Cinéma / Des visiteurs Cosmix au festival cinéma d’Alès – entretien

Le Festival Cinéma d’Alès – Itinérances va s’ouvrir ce vendredi 17 mars avec au programme une rétrospective thématique Visiteurs, des hommages et Carte blanche (Bertrand Burgalat, Edith Scob, Olivier Gourmet, Thomas Cailley). Ce festival généraliste présente du 17 au 26 mars plus d’une centaine de films courts et longs avec une très belle sélection de longs métrages inédits ou en avant-première (Cessez le feu d‘Emmanuel Courcol, Sage Femme de Martin Provost, Massilia Sound System – le film de Christian Philibert…). C’est aussi une programmation de documentaires qui regardent le monde et engage la réflexion.
Surtout, Itinérances est certainement un des plus chaleureux et passionnés festivals de cinéma du Sud de la France, réunissant presque 50 000 spectateurs chaque année avec une énergie renouvelée qui favorise rencontres, échanges, débats et découvertes.
Et en parlant de découvertes, il y en aura en ouverture de la Nuit des Visiteurs de l’espace, le samedi 18 mars (22h45) avec Cosmix, un cinémix réalisé par les TwinSelecter, qui sont deux frères, Jan et Eric Jouvert. Mais qu’est ce que c’est qu’un cinémix et qu’est ce que cet ovni Cosmix ? Le mieux était de demander à Jan Jouvert.

Ce samedi, vous allez présenter avec ton frère, sous le nom des TwinSelecter en avant-première mondiale ce cinémix Cosmix. On connait les ciné-concerts avec des musiciens qui jouent une partition ou improvise sur un film muet mais qu’est ce qu’un cinémix exactement surtout qu’ici, le film n’est pas muet ?
Le cinémix consiste à accompagner un film avec de la musique enregistrée (sur disque ou support numérique). Sur notre premier projet, Insomnies de Michael Wallker, nous intervenions sur une grande partie du film mais sans modifier la bande son originale du film qui ne comportait à la base aucune musique. Là pour Cosmix c’est différent : il s’agit d’un montage d’extraits que j’ai réalisé à partir d’une douzaine de films de science-fiction oubliés des années 50 et 60. Mais nous n’avons laissé le son original des extraits qu’à de rares moments stratégiques. Le reste du temps, je les ai rendus muets et c’est un peu la musique que nous choisissons qui raconte l’histoire.

Eric et Jan Jouvert

Comment sont venues l’idée et l’envie du cinémix ? Et pourquoi Cosmix ?
Je faisais d’un côté des ciné-concerts avec un musicien et de l’autre nous avions des activités de DJ avec mon frère. Je trouvais intéressant cet assemblage entre des images et des sons qui n’étaient pas forcément prévus pour aller ensemble. J’ai proposé l’idée à mon frère qui a très vite amené son univers sur le premier projet, Insomnies. Après ça, nous avons eu envie de pousser l’idée plus loin, de ne pas suivre un long métrage, une histoire linéaire, mais d’assembler diverses sources. Comme pour la musique, il s’agit de mélanger les images et de les amener ailleurs. Ça correspond bien à notre démarche en tant que TwinSelecter qui est de ne surtout pas se cantonner à un style ou une époque de la musique. On aime bien le télescopage. Et puis c’est un hommage à l’imaginaire débridé de la SF de cette époque et peut-être un peu aussi à notre père qui était passionné et qui travaillait dans la littérature de SF. Même s’il préférait certainement 2001 l’Odyssée de l’Espace à The Man From Planet X…

Vous aviez déjà fait cela avec ton frère sur le film Insomnies de Michael Walker mais ici c’est aussi une création cinématographique dont tu t’es occupé. Quelle a été ton fil conducteur dans ce montage ? L’histoire, la musique, les couleurs, les émotions… Une expérience de cinéma ou un vrai film ?
C’est plus une expérience de cinéma qu’un vrai film. Le montage n’est pas narratif. Il serait plus thématique (le décollage / les tableaux de bord / les créatures de l’espace, etc) mais j’ai aussi choisi de raccorder des scènes par un mouvement, un jeu de regards… Pour moi, il était important de respecter aussi la temporalité des films de cette époque. J’ai volontairement laissé certaines longueurs dans les séquences plutôt que d’opter pour un montage façon clip, plus efficace mais un peu lassant sur la durée. Je pense notamment à une scène de bagarre dans un vaisseau spatial qui traine un peu en longueur, ce qui lui confère un charme étrange. Toutes proportions gardées, John Carpenter fait la même chose dans Invasion Los Angeles avec la plus longue bagarre de l’histoire du cinéma qui en devient presque poétique. Par un heureux hasard, le film de Carpenter est programmé juste après nous au Festival d’Alès.

Vous êtes tenus par les morceaux que vous passez contrairement aux musiciens plus libre avec leurs instruments. Mais peut il y avoir une part d’improvisation ?
Pas vraiment. Nous sommes calés à l’image près pour que les morceaux choisis fonctionnent le mieux possible avec les extraits. Par contre, je pense que sur Cosmix, notre playlist changera à chaque représentation : nous avons quelques perles musicales en réserve qui peuvent changer de façon assez radicale la réception des images.

Peut-on aussi y voir un hommage aux musiques et au cinéma que tu aimes ou en tout cas à un certain cinéma de genre auquel tu es attaché ?
Oui bien sûr. Comme je le disais plus haut, j’aime sincèrement ce cinéma de genre. A deux exceptions près, les films choisis pour Cosmix ne sont pas de bons films. Mais ils font parfois plus rêver que des grands classiques plus « sérieux » de la SF. Parce qu’il y a une inventivité permanente dans les décors, les costumes et les effets très spéciaux. Même quand on voit les bricolages bon marché (ou l’ombre des cameramen sur une des séquences choisies) il y a une émotion du spectacle au premier degré. Comme pour la musique, la réception est surtout une question de contexte. Une chanson un peu ringarde peut prendre son envol si elle est envoyée au bon moment, après un morceau qui n’a rien à voir et qui lui donne de l’espace. Pour ces extraits c’est un peu pareil.
Après, ça dépendra aussi de l’envie du public de jouer le jeu : c’est tout l’intérêt de faire le truc en live.

Propos recueillis par Renaud Chastel

Cosmix sera suivi dans la Nuit Visiteurs de l’espace par Invasion Los Angeles (John Carpenter), Predator (John McTiernan), Iron Sky (Timo Vuorensola)

Et retrouvez toute la programmation du festival d’Alès sur http://www.itinerances.org
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s