Cinéma / SILENCE de Martin Scorsese.

Adapté du roman du Japonais Shusaku Endo , le cinéaste de Bertha Boxcar , Mean Streets ou Taxi Driver , revient sur la thématique de la culpabilité et de la rédemption dont témoigne dans ses films le « parcours christique » de ses héros . Après sa Tentation du Christ  qui avait fait polémique ,  avec Silence  ( Cliquer ici pour la Bande -Annonce )  , c’est l’oeuvre de sa vie qu’il a portée pendant près de  trente ans , qu’il a pu – enfin- mener à son terme …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Et d’emblée , le soin porté au récit comme à la mise en scène durant les deux heures quarante , s’en font les témoins par l’incroyable richesse et diversité des points de vues qui s’y retrouvent et se confrontent . En même temps que s’y dégage dans l’exploration de cette quête douloureuse où le sacré et la fanatisme se confrontent, une forme de lucidité appelant à l’humilité . En effet la confrontation entre le deux religions            ( Christianisme et Boudhisme ) dont les conséquences disséquées au long d’un récit et séquences de tortures , font état d’une impossible « coexistence » disséquées au long du récit . Celle consécutive à une « colonisation » cherchant à imposer au delà de sa loi économique , aussi, sa loi religieuse dans un pays qui la considère comme incompatible avec la sienne, et refuse de s’y plier . Dès lors , au fanatisme colonisateur va y faire face  à un autre : celui d’une inquisition locale se prêtera à tous les excès et tortures pour faire abjurer les sujets « convertis » à la religion coloniale . C’est dans ce contexte qu’en l’an 1633, deux prêtres Jésuites  Portuguais , le père Rodrigues ( Andrew Garfield ) et le père Garupe ( Adam Driver) partiront clandestinement , au Japon , à la recherche de leur mentor et maître le père Ferreira ( Liam Neeson ) où il a participé à l’implantation du Christianisme et qui a été , accusé ensuite, de l’avoir renié et apostasié  !…

Garupe ( Adam Driver) et Rodrigues ( Andrew Garfield , les prêtre Portuguais a leur arrivée au japon..
Garupe ( Adam Driver) et Rodrigues ( Andrew Garfield) , les prêtres Portuguais ,  à leur arrivée au japon..

Arrivés à destination proche du pays du Levant et pour les mener à bon port , ils vont s’adjoindre une pauvre âme perdue exilée et rechapée de de l’inquisition Japonaise dont la famille a été anéantie . Ce dernier va les faire débarquer en secret et les cacher dans une cabane isolée, près d’un village où subsistent encore quelques adeptes de la religion chrétienne contraints de la pratiquer en secret. Une proximité et la découverte de convertis vivant dans la clandestinité et leur attente . Puis un parcours consécutif à la découverte de leur présence dans le village par l’inquisition , qui vont leur permettre de prendre la mesure des dégâts dont les supplices infligés eux convertis traqués , se font les révélateurs . Une lutte sans merci dont les « fois » professées par chacune des parties et la supériorité de la sienne à laquelle , par vanité , l’une et l’autre sont attachées , ne fait que concourir à la surenchère des tortures infligées , et  anéantir l’adversaire. Ambitions et la soif de pouvoir des parties qui s’affrontent et ne veulent pas céder , au nom de la supériorité ( prétendue … ) de leur religion . Martin Scorsese nous entraîne au cœur de la surenchère des confrontations et affrontements , où se révèlent les ambitions humaines dont la foi religieuse devient porteuse de sa propre supériorité à l’adversaire. Comme l’illustrent les magnifiques séquences de l’ affrontement entre le père Rodrigues et l’inquisiteur . Où l’enjeu est la question de la surenchère des tortures que fera subir ce dernier aux convertis  , et qui pourrait le contraindre à abjurer son Dieu , et le faire céder au geste qui lui semble impossible : marcher sur son image , abjurer sa foi et libérer en même temps les souffrances de ceux qui son torturés pour elle ….

L epère Rodrigues ( Andrew Garfiels ) pred soin des convertis
Le père Rodrigues ( Andrew Garfield )  avec les paysans   convertis 

Au long du parcours des deux prêtres dont les destinées vont se retrouver séparées par les événements et les persécutions , il y a aussi le vécu commun et la perception des regards qui se confrontent au vécu , cité ci-dessus , qui finit par entamer les convictions et laisse sourdre à la fois le doute sur sa foi et le sentiments de culpabilité face à leur refus d’abjurer qui ne fait qu’amplifier les persécutions . Dans ce registre la mise en scène et le récit nous en font les témoins , et au cœur de celui-ci au- delà du sentiment de culpabilité , c’est surtout celui de l’abandon , amplifiant le gouffre dans lequel les deux prêtres semblent vaciller . Et ce « silence » divin , auquel ils sont confrontés que soulignent les bourreaux  «  il est silence , ne le soyez pas !» . Et ce sentiment de culpabilité dont la trahison laisse entrevoir l’impossibilité du reniement qui renverrait , à sa propre perte. A la torture physique , c’est la torture mentale à laquelle l’abjuration expose , que Martin Scorsese s’attache à rendre perceptible . Un dilemme moral auquel ils s’exposent via le geste de l’abjuration exigée , à laquelle il leur est impossible de céder . Car il s’agirait de se renier soi-même et d’en porter le fardeau toute sa vie . C’est de ce parcours dont  toute l’oeuvre du cinéaste est empreinte , ce reniement de soi qui plonge dans la violence et (ou ) autres turpitudes , et contre lesquelles  les héros de  ses films se battent et tentent de s’extraire …

