Cinéma : LA LA LAND de Damien Chazelle.

Révélé par Whiplash (2014) avec la musique au premier plan , le jeune réalisateur pour son second film rend un vibrant hommage aux comédies musicales d’hier , dont il s’empare des codes et les fait siens en les confrontant au monde moderne avec son « couple » d’artistes amoureux confrontés aux vicisitudes de la vie comme obstacles à affronter . Le film est une superbe réussite faisant du jeune cinéaste de 31 ans , la nouvelle coqueluche d’Hollywood . Récompensé aux Golden Globes il devrait voir se prolonger l’accumulation des trophées aux prochains Oscars …avec ses 14 Nominations !.

l'affiche du film.
l’affiche du film.

L’ouverture du film avec cette magnifique et longue séquence de l’embouteillage sur une portion de sortie d’autoroute de Los Angeles où les conducteurs ( trices )  de véhicules  immobilisés tentent de « tuer » l’attente en passant de messages téléphoniques , lire ou revoir des pages de dossiers de travail ou encore tout simplement écouter de la musique afin d’oublier ce contre -temps . A l’immobilisme et au concert de klaxons , tout à coup une jeune fille s’extrait de sa voiture reprenant à haute voix la chanson de son autoradio et esquisse une pas de danse . Imitée par d’autres qui se joignent à elle et improvisent de spectaculaires gestuelles et envahissent la chaussée improvisant une sorte de ballet où chacun se libère et virevolte , s’appropriant l’espace . La mis en scène et en place spectaculaire de la séquence filmée  en continu de  La La Land    ( Cliquer  ici  pour voir la bande-annonce ), laisse deviner le soin du travail de préparation dont  elle a été l’objet. Elle révèle aussi au-delà de celui-ci le sens de la rythmique de montage et de la fluidité recherchée par le cinéaste dont témoignait déjà son travail sur Whiplash (  voir critique  et entretien avec Damien  Chazelle , sur notre site . Mais elle dévoile aussi ce que , celui-ci , fruit d’une passion et de références revendiquée , y inscrit sa propre vision et l’originalité de son regard . Celle dont témoigne l’évolution de la séquence de ce ballet d’intitulé «  another day of sun » en  y  invitant ,  l’inversion d’un point de vue avec l’invasion de l’espace à contre-courant  de  la  voie , par un groupe qui va y apporter une  autre dynamique concrétisée par ce camion dont l’arrière  s’ouvre théâtralement sur un groupe de musique qui  apporte  sa  frénésie . Contraste saisissant dont le film va poursuivre au long de son récit cette sorte de double chorégraphie qui va rythmer les scènes de la vie du couple (les  rencontres et  aléas traversés) d’artistes : Sébastien ( Ryan Gosling ) et Mia ( Emma Stone )…

La scène d'ouverture du film sur l'autoroute embouteillée
    La scène d’ouverture du film sur l’autoroute      embouteillée

C’est cette cohérence qui fait le prix du film dans la mesure où il inscrit au cœur du récit et de la romance qui s’installe les rêves et les désirs de chacun confrontés à la réalité de la vie et des conséquences qui s’y attachent . De la même manière que Damien Chazelle rythmait dans Whiplash le parcours de son héros batteur et la confrontation avec  son professeur dans un rapport de forces et de soumission imposant des choix et  des sacrifices à faire afin d’arriver à la réussite souhaitée . C’est ce même dilemme qui va se poser à Mia , qui veut devenir  comédienne , dont les multiples «  castings » ne voient rien se déclencher et qui va tenter l’aventure de l’écriture Théâtrale solitaire. De la même manière que Sébastien ,  fan de « free- jazz » devra céder aux exigences de ses employeurs qui l’obligent à prendre une voie plus commerciale , comme l’illustre la scène où on retrouve en patron de boîte de nuit intraitable,   J.K Simmons qui interprétait le professeur de batterie de Whiplash . Au delà du clin- d’oeil,  c’est la réflexion sur le rêve et l’ambition et le désir   d’accomplissement dans le travail confronté aux obstacles des  milieux  professionnels  concernées , que le cinéaste poursuit dans La La Land . Face à  eux,  les deux artistes vont se retrouver démunis et surtout contraints de  se plier aux choix et aux exigences des décideurs et d’une profession qui les oblige à se soumettre. C’est bien là , le hic qui risque de les contraindre à baisser les bras et à devoir se compromettre , avec les conséquences et les déchirements que cela peut en traîner , personnels et  dans leur vie de couple …

Mia (Emma Stone) und Sebastian (Ryan Gosling)
Mia (Emma Stone) et  Sebastian (Ryan Gosling)

