Cinéma / Disparition : John HURT

John Hurt fut l’inoubliable interprète de John Merrick dans Elephant Man de David Lynch, Max, l’héroïnomane prisonnier en Turquie dans Midnight Express d’Alan Parker, mais aussi Caligula dans une série télévisée ou Monsieur Ollivander dans la saga Hatty Potter. L’immense comédien britannique est décédé des suites d’un cancer du pancréas. Il venait de célébrer son 77e anniversaire.

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John Hurt lors du Festival de Cannes 2011 (Crédit photo : Philippe Prost)

En juin 2015, John Hurt, alors âgé de 75 ans, révélait qu’il souffrait d’une tumeur, mais il gardait espoir. «J’ai récemment été diagnostiqué d’un cancer du pancréas à un stade précoce», indiquait-il dans un communiqué de l’agence de presse britannique Press Association. «Je suis actuellement sous traitement et je suis plus qu’optimiste quant à une issue favorable, tout comme l’équipe médicale». Cependant la maladie a pris le dessus et l’a emporté. Il est décédé le 25 janvier, comme l’ont annoncé son épouse Anwen Hurt et son agent Charles McDonald ce vendredi 27 janvier. Il venait de célébrer son 77e anniversaire, le 22 de ce mois.
Né en 1940 près de Chesterfield, dans le Derbyshire, au cœur de l’Angleterre, Sir John Hurt aurait très bien pu ne jamais devenir comédien. Fils d’un pasteur anglican et d’une mère ingénieur et comédienne amateur, John semblait suivre le chemin d’un futur prof de dessin grâce à une bourse à la Saint Martin’s School of Art de Londres. Mais dessiner des petits Mickey n’était pas sa tasse de thé. Malgré la désapprobation des parents, il veut devenir comédien. Son modèle, c’est Alec Guinness dans Oliver Twist de David Lean (1948). «C’est la première fois que j’ai vu à l’écran un acteur utiliser la tradition théâtrale qui consiste à se mettre au service du rôle et non l’inverse et cela a influencé mon travail jusqu’à ce jour» soulignera-t’il. A 20 ans, il est admis à la prestigieuse Royal Academy of Dramatic Art (Londres). En 1962, il fait ses premières apparitions dans des séries télévisées britanniques en même temps qu’il effectue ses débuts au cinéma avec un petit rôle dans The Wild and The Willing, un drame réalisé par Ralph Thomas. La carrière de John Hurt est lancée. Depuis, tout en se produisant régulièrement sur la scène des théâtres, il a tourné dans 200 films (courts et longs métrages, téléfilms). Tous ne sont pas du même niveau et le comédien de reconnaître en toute franchise : « J’ai quelquefois dû faire des choses parce que les caisses étaient vides ». Néanmoins, il a déjà travaillé sous la direction de Fred Zinnemann (Un homme pour l’éternité), John Huston (Davey des grands chemins), Richard Fleischer (L’Etrangleur de Rillington Place) et Jacques Demy (Le joueur de flûte) quand, au milieu des années 1970, son parcours prend une nouvelle dimension.

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John Hurt interprétant Quentin Crisp – L’Homme que je suis (Crédit photo : DR)

Au petit écran, il est remarqué grâce à deux prestations. Il incarne Caligula dans la série I,Claudius, et l’écrivain homosexuel Quentin Crisp, dans le téléfilm L’Homme que je suis de Jack Gold. En 1978, il interprète Max, un toxicomane anglais qui croupit dans une prison turque, dans Midnight Express d’Alan Parker. Sa performance lui vaut d’être nommé à l’Oscar, de remporter le Golden Globe du meilleur second rôle et un Bafta (récompense britannique du cinéma et de la télévision). L’année d’après, il est l’officier Kane, dans Alien, le Huitième passager de Ridley Scott, la première victime de l’extraterrestre avec une scène gore mémorable, qu’il parodiera dans La folle histoire de l’espace de Mel Brooks, dans laquelle la bête lui perfore la poitrine. Puis, il enchaîne avec le magnifique et émouvant Elephant Man de David Lynch, dont il est la vedette avec Anthony Hopkins. Il est nommé une nouvelle fois à l’Oscar et reçoit un autre Bafta, celui du meilleur acteur.

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Elephant Man de David Lynch (Crédit photo : DR)

John Hurt a rarement été tête d’affiche, mais il aura été beaucoup plus qu’un second rôle. Sa carrière internationale, riche et éclectique, l’a amené à jouer dans des films d’auteur comme dans des blockbusters et à tourner, entre autres, avec Michael Cimino (La Porte du paradis), Sam Peckinpah (The Osterman Weekend), Michael Radford (1984),Stephen Frears (The Hit), Jim Sheridan (The Field), Raoul Ruiz (L’œil qui ment), Gus Van Sant (Even cowgirls get the blues), Robert Zemeckis (Contact), Jim Jarmusch (Dead Man, The Limits of Control, Only lovers left alive), Lars von Trier (Manderlay, Dogville, Melancholia), Steven Spielberg (Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal), Guillermo Del Toro (Hellboy, Hellboy 2). Ces dernières années on a pu le voir au cinéma sous les traits de Monsieur Ollivander, le marchand de baguettes magiques de la saga Hatty Potter, et dans Le Transperceneige, l’adaptation d’une bande dessinée par Bong Joon-ho. A la télévision, il est au générique des séries Docteur Who et Panthers. Il a également eu l’occasion de prêter sa voix dans de nombreux documentaires ou films d’animation ce fut notamment le cas sur Le Château des singes de Jean-François Laguionie.

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John Hurt lors des 65e Bafta – 2012 (Crédit photo : DR)

En 2012, lors des 65es British Academy Film Awards, il a reçu un Bafta pour l’ensemble de sa carrière qui s’étend sur près de six décennies. Il y a deux ans, il a été anobli par la reine Elisabeth II.
Monsieur John Hurt s’en est allé retrouver ses vieux copains et acteurs Peter O’Toole et Oliver Reed avec lesquels il écumait parfois les bars de Soho. Il nous reste leurs films et pour Sir John, ceux de son impressionnante filmographie, mais aussi quelques-uns à venir, terminés ou en post-production. Dès mercredi prochain il sera ainsi possible de voir cet immense comédien dans Jackie du cinéaste chilien Pablo Larrain, un « biopic » dans lequel il interprète le père Richard McSorley.
A l’annonce de sa disparition, de nombreux artistes ont fait part de leur tristesse et lui ont rendu hommage sur les réseaux sociaux. Parmi eux :
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A voir :

Top 10 John Hurt Performances (video – VO)
The Many Deaths of John Hurt (video- VO)
Un extrait d’Elephant Man de David Lynch (video – VO)
« L’acteur aux 1000 visages » : A life in pictures : John Hurt (source :The Guardian)

A lire :

Un entretien accordé à The Talk, traduit et relayé par Vanity Fair (7 mai 2014)
« Austère de contrastes », un portrait de Sabrina Champenois dans Libération (8 mars 2006)
Philippe Descottes

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