Cinéma / L’ OPERA de Jean-Stéphane Bron.

Le cinéaste Suisse nous invite à entrer dans les arcanes de L’Opéra de Paris . Des coulisses au plateau, de la mise en place des créations aux répétitions. Les techniciens, les artistes, le travail et les tensions. La direction et sa communication. Le microcosme social créatif en marche. Un superbe voyage au cœur d’une institution…

l’Affiche du Film.

Le cinéaste Suisse aime bien l’éclectisme . Son Cleveland Contre Wall Street (2010) reconstituant le procès consécutif à la crise des subprimes de 2008 , et L’expérience Blocher (2013 ) portrait de l’extrémiste de droite Suisse, en sont des exemples . Scénariste et réalisateur natif de Lausanne, il aime bien se plonger dans des univers et des aventures différentes et se laisser porter par la découverte . C’est comme il le dit , avec « un œil de profane » qu’il s’est tourné vers cette institution culturelle au rayonnement international qu’est l’Opéra de Paris . De repérages en rencontres, la confiance et la liberté nécessaire accordée par la direction pour capter ce qui se déroulait dans ce lieu de création. Un microcosme où l’on se côtoie et travaille, parsemé des rapports de forces et de tensions qui finissent par s’estomper , pour arriver à cet aboutissement du rideau qui se lève et du spectacle présenté au public . Objectif pour lequel tout le monde est réuni. C’est cette richesse et ces difficultés là , que le cinéaste propose à notre regard dans une mise en lumière et en abîme passionnante . Celle qui , avec un regard neuf et scrutateur , s’attarde sur les moindres indices révélateurs et à qui rien ne semble échapper . A l’image de cette séquence magnifique de la danseuse qui à peine sortie de scène s’écroule d’épuisement . Magnifique instantané révélateur d’un long travail et de son aboutissement sur scène où l’on se fait violence, pour donner tout . Superbe moment d’émotion….

Mise ne place du plateau de Moïse et Aaron

La richesse du film est dans chaque séquence qui comme celle- là s’habille d’un signifiant révélateur . Celui dont les nombreuses scènes révèlent les contrepoints- la lumière (de  la scène) et l’ombre ( des coulisses) – qui s’y inscrivent au cœur , comme celui cité ci-dessus , où le public ne voit pas derrière le rideau la danseuse épuisée s’écrouler . C’est cette « dualité » du regard qui ne cesse de scruter les points de vues , qui en fait la richesse . La scène et les coulisses , le travail et les tensions , les répétitions et l’aboutissement . Les artistes au travail et à la création , la direction aux manettes de la gestion et de la communication. C’est dans ce va -et- vient , que le cinéaste scrute l’institution et son personnel , en marche . La création est aussi une affaire liée à la politique. Politique culturelle en l’occurrence . Comme l’illustrent les scènes de la venue du Président de la République,  des négociations avec le ministère demandant des réductions d’effectifs, de la gestion d’un préavis de grève , ou du départ de Bejamin Millepied qui fit la « une » des médias . Ou encore la question, de la démocratisation du prix des places trop chères et considéré « élitiste» , discutée en conseil d’administration. Stéphane Lissner ( qui fut administrateur au théâtre de Nice  de  1978 à 1983 ) aujourd’hui aux manettes de l’Opéra de Paris ,a ouvert au cinéaste la porte  de l’opéra , des coulisses et de la gestion administrative, dans un moment où elle a dû traverser certaines difficultés . C’est un des éléments qui permet au cinéaste d’aborder la question-clé , des rapports de forces avec le pouvoir dont le financement de la politique cultuelle , est l’enjeu …