C’est cette double – peine qui pèse sur eux que le cinéaste traite magnifiquement dans les multiples séquences où on les voit tour à tour l’un et l’autre au bord du renoncement , puis finir par se compromettre . A l’image de Sébastien acceptant une tournée avec un groupe à succès  . Tandis que Mia ayant tenté son expérience théâtrale sans trouver le succès décide de baisser les bras , mais sera rattrapée par la proposition d’un décideur  ayant  vu son spectacle  . Si on se soutien , on se dispute aussi sur les choix et ( ou ) les renoncements , la vie de couple en est affectée et surtout lorsque la réussite de l’un est l’objet à la fois d’un renoncement et d’une séparation ( la tournée…) ça finit par coincer! . De la même manière lorsque c’est au tour de Mia d’être sollicité et emportée dans le tourbillon , la répétition du dilemme  et du choix ,  se reproduit. La traduction de celui-ci Damien Chazelle,  la restitue magnifiquement au delà des séquences dialoguées , mais aussi et surtout par les scènes musicales et dansées . Le réel et l’imaginaire , la séparation et la réunion qui s’y distillent entre travail et idéal rêvé  , mais aussi  au coeur  du  couple  perturbé et séparé par les choix , puis à nouveau réuni par le soutien mutuel qui leur permettra  de  ne pas être emportés dans la défaite . Le happy-end qui concrétise le succès de Mia qui deviendra Star de cinéma et de Sébastien  qui finira par ouvrir sa boite de nuit et pouvoir y jouer « sa » musique, sera tout de même mitigé . On vous laisse découvrir le final magnifique , où le romanesque s’invite et tempère la gravité …

Mia ( Emma Stone ) avec ses copines ( Callie Hernnadez et Sonaya Mizuno ) , en quête de castings
Mia ( Emma Stone ) avec ses copines ( Callie Hernnadez et Sonaya Mizuno ) , en quête de castings

Comme si la force du rêve «  the fulls whoe Dreams » évoquée dans la belle séquence où Mia est invitée à raconter une expérience vécue , ne pouvait pas être brisé par ce réel contre lequel ils ont dû se démener  , vaincre le stress et le  hantise de l’échec . Les superbes séquences des rencontres nocturnes au cœur desquelles Sébastien et Mia se retrouvent en chansons et en « pas de deux » improvisé . Ou encore dans celle faisant référence à La Fureur de Vivre de Nicholas Ray et à la célèbre séquence du Planétarium où ils se retrouvent à regarder les étoiles et s’envoler au milieu d’elles , concrétisant l’éternité ( et l’universalité ) de leur amour . On est là en pleine rêverie cinématographique en pleine tentative d’évasion du réel . Le travail sur la fluidité de la mise en scène et de sa chorégraphie investi  les formes et invite dans son tourbillon le spectateur à se laisser emporter sans retenue . Le superbe travail du Chef -Opérateur Linus Sandgreen à la « steadicam » dont la cohérence se poursuit dans les séquences non chorégraphiées, offre aux scènes la  fluidité souhaitée par Damien Chazelle que complète au montage ( de Tom Cross) dont déjà,   le cinéaste avait trouvé le bon « tempo »  pour immerger le spectateur dans la Musique de Whiplash . Et qui trouve ici son double accomplissement dans la mariage musique -danse- scènes parlées dont Damien Chazelle revendique la paternité et l’admiration pour l’harmonie des mouvements  d’appareil    chez   Jacques  Demy dans ( Les Parapluies de Cherbourg, Les demoiselles de Rochefort …)  le cinéaste  français auquel  il  voue une  inconditionnelle admiration …

De gauche à Droite : Damien Chazelle, Emma Stone et Ryan Gosling -
De gauche à Droite : Damien Chazelle, Emma Stone et Ryan Gosling –

Ces références  et hommages au genre qui sont multiples et qu’il s’approprie pour écrire , ensuite , sa propre partition , constituent  également une forme de « dialogue » que le cinéaste installe avec les spectateurs . réveillant chez  lui la mémoire de l’un des genres du Septième  Art   en le renouvelant  et le  remettant au goût du jour , avec ce qui est une des ambitions première de celui-ci : faire rêver le spectateur et l’embarquer dans une  histoire romanesque où le réel  et la fiction s’entrecroisent et la poésie s’invite au cœur d’une vision fantasmée . Et toutes ces influences qui s’y télescopent avec les références   cinéphiles dont chacun pourra trouver les détails  et les  souvenirs .  Une affiche de Star  comme   modèle  pour Mia  : ingrid Bergman , les allusions aux films de Stanley  Donen ou de Vincente Minnelli , aux couples célèbres ( Ginger Rogers – Fred Astaire ou Gene Kelly-Judy Garland ) auxquels le duo Sébastien /  Mia,   renvoie et  fait référence . Les films de Busby Berkeley , de George Stevens , de Max Ophüls ( La Ronde pour la fluidité des mouvements de Caméra ), de Woody Allen et tant d’autres. En tout cas c’est sûr le plaisir du cinéma est au rendez-vous … pour changer  de la  violence de certains blockbusters .  Alors , on  danse ? …
(Etienne Ballérini)

LA LA LAND de Damien Chazelle -2017 – Durée : 2 h 08 –
Avec : Ryna Gosling , Emma Stone , J.K Simmons , Callie Hernandez, Jessica Rothe , Sonoya Mizuno, Rosemaru DeWitt, John Legend ….e

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