Cinéma / Journal de Cannes 2017 ( No.7 )

Un seul film en Compétition hier Vers la lumière ( Hikari) de la Cinéaste Japonaise Naomi Kawase qui décrit le monde des mal voyants confrontés au quotidien . Car le Festival fêtait ses 70 bougies et le «  tout » cinéma était convié au rendez-vous avec une montée des marches inégalée et une photo de famille prestigieuse , la foule était au rendez-vous, et  projections  des films de Jane Campion et d’Abbas Kiarostami . La section Un Certain Regard a continué  à dérouler son lot de projections : Jeune Femme  de Léonor  Seraille,  et Après La Guerre de la cinéaste Italienne Annamarita Zambrano étaient au menu…

( La Critique des films ci-dessous . Consultez également notre rubrique quotidienne ,   » échos de cannes 2017″  ,  concoctée par Philippe Descottes )

Vers la Lumière ( Hikari ) de Naomi Kawase ( Compétition Officielle)

l’Affiche du Film.

La jeune Misako ( Ayame Misaki ) anime un atelier d’audio description de films auquel de nombreux mal voyants participent aux projections,  à l’issue desquelles ils donnent leur avis.  La séquence qui ouvre le film nous met en tant que spectateur en situation avec une des projections dont nous avons loisir de confronter texte et image et nous faire notre propre avis . Lorsque la discussion s’installe au cœur du groupe on s’aperçoit  après les premières interventions timides que se font jour , des remarques très précises de l’auditoire portant alors sur la perception et le ressenti qui leur est proposé par le texte . Et rapidement le débat s’installe faisant apparaître que les jeune Misako propose un texte descriptif trop proche d’un «ressenti » et d’une perception des images par une voyante . « j’aurais aimé que vous disiez des choses plus précises , qui me permettent d’imaginer plus de détails sur les lieux ou sur les personnages et leurs sentiments » , explique quelqu’un . « C’est trop intrusif !» souligne presque agacé un autre qui reproche presque vertement à la jeune fille de ne pas savoir se mettre à la place des non- voyants. Coup de génie du récit qui d’emblée met le spectateur dans la même position que la jeune fille et se retrouve lui aussi, interpellé . Et l’interpellation devient encore plus forte quand  apprend en même temps que Misako , que l’homme qui a parlé d’intrusion est un photographe de renom qui est en train de perdre irrémédiablement la vue .Ce dernier a organisé son « espace » pour continuer à vivre et a travailler sans avoir besoin d’aide …et il continue a photographier des paysage ou des gens dans la rue . Un jour Misako le croise et l’aborde pour tenter de mieux comprendre son point de vue. Elle va changer le texte tenant compte de ses remarques …mais ce dernier n’est toujours pas satisfait, et quitte le stage , mettant Misako en difficulté avec ses employeurs . Le temps passe , Misako retrouve par hasard le photographe qui cette fois-ci a perdu la vue , l’occasion de renouer le dialogue , le photographe fragilisé finit par se confier sur ce que représente cette perte de « la lumière » et des repères. Dès lors va s’inscrire un rapport de confiance et d’aide auquel Misako va  vouloir  se consacrer ..et permettre au photographe , de continuer à partage cette lumière qui le quitte au travers de ses yeux , son regard et ses mots . C’est le récit émouvant d’une main tendue dont la cinéaste Japonaise restitue à merveille  ici , le prolongement de son cinéma si attaché au mouvement de la vie et au rapports avec la nature . Et puis , c’est aussi un rapport au cinéma dont l’audio description se substitue à l’image muette pour lui donner une voix …

Jeune Femme de Léonor Seraille ( Un Certain Regard)

