Cinéma / LE CHANTEUR DE GAZA de Hany Abu-Assad.

Le récit du parcours du chanteur Palestinien Mohammed Assaf , qui fut consacré en 2013 vainqueur du concours télévisé Egyptien, Arab Idol , et devint un symbole de Paix et des possibles . La tonalité politico-réaliste en toile de fond d’une « succès story »  qui intègre habilement les codes et formes du genre , la comédie musicale . A voir…

l’Affiche du Film.

Lorsque le gagnant de la célèbre émission Egyptienne tout un peuple anxieux qui a suivi le parcours du chanteur, attend massé dans le rues de Gaza devant les écrans géants…puis laisse éclater sa joie . Et celle-ci par ce qu’elle représente, symbolisée par le parcours de ce jeune réfugié Palestinien qui a relevé un défi jugé impossible , et dont la victoire pour tous ceux qui vivent dans un champ de ruines et de guerre, a été vécue et ressentie comme une reconnaissance et un espoir : «  grâce à lui toute une région a oublié ses problèmes et repris à sourire… son histoire est unique , elle a été l’occasion d’humaniser un peuple qui a trop souvent été marginalisé et représenté de manière caricaturale ( … ).A une époque de soulèvements sans précédent dans le monde Arabe , marqué par des révolutions, des guerres civiles , des conflits et des mouvances Islamiques , le parcours de Mohammed à galvanisé les esprits chaque semaine , il leur a permis d’oublier le quotidien … il a incarné un nouveau champ des possibles… pour moi , le film est l’histoire d’un combat et le symbole de la volonté de survivre dans des conditions extrêmes , c’est un récit d’espoir … Alors qu’ils venaient de nulle part , lui et sa sœur , ont su faire des forces de leurs faiblesses en surmontant les obstacles de la pauvreté , de l’occupation , de l’oppression…ils ont transformé la laideur en beauté, qui en définitive, est la vraie force de l’art et le moteur de l’espérance  », explique le cinéaste …

Le 22 juin 2013 , le public massé devant les écrans géant,s regarde la prestation de Mohammed Assaf ,au concours  » arab idol »…

Et c’est cette force porteuse d’espérance qu’il a ressentie lui-même en suivant l’aventure du jeune chanteur , qu’il s’est rendu sur place à Nazareth , pour enregistrer les images de joie populaires que l’on retrouve dans le film . Et quand on lui a proposé de porter cette histoire à l’écran en 2016, c’est dans le choix de la tonalité réaliste  , qu’il a voulu s’inscrire en tournant avec des comédiens et techniciens sur place en Palestine de Gaza à Génine , et aussi à Nazareth et au Caire pour d’autres séquences . De ce contexte, le film s’enrichit d’une belle authenticité ( la scène de ) , qui fait mouche . Dès lors les codes de la « succès story » , s’y retrouvent intégrés pour faire sourdre , la portée symbolique qui s’y attache . C’est cette « osmose » qui constitue le pari réussi du film et du cinéaste . Ce dernier qui jusque là, dans ses films avait décrit des destinées troublées et parfois emportées dans la tourmente de la tragédie vécue . Celle de deux amis d’enfance de Naplouse ( Paradise Now/ 2005 – Golden Globe du meilleur film étranger ), qui se retrouvent recrutés pour exécuter des attentats -suicide à Tel-Aviv. Et celle  des trois amis d’enfance ( Omar/ 2013 – Prix spécial un certain Regard , Cannes ) participant à l’attaque d’un camp militaire et dont l’un d’entr’eux fait prisonnier,  va être contrait de les Trahir . Avec Le Chanteur de Gaza, les apparences du changement de registre et  la tonalité plus populaire de la « succèss story » qui y fait miroir, s’inscrivent en fait dans la continuité de la réflexion et du regard du cinéaste sur le monde . Mohammed Assaf ,  en est lui aussi  porteur  à sa manière   , au même titre que les  autres héros de ses films …

