Cinéma / Journal de Cannes 2017 ( No.8 )

Troisième film français en Compétition hier , Rodin de Jacques Doillon , l’artiste à l’oeuvre sublimé par la mise en scène du Cinéaste . Sofia Coppola a présenté son nouveau film Les Proies, remake du film de Don Siegel ( 1970 ) situé au cœur de la guerre de sécession où un soldat du camp adverse blessé est recueilli dans un internat de jeune filles . A la Section Un certain Regard , le premier long métrage sur le déboires d’une famille Juive du Caucase , Tenota , du jeune cinéaste Russe Kantémir Balagov et La Cordilliera de Santiago Mitre , plongée au cœur d’un sommet des chefs d’états Latino- Américain..

( lire les critiques ci dessous , et continuez de consulter la rubrique «  échos de Cannes 2017″  , signée Philippe Descottes )

Rodin de Jacques Doillon ( Compétition Officielle )

Rodin ( Vincent Lindon) dans le film de Jacques Doillon

Rodin a Quarante ans e n 1880 et une œuvre déjà important , mais c’est seulement à cette date qu’elle commence a trouver écho dans les hautes sphères du monde de la culture et de la politique. La visite dans son atelier du représentant de l’état a un but précis , lui passer une commande pour de figurines, la porte de l’enfer . Mais au delà de la solennité , les échanges révèlent aussi par certaines petites remarques , sa volonté tout en restant dans le cadre de la commande, de rester aussi dans celui de sa liberté créatrice . Et d’ailleurs les premières séquences qui nous le montrent dans l’atelier en compagnie de ses assistants , tout entier fixé sur son travail , concentré dans les gestes de modelage maniement la glaise , ou plus tard esquissant des dessins . Cherchant inlassablement les possibles modification et tout à coup les exécuter comme une évidence changeant les lignes et les courbes . Son rapport avec la matière ( argile , pierre , bronze , plâtre …) et la manière dont il la façonne C’est avant tout, et tout au long des séquences émaillées par d’autres aspects de sa vie, l’artiste à l’oeuvre que Jacques Doillon a choisi de privilégier . cherchant à transmettre au spectateur l’essence même de son génie créateur et visionnaire ,qui a tant divisé ses contemporains. Et d’ailleurs dans le prolongement c’est l’artiste contesté , parfois villependié  à  Propos de son portrait de Balzac ( belles séquences des modifications et des retouches. Attaqué par une certaine presse qui le traite en  d’étranger ! , mais défendu par Monet et Mirbeau et biens d’autres, qui avaient vu son génie précurseur de la modernité .lui Au delà de ces deux aspects passionnants , il y a aussi l’aspect plus intime de l’homme et des ses passions et ses amours qu’il façonne , aussi , d’une certaine manière avec la même passion débordante , en prend possession . On retrouve dans les rapports avec les modèles   ( La japonaise ) et ses femmes , les corps à corps du désir , et l’intensité de la passion qui quand elle s’éteint laisse place à la violence des disputes , ou du rejet . Elles sont à vif et le trio Rodin ( Vincent Lindon ), sa femme Rose ( Severine Caneele ) et sa maitresse Camille Claudel ( Izia Higelin ) y son bien sûr au cœur et lui offrent une intensité exceptionnelle .
Une belle réussite que l’on vous conseille , le film est  sorti en salle dès de Mercredi…

Les proies de Sofia Coppola ( Compétitio Officielle ).

Une scène de Les proies de Sofia Coppola

En plein guerre de sécession dans le Sud des Etats-Unis , la jeune fille d’un internat en lisière de forêt qui y est allée à la cueillette des champignons , alors qu’au loin résonnent les coups de canons de la guerre , se retrouve face à face avec un soldat Nordiste Bléssé ( Colin Farell) . Ce dernier va être recueilli et soigné dans le pensionnat où ne subsistent que quelques jeunes filles qui n’ont pu rejoindre leurs familles , leur maitresse et la Directrice      ( Kristen Dunst et Nicole Kidman) . Elles décident de ne pas le livrer au camp adverse . Le soldat au delà des soins qui l’ont remis sur pied sera l’objet d’une attention toute particulière au cœur de ce lieu clos et isolé où sa présence va insensiblement se remplir d’une certaine odeur sulfureuse , lorsque vont se faire jour certaines attirances qui vont attiser les rivalités et jalousies au sein du Groupe . Lorsque certains rapports vont se concrétiser , le basculement des événements qui’il provoque va faire prendre des proportions de violence inattendues . Lorsqu’en 1970 , Don Siegel l’auteur des célèbres Dirty Harry avec Clint Eastwood a porté à l’écran cette adaptation des Proies c’était pour lui offrir un rôle contre-emploi du célèbre « justicier » quelque peu réac,  qu’il incarnait .L’adaptation proposée aujourd’hui par Sofia Coppola respecte le même déroulé des événements , par contre au point de vue masculin adopté par Don Siegel , elle fait le choix d’ un point de vue féminin. Dès lors , jalousies , tensions et rivalités prennent un toute autre dimension dramatique au cœur d’un huis-clos et d’un contexte extérieur ( la guerre ) , à laquelle elles    renvoient finalement,  l’écho de la violence qu’elle provoque . Et le pensionnat n’y échappera pas lorsque , suite aux événements , celui -ci qui était protégé redevient l’ennemi du camp adverse . Souligné par une beau travail de mise en scène , reconstitution minutieuse  d’atmosphère et d e tensions extrêmes dont le ressenti féminin offre le regard nouveau servi par un excellent trio de comédiens .. ;