Le guide ( Yosuke Kubozuka ) des prêtes qui ne cessera de renier sa foi et de
Le guide  des prêtres Portuguais  ( Yosuke Kubozuka )  qui  ne cessera de renier sa foi … 

A cet égard aux personnages des deux prêtres Portuguais , fait écho la destinée de leur guide ( Yosuke  Kubozuka ) qui , comme une sorte de girouette , ne cesse de se renier et de se           ( re)convertir pour échapper à la mort et au supplice dont il ne peut supporter l’idée d’avoir à l’affronter , après avoir voir vu sa famille exterminée . Ce dernier  qui les suit comme leur ombre renforçant leur sentiment de culpabilité . De la même manière que son contraire , l’autre beau personnage du récit , qu’incarne le vieux converti Mokichi ( Shinya  Tsukamoto )  et qui lui … acceptera de se sacrifier pour sa foi . Face à ce silence et à cette indifférence de Dieu , chacun y répond avec la propre force ou faiblesse, de son être . Force inébranlable ou faiblesse humaine , le cinéaste ne cherche à aucun moment à condamner les individus qui y sont confrontés . De quel droit d’ailleurs ? . D’ailleurs, cette force un jour , n’a t-elle pas parfois abandonné Dieu , comme s’en fait l’écho l’homélie de St Augsutin «  Jésus fatigué par la route, s’assit sur la margelle du puits.. ». Et le chapitra final qui viendra y ajouter le regard et la réflexion du père supérieur évangélisateur ( Liam Neeson) , expliquant sa « conversion »  à la religion du pays du  soleil levant , ajoute encore à la force et à la complexité de la réflexion de Martin Scorsese , n’hésitant pas ( comme il l’avait fait dans La Tentation du Christ) à s’inscrire  de manière frontale ,  à certaines interprétations ou tentations,                «  intégristes » .  Comme en témoigne d’ailleurs, aussi ,  le  tout dernier plan du film  où le prêtre Apostat  brûlé dans  son panier d’osier  selon la tradition Nipponne   tient serrée dans sa main une  croix  minuscule. Une des répliques du pére Rodrigues en ce sens , est limpide : «  tout ce que j »ai fait parle de lui » …

Le père Rodrigus( Andrew Garfield ) face au Vieux Mochiki ( Shinya Tsukamoto ) prêt à mourir pour r sa foi ....
Le père Rodrigues( Andrew Garfield ) face au Vieux Mochiki ( Shinya Tsukamoto ) prêt à mourir pour  sa foi ….

La force du cinéma de Martin Scorsese a été d’inscrire tout au long de son œuvre , et souvent avec force comme lorsqu’ici le sujet lui tient à cœur , les éléments d’une forme d’hystérie   dont elle se fait l’écho . En ce sens son film , prend toute sa dimension et fait écho, lui ,  aux intégrismes , d’aujourd’hui . La violence des images des parcours de ses héros la reflètent , souvenez-vous par exemple des portraits qui sont faits dans Gangs of New-York ,  décrivant ce que fut la construction , réaliste et violente , de la Nation Américaine . De la même manière il décline, ici , les images très fortes d’une double violence  : celle de la colonisation évangélique fanatique à laquelle répondent , les tortures de l’inquisition locale qui le sont  tout autant ,  pour l’éradiquer . Et les deux aspects qui sont liés ne sont jamais mis en avant pour que l’un soit décrit ( ou perçu…),  comme la condamnation de l’autre .
C’est cette réalité d’une violence condamnable quelle que soit le camp qui est amené à pratiquer, que le cinéaste pointe . Et les images de la représentation sont d’autant plus insoutenables qu’elle refusent la surenchère, se faisant souvent – par la distanciation – l’écho du regard extérieur et de sa perception . Les villageois assistant impuissants sur la rive aux tortures de leurs concitoyens soumis aux flots des vagues qui les submergent et les emportent. Le père Rodrigues enfermé derrière les barreaux de sa prison contraint d’assister au supplices destinés à le faire céder et renier Dieu . Ou encore , le paysage embrumé, laissant percevoir le lent calvaire des suppliciés de la chair, par les eaux brûlantes qui lacèrent leur peu jusqu’à la  mort  …

Martin Scorsese qui signe sans doute un des ses films les plus personnels dans l’approche et les questionnements que la religion ( la notion de la foi , du bien et du mal , de la culpabilité…),  l’ont amené à se poser . Lui qui , animé d’une foi profonde avait envisagé dans sa jeunesse de devenir prêtre et avait à cet effet , suivi une année de séminaire . Trop jeune et indiscipliné ( ! ) il est renvoyé … et se tournera , alors,  vers son autre passion de jeunesse : le cinéma,  en s’inscrivant à l’université de New-York . Et le grand cinéaste qu’il est devenu , de cette foi et de ses questionnements, il en a nourri son œuvre , dont son nouveau film témoigne avec force  …

SILENCE de Martin Scorsese – 2017- Durée : 2h 41 .
Avec : Abdrew Garfield , Adam Driver , Isseï Ogata , Liam Neeson , Tadanobu Asano , Yosuke Kubozuka, Shinya Sukamoto , …

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