Je me souviens du Chemin des dames et de la Chanson de Craonne

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés !

Je me souviens que le  Chemin des Dames se situe dans le département de l’Aisne, entre Laon, Soissons et Reims. Je me souviens que on nom vient des Dames de France Victoire et Adélaïde, filles de Louis XV.
Je me souviens que c’est le 16 avril 1917 que commence la bataille du  Chemin des dames, seconde bataille de l’Aisne sous les ordres du général Nivelle : « L’heure est venue, confiance, courage et vive la France ! »
Quand au bout d’huit jours, le r’pos terminé, /On va r’prendre les tranchées, /Notre place est si utile /Que sans nous on prend la pile. /Mais c’est bien fini, on en a assez, /Personn’ ne veut plus marcher,/ Et le cœur bien gros, comm’ dans un sanglot  /On dit adieu aux civ’lots. /Même sans tambour, même sans trompette, /On s’en va là haut en baissant la tête.
Je me souviens que l’armée française « alignait » 61 divisions d’infanterie, 7 divisions de cavalerie, soit 850 000 hommes, l’armée allemande 41 divisions de 16 650 hommes chacun soit 682 650 soldats. Je me souviens qu’il y eût au  total 350 000 victimes  (morts blessés).
C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards /Tous ces gros qui font leur foire ; /Si pour eux la vie est rose, /Pour nous c’est pas la mêm’ chose. /Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués, /F’raient mieux d’monter aux tranchées /Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien, /Nous autr’s, les pauvr’s purotins. /Tous les camarades sont enterrés là, /Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.
Je me souviens de nombreux régiments de troupes coloniales, d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, de   tirailleurs sénégalais, constituent des « troupes de choc ». Je me souviens que les troupes africaines doivent attaquer sur le secteur le plus stratégique du plateau. Sur les 15 000 Africains présents face aux lignes allemandes, 6 000 mourront le 16 avril.
Je me souviens que nombre d’électeurs et de candidats à la présidentielle feraient bien de connaître leur propre histoire et qui si nos ancêtres seraient les gaulois, comme ils disent, beaucoup de ceux qui ont donné leur sang pour nous n’avaient pas d’ancêtres gaulois et n’étaient pas des français de souche, comme ils disent.
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance, /Pourtant on a l’espérance /Que ce soir viendra la r’lève /Que nous attendons sans trêve. /Soudain, dans la nuit et dans le silence, / On voit quelqu’un qui s’avance, /C’est un officier de chasseurs à pied, /Qui vient pour nous remplacer. /Doucement dans l’ombre, sous la pluie qui tombe /Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.
Je me souviens que les conditions météorologiques sont terribles quand commence l’offensive. En ce printemps 1917, il fait très froid et il neige même le 16 avril. Les Sénégalais qui se sont entraînés sur la Côte d’Azur, ne sont pas préparés à de telles températures. Nombre d’entre eux souffrent du gel. Le 17 avril, la pluie tombe d’une manière quasiment continue et rend le terrain très boueux.
Je me souviens que, à 3 h 30, les hommes de première ligne se réveillent, se préparent et avancent jusqu’aux lignes allemandes. Je me souviens que, à 6 h 00, l’offensive est lancée, les hommes sautent les parapets et gagnent les premières lignes.
Je me souviens que, selon le député Jean Ybernégaray,  « La bataille a été livrée à 6 heures, à 7 heures, elle est perdue ». Je me souviens que le  soldat Paul Clerfeuille écrit ainsi dans son journal : « Ordre nous est donné de creuser des trous individuels. Moi qui ai entendu parler du plan, je sais qu’à cette heure nous devrions déjà avoir passé Craonne et être dans la vallée de l’Ailette. Je dis aux camarades : « Ça ne va pas ! » c’était vrai. […] le plan d’attaque du général Nivelle est raté. »
Je me souviens que Bien que le général  Nivelle ait promis que l’offensive durerait 24 heures, 48 heures maximum, elle se poursuit durant des semaines, jusqu’au 24 octobre.
Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront, /Car c’est pour eux qu’on crève. /Mais c’est fini, car les trouffions /Vont tous se mettre en grève. /Ce s’ra votre tour, messieurs les gros, /De monter sur l’plateau, /Car si vous voulez la guerre, /Payez-la de votre peau !
Je me souviens que Le nom de Craonne, situé au cœur de la bataille du Chemin des Dames, a été popularisé par La chanson de Craonne qui reste associée aux mutins de 1917 de la Première Guerre mondiale et fut interdit par le commandement militaire en raison des ses paroles antimilitaristes. Je me souviens que cette chanson  est connue pour avoir été entonnée par les soldats qui se sont mutinés (dans une cinquantaine de régiments de l’armée française) après l’offensive très meurtrière et militairement désastreuse du  Chemin des Dames.
Je me souviens que cette chanson anonyme a sûrement plusieurs auteurs. Elle est apprise par cœur et se diffuse oralement de manière clandestine.  Je me souviens que la chanson a continuellement évolué au cours de la guerre en fonction des lieux principaux de combat.
Je me souviens que la première version publiée est parue sous le titre « Une chanson de soldat » dans la Gazette des Ardennes du 24 juin 1917. Sous sa forme actuelle — c’est-à-dire mentionnant Craonne — la première version connue est antérieure à l’offensive du 16 avril 1917 : retrouvée dans le carnet du soldat François Court, elle y est suivie de la mention « chanson crée le 10 avril 1917 sur le plateau de Craonne ».
Je me souviens que je ne suis pas antimilitariste, mais pro-civil.

Jacques Barbarin

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s