image Théâtre / Les murs murmurent

Il arrive de plus en plus que la venue de spectacles serve en quelque sorte de tremplin pour la découverte par les niçois de « pépites » offertes à nous par un comédien – en l’occurrence une comédienne- du « spectacle » initial.

Babetida Sadjo
Babetida Sadjo

La saison dernière, Romane Bohringer nous offrait, en parallèle des représentations de « Terre noire », de Stéfano Massini, le texte de Lina Pros, « Lampedusa Beach ». Pour la reprise du premier, il aurait été cruel de nous priver de celle de la seconde.

Mais cette terre est une véritable terre arable, puisqu’elle cachait en son sein non seulement Romane Bohringer mais cette perle qu’est Babetida Sadjo, l’autre personnage féminin de Terre Noire. Et le vendredi 13 janvier, c’était vraiment un jour de chance… Babetida Sadjo jouait et son propre texte, « Les murs murmurent  ».

Babetida Sadjo, née en 1983 à Bafata (Guinée Bissau), a vécu 13 ans en Afrique, 4 ans au Vietnam et habite en Belgique depuis 1999. Elle a fait des études d’art dramatique au Conservatoire de Bruxelles Cependant, au cinéma, elle reste longtemps cantonnée dans les seconds rôles. Ce qui ne l’empêche pas de remporter, en Flandre, l’Ensor* du meilleur second rôle pour Wasteland, de Pieter Van Hees, aux côtés de Jérémie Renier.

Dans « Les murs murmurent » la jeune comédienne se mue en jeune auteur pour une première pièce qui prend la forme d’un monologue évoquant l’absence du père et le manque d’amour. Une femme arrive devant son père vu pour la dernière fois quinze ans plus tôt. Elle veut lui dire le manque de lui. Elle veut lui parler de l’abandon qui n’en finit pas de guérir. Elle arrive dans cet endroit où le silence des morts permet les paroles des vivants. De reproches en déclarations d’amour, elle déroule le fil de sa vie vide de lui et remplie de blessures d’enfance. Elle attend une réponse à ses questions. Serait-il encore temps pour une rencontre entre père et fille, ou bien le bruit du manque du père ne laissera percer que l’écho de celle-ci ?

Bizarrement, ce texte m’en a fait l’écho d’un autre, tout au moins dans le début, vous savez, ce moment où, face à un texte inconnu, on se « raccroche aux branches » et on se dit : « tiens, ça m’évoque quelque chose, mais quoi ». Dans les deux cas, un personnage plus soliloquant que monologuant, « Deux étrangers au bout du monde, si différents /Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant ». Plus un climax qu’une situation, plus une tension souvent à deux doigts de se rompre. Bizarrement, donc, m’est venu à l’esprit « La nuit juste avant les forêts », de Koltès, mais comme une fugacité prégnante. Et là, il s’agit du cri d’une fille face à l’absence d’un père, les mots face au silence.

affiche-les-murs-murmurent“Les enfants viennent au monde pour rencontrer leur père. Sinon pourquoi sortiraient-ils de leur mère ?” demande cette jeune femme qui peine à grandir à l’ombre du silence paternel. Et qu’ont-ils à murmurer, les murs ? De quelles dépouilles opimes ont-ils gardé trace, la trace ?  Ces témoignages spontanés sont – ils simples graffitis ou pentures soignées ?

Une écriture exigeante, un jeu intense. Une rencontre.

Jacques Barbarin

 Les murs murmurent de & avec Babetida Sadjo, mise en scène Hélène Theunissen.  Scénographie Noëlle Ginefri, lumière Nicola Pavoni, musique Grégoire Dune, aide à l’écriture Caroline Chisogne, assistante mise en scène Stéphanie Lowette production Mekeskidi.

*Les Ensors sont des récompenses cinématographiques décernées chaque année depuis 2010 pendant le Festival du film d’Ostende, en hommage à James Ensor (1860 -1949), artiste –peintre belge né et mort à Ostende

 

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