Une vie à l’étroit de Kantémir Balakov. ( Un certain Regard )

Une Vie a l’Etrait de Kantemir Balagov

L’action se déroule en Russie , dans le Caucase et dans la bonne cille de Nalchick en 1998 . Le jeune cinéaste dont c’est le premier film dit s’être inspiré de certains événements dont il a été témoin. On se retrouve donc au cœur de ceux-ci qui vont bouleverser une famille  de la communauté juive . C’est par Illana une jeune fille de 24 ans  qui travaille dans le garage de son père que l’on entre dans le quotidien de cette famille qui a bien du mal à joindre les deux bouts . Mais l’entente y est excellente et les relations fusionnelles . Et puis la fête s’invite un soir dans la maisonnée avec les amis conviés  aux fiançailles de David le frère d’Illana . Mais la fête va se révéler très amère , dans la nuit le futur couple est mystérieusement enlevé par un groupe qui demande une forte rançon . Coup dur pour la famille qui n’a pas les moyens . Mais amis et proches se mobilisent pour tenter de faire face et sauver Leurs enfants . Dans cette région et cette communauté soudée, mais pauvre on y met tout ce qu’on peut , mais les difficultés se font jour lorsque la somme est insuffisante et que leurs vies sont menacées . Pas question de prévenir la Police , les affaires elle se règlent dans la communauté . Question de tradition et d’honneur . La famille de David est prête à se résoudre à vendre l’atelier , celle de la fiancée a compléter la somme. Mais les difficultés des tractations et l’honneur qu’il faut défendre, va mettre tout le monde à cran . Et les choix et des sacrifices à faire, finit par installer une sourde atmosphère de violence des rapports qui va gangréner et faire se déchirer les uns et les autres . Le jeune cinéaste avec une maîtrise assez exceptionnelle rend compte de ces tensions et décrit avec force , en filigrane un contexte économique et social et des tensions inter-communautaires ( on ne sait pas exactement qui sont les kidnappeurs ) dont les conséquences destructrices de l’équilibre familial  mais aussi plus global de cette région pauvre du Nord caucase .. ;

La Cordilliera ou El présidente de Santiago Mitre ( Un Certain Regard ) .

Riccardo Darin dans La Cordilliera de Santiago Mitre

Le chili est en effervescence, il se prépare à accueilir un sommet rassemblant l’ensemble des chefs d’état Latino-Américains dans un lieu isolé et bien gardé de la Cordillière des Andes . A ce sommet  destiné a prendre d’importantes décisions économiques qui vont modifier les rapports de forces et les enjeux politiques .Des négociations qui ont déjà eu lieu en préparation laissent percevoir de forces  divergences notamment en ce qui concerne les négociations avec le Continent du Nord ( celui de l’oncle Sam) avec lequel il devra être décidé  dans quelle mesure se feront les négociations sur les futurs enjeux Politico-économiques , destinés à changer la donne des rapports de forces  ou  de dépendance , avec le puissant voisin du Nord que certains voudraient associer aux états du sud . Quelques pays ( Brésil , Mexique ..) pourraient y gagner en influences locales, avec leurs voisins du Sud . jeux de pouvoirs et de forces , tractations tous azimuts,  vont s’intensifier en coulisses . Au cœur de celles-ci – doublement – le président Argentin Hernan Blanco ( Riccardo Darin ) , va se retrouver au premier plan . Sollicité par ceux qui veulent le rapprochement avec l’oncla Sam, et ceux qui y sont opposés parce qu’il est resté le vieil ennemi dont la puissance jusque  là , à interféré et provoqué bien des troubles . Hernan Blanco qui n’a pas une « aura » particulière au niveau du continent va se retrouver au centre des influences des camps opposés dont ils vont se servir pour tenter de changer la donne…et l’envoyé des Usa va lui aussi y prendre sa part en y mettant d’emblée le poids des Dollars . Santiago Mitre s’amuse   ( et nous aussi …) à nous plonger au cœur de ces tractation où habilement il fait le spectateur témoin-complice . il y ajoute même un scandale qui menace le Président Argentin  ( notamment sa fille.. ; ) sur une sombre affaire passée et familiale réveillée pour la circonstance (?) . L’ a-t-elle été pour l’affaiblir au niveau national ou pour dynamiter sa possible influence sur le sommet Latino-Américain ?. Celui que certains fustigent comme « le président invisible » dont chaque camp veut se servir pour précipiter l’échec du camp adverse, va la jouer « très fin » et finir par berner tout son monde . Le réalisateur de El Estudiante ( 2013 ) et Paulina ( 2016 ) , signe une jolie comédie politique qui n’est pas si innocente qu’elle peut le laisser paraître , en s’habillant de l’apparence « invisible » de son héros, qui va berner tout son monde..

(Etienne Ballérini)

Le Programme de ce Jeudi 25 Mai :
Compétition Officielle :
-Good Time de Josh et Benny Safdie .
Une Femme Douce de Sergueï Loznitsa

Un certain Regard :
La Fiancée du Désert de Cécilia Atan et Valéria Pivato
Directions ( Posoki) de Stephan Komandarey .

Hors Compétition :
Twin Peaks de Dvid Lynch
12 Jours de Raymonde Depardon

——————————————————————————————————————–

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s