Cinéma / CHURCHILL de Jonathan Teplitzky

Churchill évoque un épisode historique peu connu de la Seconde Guerre mondiale et met en scène un Winston Churchill bien différent de l’image du « Vieux Lyon » inébranlable de la légende. Un film porté par l’interprétation de Brian Cox et Miranda Richardson.

CHURCHILL Affiche
L’affiche du film

Malgré le titre, le film du réalisateur australien Jonathan Teplitzky, son cinquième long métrage pour le cinéma (dont Les Voies du destin en 2013), n’est pas un biopic consacré au légendaire Premier Ministre britannique. Si le « Vieux Lion » est bien présent (et même omniprésent) à l’écran, le scénario se focalise sur les quelques jours et dernières heures qui précédent le Débarquement en Normandie.
Londres, juin 1944, 1.736ème jour du conflit. L’Opération Overlord, mise sur pied par le Haut Commandement Allié, va être déclenchée, mais Winston Churchill est contre et s’oppose fermement sur ce sujet à Dwight Eisenhower et Bernard Montgomery.

Les faits sont historiques, mais ils demeurent peu connus du public. Ils offrent ainsi au réalisateur la possibilité de montrer un Churchill traumatisé par son vécu de la Première Guerre mondiale et de la Bataille des Dardanelles de 1915, comme en attestent les premières images du film et de la bande annonce ci-dessous, avec ces flots qui rougissent du sang des milliers de victimes et ces cadavres sur le sable, accompagnées de cette réflexion du « British Bulldog » : « Les plages ramènent toujours le souvenir. Je dois empêcher que cela se reproduise». Hanté par la culpabilité et la crainte d’un nouveau bain de sang, l’homme d »Etat est hostile à un débarquement concentré en un seul point et privilégie plusieurs opérations plus au Sud, en Méditerranée pour vaincre l’Allemagne nazie et ses alliés. Il devra pourtant se résigner.

© Graeme Hunter Pictures
 Churchill rencontre Eisenhower, Brooke et Montgomery –  (c) Graeme Hunter Pictures

On peut reprocher au cinéaste les libertés prises avec l’Histoire, la plus curieuse étant l’absence du général de Gaulle parmi les protagonistes, et la plus incongrue étant l’opposition de Churchill quelques jours avant l’opération et non quatre mois avant son déclenchement. On pourra aussi regretter le manque d’originalité de sa mise en scène qui fait du film un quasi huis clos théâtral sans aucune image, d’archives ou de fiction, des préparatifs militaires.
Mais Churchill est avant tout et à la fois le portrait d’un ténor de la politique sur le déclin, qui lutte contre la vieillesse et le sentiment d’être en déphasage avec son époque. On est loin du « Vieux Lion » fort et inébranlable de la légende. Ce Churchill est aussi un homme en pleine dépression et alcoolique. Le couple qu’il forme avec son épouse Clementine est à la dérive. L’intime se mêle au politique. La grande et la petite histoire se croisent et se confondent.

© Graeme Hunter Pictures
Winston Churchill (Brian Cox) – (c) Graeme Hunter Pictures

L’intérêt de Churchill, outre l’évocation de faits historiques méconnus, repose sur l’interprétation de Brian Cox qui porte le film sur ses épaules. Le comédien écossais, qui s’est révélé sur le tard, à 50 ans, et qui a incarné Hannibal Lecter cinq ans avant Anthony Hopkins dans Le Sixième Sens de Michael Mann, l’oncle de Mel Gibson dans Braveheart, un dirigeant de l’IRA dans The Boxer avant d’endosser des rôles plus troubles dans des productions hollywoodiennes, est magistral. D’ailleurs, son approche du personnage a peu à voir avec du cabotinage. Il a pris du poids, s’est rasé la tête et appris l’intégralité de son texte avant le début du tournage. Dans un entretien accordé à « Rolling Stone », l’acteur indique qu’il ne s’est pas inspiré des précédentes interprétations, préférant lire quelques livres et parcourir plusieurs discours de Winston Churchill : « ce qui m’a permis – précise-t’il- de réaliser que l’une des choses incroyables à son propos est sa maîtrise tant du langage que de sa diction. Sa manière de délivrer ses discours était d’ailleurs différente de sa manière de s’exprimer et je m’en suis inspiré. ».

© Graeme Hunter Pictures
Winston Churchill (Brian Cox) et Clemmie Churchill (Miranda Richardson) – (c)  Graeme Hunter Pictures

Malgré la présence de Brian Cox, il faut également souligner la prestation de Miranda Richardson (vue dans Fatale de Louis Malle, Dance with a Stranger et Avril enchanté de Mike Newell, The Crying Game de Neil Jordan et récemment dans Harry Potter), parfaite Clementine, la femme de l’ombre, épouse résignée, mais toujours loyale, bienveillante et sage conseillère.
Avec deux immenses comédiens britanniques en vedette, Churchill est un film à voir sans trop tarder.

Churchill de Jonathan Teplitzky (R-U – Drame historique – 2017 – 1h38). Avec Brian Cox, Miranda Richardson et John Slattery

Voir la bande annonce du film (UGC Distribution)
Une biographie animée de Sir Winston Churchill

Philippe Descottes

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