Cinéma / LA COLERE D’UN HOMME PATIENT de Raùl Arevalo.

Un braquage qui tourne mal. La vengeance de la victime planifiée froidement . Les codes et les stéréotypes du polar revisités et détournés. Le comédien et cinéaste Espagnol , signe un film  excitant et dérangeant…

l’Affiche du Film.

Le cinéma Espagnol se distingue ces dernières années par l’arrivée de jeunes cinéastes – cinéphiles , qui explorent les thématiques traditionnelles avec une volonté de s’en affranchir passant par le prisme de l’humour ( parfois noir…) et une volonté de s’inscrire dans les codes pour mieux s’en amuser et ( ou ) les détourner. Le genre du polar est devenu un de leurs terrains favoris qui leur permet la liberté des audaces . Celles consistant à explorer ici un peu , à la manière d’un Sam Peckinpah , les motivations et les ressorts d’une violence à laquelle les individus sont confrontés , pouvant générer chez les victimes des comportements insoupçonnés. Le cercle vicieux de la violence générant la violence . C’est au cœur de ce mécanisme que le récit du comédien-cinéaste (  vu dans Les Amants Passagers de Pédro Almodovar et La Isla Minima d’Alberto Rodriguez ) ,  nous entraîne. «  la rage , l’amertume , la haine et la colère sont des sujets qui me questionnent et m’intéressent » dit -il . Au centre donc du récit , ce braquage qui tourne mal , dans un quartier de la banlieue de Madrid . Un des participants , Corro  ( Luis Callejo ) arrêté ,  qui va passer huit années en prison. Le mari inconsolable, José ( Antonio Della Torre ) de la victime assassinée qui entend bien se faire justicier, et qui , en attendant la sortie de Corro, organise méthodiquement, son plan de vengeance …

José ( Antono Della Troore et Corro ( Luis Callejo) -Retrouvailles à la sortie de prison…

Les éléments mis en place , les années d’attente . Et durant celles-ci José qui multiplie les approches intéressées d’ Ana ( Ruth Diaz ) , l’amie de Corro emprisonné. C’est par elle qu’il va pouvoir avoir accès à ce dernier qui a été le seul à payer pour le gang , et veut le contraindre à l’aider à retrouver et traquer les autres responsables du braquage pour leur faire payer le prix du sang. Pour Corro , la longueur du séjour en Prison lui a permis de faire le point , et il ne vit plus que dans l’attente de la sortie qui lui permettrait de retrouver Ana et se construire avec elle, un autre avenir. Voulant à jamais effacer la faiblesses qui l’a entraîné , par amitié, dans cette aventure désastreuse . Mais il va lui falloir affronter la haine de celui qui l’attend de pied ferme . De l’affrontement qui va s’en suivre, le cinéaste compose et construit, un « duel » au cœur duquel les multiples péripéties et revirements , sont le moteur d’une habile  dé-construction des codes du polar et des film de braquage, qui lui servent de référent. Le road-movie qui s’invite dans la recherche des complices , et la prise en otage de ses proches destinée à contraindre Corro,  à collaborer. De la même manière que les éléments du cadre et des décors dans lesquels ils évoluent, où le décalage est installé par les dialogues et certaines situations inattendues faisant durer le  suspense et  jouant sur les nerfs du spectateur . Autant d’éléments perturbateurs destinés à bousculer et perturber ce dernier, en lui proposant une  perception, différent des comportements habituels …

José ( Antonio Della Torre) , en marche pour la vengeance …

Bousculés , car obligeant à revoir la perception et le regard sur la violence et ses multiples déclinaisons . Celles qui vont faire sourdre le torrent de haine longtemps enfouie au fond de soi , machine en marche d’une folle obstination- obsession,  ne pouvant s’exorciser que … par le passage à l’acte . Dès lors , la confrontation entre Carro et José, au delà de l’habile remise en question des thématiques classiques du héros et de l’anti-héros ( du bon et du méchant) , se mue en un glissement , vers une réflexion , beaucoup plus complexe . Interpellant sur les ambiguïtés et la fascination du personnage de justicier et cette frénésie maladive qui l’anime, souvent suivi par une caméra sur l’épaule qui l’amplifie . En marche vers l’accomplissement de la tragédie . Au cœur de celle-ci , pointant en toile de fond , un monde où la violence devenue de plus en plus omniprésente et banalisée , finit par engendrer ces monstres qui la perpétuent . Difficile dès lors de faire la part du bon et du mauvais puisque Docteur Jeckyll et Mister Hyde cohabitent, peut-être, en chacun de nous. Et le final dans lequel le film nous entraîne , en laisse percevoir , l’inexorable engrenage . «  Un des enjeux du film était de représenter les choses avec un maximum de véracité. Parler d’une violence brutale , rude et sèche , comme dans la vraie vie » , explique le cinéaste qui ajoute  à propos du contexte réaliste voulu :  » Je pense que le cinéma doit avoir une identité et pour cette raison  j’ai situé l’action dans des endroits que je connaît bien, où j’ai vécu et grandi : les quartiers en périphéries, les petites villes de Castille les bars …où des joueurs de cartes aiment s’attabler , les hôtels en bord de route . Des endroits avec une apparence singulière ( …) nous devons plonger profondément dans nos racines pour raconter une histoire qui , au bout du compte , si elle parle des êtres humains peut devenir Universelle » …

Face à face  avec un des participants ( au centre ) au braquage sanglant…

C’est dans ce cadre et au coeur de cette montée en puissance passionnante qui suscite  la réflexion dans laquelle le film nous entraine . Servi par l’efficacité de la réalisation qui n’hésite pas à se servir des éléments de la surenchère d’un suspense parfois retardé , rendant insoutenable l’attente de l’explosion de cette violence parfois retardée , avec le même cynisme de la surprise dont se servent les héros . Montage et rythme efficace . Belle exploitation réaliste des cadres et décors, voulue par le cinéaste . Un récit dont on a souligné le décalage de l’humour dans lequel il inscrit les éléments servant habilement de moteur du spectacle et du divertissement . Dans le but – habile-  de nous interpeller sur l’utilisation des ressorts d’une violence dont un certain cinéma ne cesse de se servir uniquement , comme éléments , complaisants,  d’attraction -spectacle…
Pour le reste , on vous laissera le plaisir de découvrir , ceux d’un suspense enjoué qui vous entrainera dans les rebondissements  des épisodes successifs, dont les ressorts conduisant à l’aboutissement de la vengeance de José, font l’attrait et la force du film, par les interrogations qu’ils soulèvent …

(Etienne Ballérini)

LA COLERE D’UN HOMME PATIENT de Raoùl Arévalo – 2017- Durée : 1h 32 .
Avec : Antonio Della Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz , Raùl Jimenez, Manolo Solo, Font Garcia , Pilar Gomez, Alicia Rubio…

Lien :  LA COLERE D’UN HOMME PATIENT  de Raùl Arévalo ( Bande-Annonce du Film..)

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