Paula ( Laetitia Dosch ) dans Jeune femme de Leonor Saraille

Premier long métrage de la jeune cinéaste Français , et au cœur du récit , Paula ( Laetitia Dosch) une jeune femme de retour dans la capitale après un long séjour à l’étranger. Une prote qui reste fermée et que l’on cogne, jusqu’à se blesser pour la faire ouvrir . Un chat en héritage , la colère , les soins  …et puis un après en avoir voulu à tout le monde , l’apaisement . Car il lui faut rebondir , trouver refuge , travail et prendre un nouveau départ . Au fil des rencontres et des adaptations dont elle sait jouer habilement , en caméléon , pour se faire accepter ou adopter . Sans pour autant pour se faire adapter , sans pour autant se compromettre et perdre sa liberté . Car il lui faut avancer , et pas n’importe comme comment , ni accepter n’importe quoi . Surfer sur les vague et trouver des chemins de traverse , adopter le bon costume quand il le faut .La mise en scène la suit en osmose, fait corps avec elle . Et elle nous embarque dans son sillage , ses errances et au fil de ses rencontres : cette jeune fille qui croit reconnaître en elle une amie d’enfance et qui va l’héberger au moment où elle en a le plus besoin , trouver du travail ( mais pas n’importe quoi …) et un logement . Ou les deux à la fois, Baby-sitter et logée … mais en partir si ça dérape . Et se muer en vendeuse dans un «  bar à culottes » d’un centre commercial . La quête de Paula embrasse la ville , ses espaces , ses rues , le métro , et ses quartiers . C’est une sorte de voyage initiatique où les rencontres se multiplient , portées par le tourbillon de la vie       «  le mirage de la vie » . les liens qui se nouent ( Ousmane le sur-diplômé qui travaille avec elle ) puis se dénouent . Ceux qu’on voudrait voir renaître , avec Joachim son ami …et surtout cette mère qui l’a rejetée . Paula est une femme battante qui ne se laisse pas faire et d’une certaine manière c’est elle qui va « apprivoiser » la ville et un jouer sa propre partition …

Après la guerre de Annamarita zambrano ( Un Certain Regard )

Après la Guree d’Annarita Zambrano

Premier long métrage de la réalisatrice Italo-Française , née en Italie en 1972 elle vit en France depuis une Vingtaine d’année .Et elle dit de son film qu’il est « celui d’une génération qui a été la victime collatérale du terrorisme ( …) mon enfance et  mon adolescence en ont été marquées au quotidiens » , explique t-elle . Un film en forme « de règlement de comptes » . l’élément déclencheur a été l’année 2002 où la loi sur le travail portée Marco Biagi conseiller économique du gouvernement Berlusconi destinée à rendre le travail flexible, réveille les passions et les contestations radicales . Biagi assassiné par un groupe revendiquant la continuité avec les Brigades rouges . Le gouvernement Italien va alors réclamer la restitution des terroristes italiens en exil . Et notamment ceux qui avaient  profité de la « doctrine Mitterand » qui leur avait permis de sortir de la lutte armée et de refaire leur vie . Une sorte d’apaisement politique qui va être remis en question et la « chasse » aux ex-terroristes va être réveillée . Inspiré du cas Paolo Persichetti Professeur de Sciences-Po à Paris VII qui fut rendu à l’italie et fit objet d’un  procès qui tenta de créer un lien avec le meurtre de Biagi  et lui a valu , une peine de 22 an de prison . Le personnage  de Marco Lamberti héros du film dont l’italie demande l’extradition s’en inspire pour sa fiction qui est l’objet d’une réflexion sur «  le passé , sur la culpabilité , sur la justice , sur les erreurs  et ce qui est juste et injuste  » , objet de l’interpellation de la cinéaste sur cet «  après la guerre » que l’Italie a toujours refusé de regarder en face , laissant la blessure ouverte . Celle dont le refus plus de Trente ans après,  de recourir par exemple à une « amnistie » qui permettrait d’apaiser les passions , et de tourner la page . Comme l’évoque le personnage de Marco Lamberti dans le film.  Ce qui donc va devoir trouver une issue et un nouveau pays- refuge . Le film au par le biais du personnage de sa fille qu’il entraine dans sa «  cavale » , puis de sa famille restée en Italie qui va être l’objet d’intimidations , aborde le problème : les familles  des terroristes doivent-elles  payer?   . Et  questionne sur les victimes du terrorisme «   la douleur privée devient une douleur publique »  . Tous ces questionnements dont Pier Paolo Pasolini , analysait  «  la faute originelle des pères dans l’alliance avec le fascisme d’abord , puis le Capitalisme ».
C’est  alors , cet inexorable destinée tragique qui s’inscrit au cour du récit dont Viola va pouvoir utiliser les ressort  . Le choix de Marco qui le condamne, et celui de viola qui peut lui permettre de trouver une porte de sortie  se libérer  du passé…

(Etienne Ballérini)

Le programme de ce Mrcredi 24 Mai 2017

Compétition Officielle :
Les Proies de Sofia Coppola .
Rodin de Jacques Doillon.

Un Certain Regard :
Une Vie à L’étroit de Kantemir Balagov.
La Cordilliera de Santiago Mitre .

Hors Compétition :
-Sans Pitié de Byun Sung- Hyun
Demons in Paradise de Jude Ratnam .

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