Cinéma / JACKIE de Pablo Larrain.

Après son Neruda, le grand cinéaste Chilien s’est attaché cette fois-ci à faire un portrait tout aussi original et à contre- courant des « biopics » traditionnels. Concentré sur les trois jours qui séparent l’assassinat de J.F.K à Dallas et ses obsèques à Washington, c’est au vécu de la tragédie par la première Dame , Jackie, confrontée à la violence de  la mort  de  son mari  et  au  deuil  à faire ,  que son récit s’attache .

L'affiche du Flim.
L’affiche du Film.

Si vous avez son Neruda sorti récemment et encore sur les écrans ( voir notre critique sur le site ) , vous aurez étés certainement frappés par l’approche que Pablo Larrain fait du romancier et poète chilien et prix Nobel de littérature 1971 , poursuivi toute sa vie par le pouvoir et le régime qu’il fustigeait . Concentrant son récit sur la « complexité de l’artiste » il en fait un portrait irrespectueux dont les formes de récit amplifiées par les flashs-back offrent à la « traque » du poète par le Policier sur plusieurs décennies , le concentré d’une métaphore sur les rapports entre pouvoir et les artistes qui le contestent . Dans Jackie ( Voir Bande – Annonce ) on retrouve la même forme de récit en flashback,  dont le concentré du récit sur les trois jours qui suivent l’assassinat de JFK ( Caspar Phillipson ), font  écho à une réflexion en forme de chronique sur la politique et le pouvoir et cette part d’ombre (  les commanditaires l’assassinat … ) et à la violence , qui s’y attache . C’est confrontée à celles-ci que Jackie va se montrer vigilante sur toutes les pressions dont elle sera l’objet concernant la cérémonies des obsèques. L’enjeu essentiel étant de ne pas se laisser imposer les postures dans lesquelles on voudrait la voir célébrer l’image de son mari , mais bien de servir sa mémoire en l’inscrivant dans la postérité et faire en sorte que l’oeuvre initiée par  celui -ci , et brisée par l’assassinat de Dallas , de « tout ce qui a été accompli , ne tombe dans l’oubli » …

Jackie ( Matalie Portman ) à la Maison Blanche
Jackie ( Natalie Portman ) à la Maison Blanche

La scène d’ouverture du film pose d’emblée en effet l’enjeu, avec l’arrivée du journaliste de Life ( Billy Crudup ) , dans la résidence du Massachusetts mise à disposition de Jackie. Ce dernier venu pour un entretien destiné a rapporter aux lecteurs les confidences de la « première dame » sur son vécu et ressenti des moments et drame et ceux qui l’ont suivi , et , cherchant à savoir comment elle pense désormais, pouvoir reconstruire sa vie . Elle se confie avec prudence  se laissant aller par moment à certaines confidences , pour se reprendre        «  mais ça je en l’ai jamais dit.. » , sachant l’utilisation qui pourrait en être faite . Protéger désormais à la fois l’image du président assassiné , la sienne et celle de ses enfants , est une nécessité, comme celle  inscrite dans son devoir de servir la mémoire de son mari assassiné . Mais aussi , comme moyen de justifier sa propre existence dont le récit via les flashbacks , offre quelques jolies séquences concernant sa place dans la couple et dans la sphère publique . Dans ce jeune couple moderne qui a changé le « train-train » de la Maison Blanche en l’ouvrant et en y faisant par exemple pénétrer, via la TV , le grand public comme en témoigne la séquence de la visité guidée à laquelle Jackie se prête . De la même manière qu’est souligné , avec la séquence du concert de musique invité au cœur de la Maison Blanche , l’intérêt de la première dame pour les arts et la culture . Pablo Larrain y joue aussi la représentation de l’image du jeune couple «  glamour » avec la séquence du bal ( à la Visconti du Guêpard ) où la modernité de celui-ci fait écho à une certaine rêverie , avec la séquence musicale faisant référence à la comédie musicale, Camelot, inspirée de la légende du Roi Arthur. Jackie et sa coiffure immuable ou le choix de ses vêtements aux formes            ( tailleurs Chanel …) et couleurs modernes , adaptés aux multiples sorties  publiques et cérémonies officielles …

Caspar Phillipson as "John Fitzgerald Kennedy" and Natalie Portman as "Jackie Kennedy" in JACKIE. Photo by William Gray. © 2016 Twentieth Century Fox Film Corporation All Rights Reserved
Caspar Phillipson as « John Fitzgerald Kennedy » and Natalie Portman as « Jackie Kennedy » in JACKIE. Photo by William Gray. © 2016 Twentieth Century Fox Film Corporation All Rights Reserved

