Cinéma / CORPORATE de Nicolas Silhol.

Plongée au cœur du monde de l’entreprise et les mécanismes d’harcèlement d’un « managment » prêt à tout pour « dégrossir » les effectifs , des éléments considérés non- rentables. La forme du thriller social, pour un constat implacable. Un premier long métrage qui fait mouche . A ne pas manquer …

l’Affiche du Film.

Il y a une scène en plein cœur du film qui en dit long, sur les enjeux qui y sont au cœur . Elle se déroule lors d’une soirée dans une discothèque où se retrouvent réunis des cadres de Ressources Humaines recrutés par des entreprises dans un but bien précis : se débarrasser de certains éléments jugés non-performants. Tous les coups leurs sont permis pour atteindre leurs objectif . Embués dans les vapeurs d’alcool , ils trinquent sans modération à leur performances de « killers » . A l’image des champions sportifs ils alignent leurs statistiques et se glorifient des résultats atteints. Sauf qu’ici la gloriole dont ils  se gargarisent, n’a rien de sportif . Elle est le reflet d’une sorte de chasse à courre dont l’employé visé,  est la proie d’une rentabilisation d’entreprise destinée à porter le coup fatal à celui qui n’entre plus dans ses plans. L’employé, ou le cadre visé , va être l’objet d’une traque visant à lui faire rendre les armes par toutes les formes de harcèlement possibles. Dans cette confrontation à armes inégales il ne peut y avoir qu’un vainqueur : l’entreprise . Tout sentiment humain , toute compassion doit être laissée au vestiaire, comme l’illustre la belle séquence de formation au métier. La carapace doit en effet rester solide pour que le résultat soit au rendez-vous . Peu importe les possibles dégâts causés …

Emilie, la DRH ( Céline Sallette ) en compagnie de  son PDG ( Lambert Wilson )

Ceux consécutifs au stress auquel, une telle situation de harcèlement quotidien peut exposer et conduire à la dépression , au burn-out …ou encore aux possibles tentatives de suicides des concernés . Emilie Tesson- Hansen ( Céline Sallette ) qui a été engagée comme Directrice des Ressources Humaines , par l’entreprise dont Stéphane Froncart( Lambert  Wilson) est le PDG , n’ignore pas qu’elle a été embauchée dans ce but, pour « dégraisser » les effectifs . Carapatée et solide en «  tueuse » dont elle revendique les résultats , la flamme qui la porte va pourtant, la faire se confronter réel. Celui dont elle n’a pas – jusque là- mesuré la possible issue extrême qui pourrait la rattraper: le suicide sur son lieu de travail d’un employé dont elle a eu à traiter le dossier. Le personnel qui est bouleversé , l’entreprise cherchant  à « minimiser » sa responsabilité… en pointant la « fragilité » de la situation « personnelle » de la victime qui pourrait expliquer son geste!. Il faut faire bonne figue face à l’opinion …se protéger. La police qui enquête, l’inspectrice du travail (Violaine Fumeau ) qui veut comprendre. Les mécanismes se mettent en Place . Le déni des uns, la volonté de comprendre des autres et faire la lumière. Nicholas Silhol,  inscrivant le « choc » d’un mécanisme de « managment » conduisant au suicide et à la mort, l’habille de la forme classique du thriller et de l’enquête pour y faire sourdre les dérèglements et les culpabilités qui s’y inscrivent …

Réunion de « crise » après le suicide d’un employé

Le cadre du récit ainsi enrobé dans une registre simple visant l’adhésion du public , lui permet d’y développer le panel des rapports humains qui s’y déploient . Et , en miroir , de brosser ce qu’ils révèlent des coulisses des entreprises qui pratiquent ces formes de rapports de forces ..et d’esclavage moderne . Dès lors le questionnement sur la morale qui les porte et les justifie, devient une vraie interrogation . Au delà du film-dossier et du récit de genre qui l’habille, les rapports humains qui s’y distillent, vont être confrontés à une réalité dans laquelle ils vont se retrouveront exposés . Et devront donner lieu a des choix . Les carapaces des uns qui se raidissent encore un peu plus, et celles des autres qui ouvrent les yeux et se révèlent . Cette prise de conscience , dans De la violence des échanges en milieu tempéré (2004 )  Jean- Marc Moutout  la décrivait, ainsi que Pascal Bonitzer dans Tout de suite Maintenant ( 2016 ) . Tout comme Emmanuelle Bercot dans La Fille de Brest ( 2016 ) sur l’affaire du médiator . Le cinéma Français semble vouloir retrouver cette veine du film social. On ne peut que s’en féliciter …D’autant qu’ici le film de Nicolas Silhol s’inscrit dans une thématique de réflexion  qui fait  sens  ( et s’est invitée  dans la campagne Présidentielle actuelle  ) sur les méthodes et la fonctionnement des entreprises dans le cadre d’une économie libérale, et de cette Loi du Marché ( évoquée aussi par le film de  Stéphane Brizé / 2015…) qui a tendance à détruire l’individu dans nos sociétés modernes .

Emilie ( Céline Sallette ) face à l’inspectrice du travail ( Violaine Fumeau )

Et l’autre belle idée du film , est d’inscrire au cœur de son personnage principal de Directrice des Ressources Humaines , le vécu merveilleusement intériorisé d’une lente prise de conscience . Celle qui lui a valu , d’être devenue  le bras armé d’une entreprise  de démolition humaine qui finit par faire émerger en elle le doute , puis la terreur du piège dans lequel elle s’est enfermée . Celui dont la société libérale lui offre le mirage de la réussite et de l’intégration dans un système … dont elle pourrait finir par devoir payer les pots cassés, si les choses tournent mal !. Prisonnière de celui-ci , car il n’hésitera pas , si besoin est …à la sacrifier. Et qui pour celà , l’a métamorphosée en femme-objet , à son service. Exploitée. La force du portrait est d’autant plus percutante que Céline Sallette y apporte sa sensibilité et sa présence incroyable . Celle d’une proie dont  les regards effarés et les cauchemars révélateurs, laissent sourdre la conscience d’une servitude. Elle y est bouleversante de vérité. De film en film elle s’installe comme une de nos plus grandes comédiennes. A son beau portrait s’ajoute ceux d’autres femmes . Comme celui de l’inspectrice du travail qui ne laisse rien passer sur la sécurité dans les inspections des chantiers et tient tête aux contre-maîtres. Et aussi , ceux des personnels féminins employés de l’entreprise  dont les réactions de solidarité d’abord muettes et retenues , finissent par se libérer et faire front, aux méthodes de l’entreprise  …

De celles -ci , la forme du thriller et sa mise en scène qui l’accompagne, en traduisent avec minutie les détails du malaise consécutif aux pressions ou intimidations . Comme celui consécutif aux situations de rapports de forces entre employés et leur supérieurs . De la même manière dans les tensions qui en sont le reflet , il y a cette atmosphère pesante , aussi glaciale dans les rapports que le sont les décors impersonnels et normalisés ,  dans lesquels elle s’inscrit . La terreur sous-jacente qui y règne, est palpable dans les regards, les silences et (ou ) les non-dits. Insupportable . Sortir du cauchemar devient une nécessité …

(Etienne Ballérini)

CORPORATE de Nicolas Silhol- 2017 – Durée 1h35
Avec : Céline Sallette , Lambert Wilson , Stéphane De Groot, Violaine Fumeau , Alice De Lencquesaing..

Lien : CORPORATE  (  Cliquer ici  pour  voir la Bande -Annonce du  Film)

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