Chef d’orchestre à la baguette

Celui dont la scène , au lendemain de l’attentat du « bataclan » et l’émouvant hommage , où se fait la « communion » entre public , artistes et  personnels de l’opéra . Apportant  la  réponse de la créativité et toutes ses différences réunies offerte comme une lumière dans la nuit, en rempart au fanatisme . Celle que symbolise la belle harmonie d’une représentation dont les répétitions parfois houleuses et difficiles , finissent par se fondre dans l’entente et le respect de l’autre, en une offerte commune au public. Le message du respect, de l’intelligence est là qui fait son œuvre démocratique . C’est cela aussi, faire oeuvre commune. Et en ce sens faisant écho à la tragédie ,  le film et son regard , sont passionnant,  dans cette optique dont le cinéaste scrute les possibles. Ceux qui permettent de porter une vision . Comme celle dans laquelle s’inscrit le beau personnage de « Micha » Timochenko , le Baryton Russe venu de sa province, sa vocation en bandoulière et sa quête de perfection , attentif aux conseils , travailleur perfectionniste . Il est de ceux qui illuminent le film par  son écoute et son exigence . Lui fait  écho , cette classe des enfants de Banlieue invitée toute la saison à suivre des cours et leçons de violon, à travailler et préparer le concert final annuel. Réaliser un rêve …et côtoyer les plus grands maîtres dans cette enceinte prestigieuse , ils connaîtront eux aussi leur jour de gloire ….

scène de répétition ( danse )

L’utopie qui s’invite  porteuse d’espoirs, et le jeu incessant du cinéaste avec les ombres discordantes des coulisses qui y font miroir. Tout ce beau monde dont l’osmose créative doit porter les énergies . Les répétitions où les dissensions se révèlent et les revendications naissent , lors des différentes créations . Et font sourdre aussi les rapports de forces et de classes entre les catégories et métiers . Comme le révèlent les deux imposants créations , objet des plus longues et fastidieuses répétitions pour tous les participants convoqués . Celle de la création de Moïse et Aaron ( de schönberg) qui ouvre le film. Puis celle des Maitres chanteurs de Nurenberg ( Wagner ) . On y voit , danseurs, chanteurs du cœur , divas , techniciens …tous attentifs à leurs prérogatives. Les membres du cœur qui donnent du fil a retordre au metteur en scène , la division qui se fait jour sur les territoires parfois réservés dont on veut garder les privilèges . Les séquences deviennent scrutatrices et révélatrices. Le contrepoint est donné par les séquences de travail individuel , de concentration,   où la recherche de perfection est au cœur .Une  note de musique , la nuance et la bonne tonalité à trouver . Un mouvement , un pas de danse cent fois répété pour trouver l’amplitude et la fluidité nécessaire. Et puis , tout s’estompe comme par magie chacun se met au service du collectif lors de la représentation publique.  Dans les coulisses on y voit même les régisseurs  chanter par cœur l’Opéra en train d’être joué. La Diva  avant de rentrer sur  scène demander à sa fidèle assistante de filmer sa prestation. La maquilleuse s’affairer et apporter la dernière touche au visage de la Diva avant son entrée sur scène ….

le Directeur , Stéphane Lissner …

On relèvera encore, le beau travail de montage scandant  tranches de vie et de travail, et de l’accompagnement musical ( Donizetti, Berlioz , Beethoven, Verdi , Wagner , et les quatuor à cordes de Béla Bartok , Léo Weiner ,György Ligeti … ), se substituant parfois au son direct . Le  travail à la caméra sur les nuances ( lumières et ombres ) et les contrepoints . Et celui sur la composition du cadre que le cinéaste a voulu «  comme un tableau ». Tout cela réuni ,  Jean- Stéphane Bron nous offre une magnifique immersion dans les coulisses d’une institution où le grand public a rarement la possibilité de voir la création dans tous ses états, à l’oeuvre . Nous montrant tous les aspects qui se déclinent devant sa caméra-oeil, restituant les grandes et petites vibrations d’une ruche  ( culturelle ) au travail .

(Etienne Ballérini)

L’OPERA de Jean-Stephane Bron – 2017- durée : 1 h 45.
Avec : les personnels administratifs et de service , les techniciens , comédiens, danseurs , chanteurs de l’Opéra de Paris .

Lien : L’ Opéra  de Jean-Stéphane Bron  (  Cliquer ici pour la Bande Annonce )

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