Cette légèreté que Pablo Larrain introduit dans le récit ne fait que renforcer , en contrepoint la tragédie à laquelle Jackie fait face , dont Natalie Portman qui l’incarne ( elle est bouleversante … son plus grand rôle ) s’est investie , comme jamais dans le personnage ( elle EST Jackie! ) , offrant toutes les facettes de celui-ci : à la fois la dignité dans la douleur, et le charme incroyable de première dame , qu’elle dégage . Mais en parallèle de tous ces éléments et événements qui ont marqué le passage du couple à la maison Blanche , le cinéaste fait sourdre en miroir des souvenirs heureux , ceux de la tragédie que déjà semble, comme un présage lors de la visite guidée que laisse entrevoir cette image entr’aperçue de cette autre figure historique de chef d’état assassiné : Abraham Lincoln . C’est au cœur de ceux-ci que le cinéaste traduit par sa mise en scène , où jackie est quasiment de tous les plans , se concentrant sur elle «  secrète et impénétrable »,  et réussit le tour de force de briser la glace . Choisissant de «  réaliser un film fait de fragments, de bouts de souvenirs , de lieux ,     d ‘idées , d’images, de gens … » , il nous invite avec lui,  à explorer l’énigme en nous y plongeant au cœur. Dès lors , c’est le regard de Jackie et ses souvenirs confiés , qui deviennent la chronique des événements dont elle a été témoin …

Jackie ( Natalie Portman ) et Bobby Kennedy ( Peter Sarsgaard )
Jackie ( Natalie Portman ) et Bobby Kennedy ( Peter Sarsgaard )

L’attentat de Dallas dont le journaliste en visite lui demande de décrire en détail , par exemple le son de l’impact de la balle ,  ce qu’elle a ressenti … et cette robe maculée du sang de son mari qu’elle ne veut plus quitter le jour du drame . De la même manière qu’est  soulignée  son implication dans l’organisation des funérailles et les complications rencontrées avec tout le protocole  exigeant  de strictes disposition de sécurité afin d’assurer  la protection des chefs d’état du monde entier venus y assister . Et les coulisses de celle-ci avec tous ceux qui ont leur mot à dire , le Vice- Président Lyndon B. Johnson (  John Caroll Lynch ) précipitant  son  serment  et  sollicitant son soutien pour le cérémonie d’investiture,  et s’imposant auprès d’elle dans l’avion qui ramène le cercueil de JFK à Washington . Les relations avec la famille de  son mari et avec  s on frère ,  Robert Kennedy   ( Peter Sarsgaard ) , et,   la question des enfants auxquels il faut annoncer le drame à laquelle s’ajoute ( faut-il les exposer ? )  celle de leur présence aux obsèques et de l’utilisation ( ce sera le cas …) qui  en  sera faite. Le cercueil du président enterré au cimetière National d’Arlington en Virginie ( belle scène embrumée , sous la pluie et le vent ) et la volonté d’y voir à ses côtés reposer ceux des deux enfants ( l’un mort-né et l’autre mort en bas âge ) du couple….

Javkie ( Natalie portman ) et au second plan , le prêtre ( John Hurt )
Jackie  ( Natalie Portman ) et au second plan , le prêtre ( John Hurt )

On y voit aussi , parfois , Jackie perdre pied ( la scène où elle est ivre …) captée par une caméra en déséquilibre et osmose . Et puis qui se ressaisit , se montrant encore plus déterminée, car elle se « souvient de tout » contrairement à ce qu’elle affirme parfois , adoptant la posture adéquate : réservée face aux médias mais volontaire , active et incisive en coulisses tenant tête dans la tourmente . S’y ajoute aussi cette très belle scène de rencontre avec le prêtre ( Jonh Hurt , dans un de ses derniers rôles ) qui vient prolonger l’approche du personnage et ses interrogations , par le cinéaste …                                           Des interrogations que très beau le dialogue -confession   avec le prêtre soulève sur l’avenir de Jackie . Ce  qu’elle souhaite léguer en héritage , et  ce qu’elle  a fini… par représenter dans le souvenir posthume aux yeux du monde par l’image offerte  de la dignité d’une femme  confrontée  au drame  et qui  a forcé l’admiration  de tous , jusqu’à sa mort en 1994 . En ce sens au cœur du couple « glamour » dont elle a perpétué l’image, c’est sans doute le rôle d’une femme qui n’en fut pas la potiche , mais  qui a su le modeler  en  une femme moderne . .C’est ce que laisse sourdre  le  récit  de  son combat ,  dont Pablo Larrain nous fait les témoins ,  celui  d’une femme dont l’amour et l’admiration portée à celui avec qui elle a partagé la vie et a continué à le faire vivre après la mort en lui construisant un autel à sa mémoire , comme prolongement de l’amour meurtri d’un couple dont elle a voulu léguer à la nation l’héritage d’une travail à poursuive . Ce que Bobby le frère avait tenté de faire avant d’être à son tour, assassiné .

La cérémonie des Obsèques ...
La cérémonie des Obsèques …

La dernière image du film où sur la plaque des  appartements privés à la maison blanche , figurent leurs deux noms réunis , en est l’immortel témoignage . Derrière  le grand homme d’état qui aurait pu lui faire ombrage , il y avait  aussi une grande femme. C’est ce que s’attache à montrer également au delà des clichés de «  l’image publique » du couple  entretenu par  les médias , le cinéaste Pablo Larrain …                                                                     Explorant les figures iconiques et leurs images  » la réalité et la représentation » , dans la foulée de son Neruda Pablo Larrain réalise avec Jackie , encore un film passionnant loin des clichés des « biopics » traditionnels. On vous le conseille vivement …

(Etienne Ballérini )

JACKIE de Pablo Larrain – 2017- Durée : 1 h 40 –
Avec : Natalie Portman , Peter Sarsgaard, Billy Cudrup, Greta Gerwig, Maw Casella , John Hurt , Sunnie Pelant, John Caroll Lynch, Caspard Phillipson …

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