels s’est heurtée à des difficultés de financement. C’est en Allemagne que les fonds ont pu être trouvés pour mener à bien le projet. Les aides ou subventions de la Confédération helvétique ne sont arrivées qu’une fois le production terminée… Le thème dérangeait-il ? Pourtant, le scénario est tiré de la pièce Les névroses sexuelles de nos parents (2003) de l’auteur suisse d’expression allemande Lukas Bärfuss. Présenté à la Berlinale 2015 et dans plusieurs festivals, le film n’a pourtant fait l’objet que d’une sortie limitée, pour ne pas dire confidentielle. Découvert en 2015, il ne sort en France que cette année…

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Dora (Victoria Schulz) – Crédit photo : Dschoint Ventschr Filmproduktion

Dora, une jeune handicapée mentale (interprétée par Victoria Schulz, une jeune et étonnante comédienne débutante, sans formation théâtrale) vit chez ses parents, un couple de quadragénaires berlinois et travaille à temps partiel. Elle fête ses 18 ans. Sa mère, Kristin, décide d’arrêter son traitement et de lui administrer des médicaments. Libérée de cette camisole chimique, Dora commence à s’épanouir et découvre sa sexualité. Elle rencontre une homme qui lui plaît. Il abuse d’elle dans les toilettes du métro. Pour les parents de la jeune fille c’est un viol, mais c’est une relation consentie et Dora continue de le voir régulièrement dans une chambre d’hôtel. Kristin, qui souhaite avoir un deuxième enfant, est dépassée… Ce court résumé du scénario pourrait déjà expliquer la frilosité de producteurs éventuels en raison d’une approche thématique ni sentimentaliste ni consensuelle mais dérangeante.

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Peter (Lars Eidinger) et Dora (Victoria Schulz) – Crédit photo : Dschoint Ventschr Filmproduktion

Comme l’a souligné la cinéaste lors de différents entretiens : « La personne handicapée n’est pas représentée comme d’habitude en victime, mais avec une volonté forte et indomptable (…). Qu’une femme traite d’un tel sujet avec une telle radicalité, ça doit être un peu déconcertant. Etre l’auteure de ce film, c’est comme être la mère d’un enfant handicapé. Dora pose des questions désagréables, et on refuse ce qui est désagréable. On avorte le bébé désagréable… ». Il est très probable que Dora, notamment au début avec la première scène de sexe dans des wc publics, mettra des spectateurs dans une situation inconfortable, les dérangera voire les choquera, mais il ne bascule pas pour autant dans le voyeurisme.

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Kristin (Jenny Schily) et Dora (Victoria Schulz) – Crédit photo : Dschoint Ventschr Filmproduktion

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre un rien trompeur, le film embrasse différents points de vue. Celui de ses parents, et de la mère en particulier, une femme en plein désarroi face à cette situation et partagée entre l’amour et une certaine rancœur. Celui de Dora, bien sûr, de l’adolescente aux capacités mentales d’une enfant de 8 ans qui célèbre ses 18 ans à celle qui découvre candidement ses sens et la sexualité, mais aussi celui du prédateur sexuel, personnage abject, il va pourtant éprouver des sentiments contradictoires. La réalisatrice ne juge pas ses protagonistes et introduit bien des interrogations, parmi lesquelles : les discours sur l’égalité et l’autonomie des handicapés ne sont-ils que de belles paroles ? Y a-t’il des limites au droit des personnes handicapées à une vie sexuelle ? Stina Werenfels soulève des questions, souvent complexes, mais se garde d’y apporter des réponses. Néanmoins, elles constituent une base pour amener réflexion et discussion. C’est l’un des mérites de Dora.

Dora, Les névroses sexuelles de nos parents de Stina Werenfels (Allemagne/Suisse – 2015 – Drame – 1h30. Sortie : le 7 juin 2017) Avec Victoria Schulz, Jenny Schily, Lars Eidinger, Urs Jucker Avec Victoria Schulz, Lars Eidinger, Jenny Schily, Urs Jucker, Inga Busch

Voir la bande annonce du film

Philippe Descottes

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