A droiite ; le jeune Mohammed ( Kais Attalah) avec ses copains . A gauche sa soeur , Nour ( Hiba Attalah)

Mohammed , plongé dans un quotidien brutal , va se battre pour se sortir de ce contexte difficile  . Petit enfant avec sa soeur et ses amis passionnés de musique , c’est par celle-ci qu’il essaient de se soustraire à l’enfer de  la guerre . Accrochés à leurs rêves, leur passion et leur obstination à « monter » un groupe , est une échappatoire dont la concrétisation ne manquera pas de les confronter , à ce réel qui les rattrape .  Par exemple , face à ce trafiquant qui les vole de leurs économies en leur promettant de leur fournir les instruments  qu’ils ne verront jamais… ou confrontés à ces « intégristes » qui leur reprochent de  faire de la « musique impure » et perturbent  leurs concerts improvisés . La violence est là . Mais , aussi les conditions de vie et de misère qu’elle entraîne pour les familles et les habitants . La famille de Mohammed qui n’ a pas les moyens de faire soigner ,  Nour ( Hiba Attalah) , la petite sœur gravement malade , et qui  , mourante lui  fera promettre   » de faire entendre notre voix  » et de continuer à «  faire vivre leur rêve » . L’ émission  et  le concours « Arab idol » dont ils ont vu tous les deux les images à la télévision , est devenue pour cette dernière l’opportunité à saisir , pour parler  d’eux et de leur pays .  Ce dernier qui bravera tous les obstacles  . Face a eux  ,  et au renoncement qui parfois l’envahit «  partir avant de  devenir  fou »  au cœur de ce pays en ruines , c’est la promesse faite qui va continuer de le guider . Les années qui passent, elle restera ancrée dans son esprit . Et au cœur du chaos , il va tenir bon et rivaliser d’ingéniosité pour trouver les bonnes personnes  qui vont pouvoir l’aider …et écarter celles qui le freinent . Franchir les barrières des barrages pour se rendre aux auditions au Caire , puis fendre  la file d’attente… pour le jeune homme qu’il est devenu , rien de plus simple :  mise en  marche du système D, séduction par la voix, ou par les sentiments, tout y passe …

Mohammjed ( Tawfeek Barhom) devenu jeune Homme. Sur les ruines de Gza , le regard fixé sur l’objectif

Des ruines de Gaza ( le beau plan au milieu de celles-ci ) au cœur desquelles il a grandi , souffert et appris à se battre , et ce que  au coeur de ce chaos, représente le prix de la vie  . La leçon apprise ne peut que le transcender . C’est dans ce tourbillon que nous entraîne le cinéaste qui n’oublie jamais de mettre en perspective et en abîme ,  combat et spectacle  ,  et ce que, respectivement ils représentent . C’est de cette « dualité » que le film s’enrichit , l’une répondant à l’écho de l’autre . Comme l’illustrent les deux séquences finales : celle où à la pression de la promesse faite et de l’enjeu qui s’y ajoute paralysent Mohammed . Et celle qui fait écho à la joie débordante que sa victoire va soulever chez tout un peuple . En ce sens , au delà du parcours de la  »  succès story  »  , la lecture  et démonstration qui en est faite  par le cinéaste   conduite par sa mise en scène ,  s’inscrivent  en forme de miroir  subversif  . Par la  dimension humaine qui  le porte ,  le  décorum  devient l’ aboutissement d’un parcours  Politique . Le décorum du concours ,   par la dimension humaine qui le porte , d’un parcours politique . Moteur de paix et d’espérance…

(Etienne Ballérini)

LE CHANTEUR DE GAZA de Hanu Abu-Said – 2017- Durée : 1h 35 .
Avec : Tawfeek Barhom , Kais Attalah , Hiba Attalah, Ahmrd Qassim, Abd-Elkarim Abu-Barakeh, Saber Shreim, Dima Awawdeh..

LIEN: Bande -Annonce  du  Film , Le  Chanteur de  Gaza  de Hany-Abu-Assad.

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