Theâtre / Terre noire

Au début de la saison dernière, Irina Brook mettait en scène, en décembre 2015, une création, « Terre Noire » pièce de Stéfano Massini. Nous lui devions le sensationnel Chapitres de la Chute – La saga des Lehman Brothers et l’émouvant Femme non-rééducable [mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa]. « Terre Noire » est repris en janvier. Bis répétita placent.

Auteur de théâtre et metteur en scène, Stefano Massini est né en 1975 à Florence,  il dirige actuellement le Piccolo Teatro de Milano. Il reçoit à l’unanimité du jury, le plus important prix italien de dramaturgie contemporaine, le Premio Pier Vittorio Tondelli dans le cadre du Premio Riccione 2005. En outre, il reçoit de nombreux autres prix pour jeunes dramaturges. Ses pièces sont interprétées par certains comédiens italiens les plus connus. Il traduit aussi en italien des pièces de William Shakespeare et adapte pour le théâtre des romans et des récits.
Dans « 
Terre noire », le cœur de la cible n’est pas la finance, comme dans « Chapitres de la Chute », mais les compagnies multinationales du secteur agro-alimentaire.  Tout commence lorsqu’une voiture s’arrête au bord du champ de canne à sucre de Hagos. L’agent commercial d’Earth Corporation lui fait miroiter de l’argent, beaucoup d’argent. Comme tous les paysans de la région, Hagos tombe dans le piège. Il rêve de récoltes miraculeuses. Pour faire « passer la pilule », il recevra des cadeaux comme un appareil à télévision et un réfrigérateur.
Mais la réalité s’avère tout autre : ses cannes à sucre se dessèchent, la terre de ses ancêtres est meurtrie par les produits chimiques et les dettes l’étranglent. Contraints à céder leur terre pour une bouchée de pain, le fermier et sa femme décident de faire appel à une jeune avocate déterminée, Odela Zaqira.
L’écriture de la pièce est vraiment non conventionnelle, et c’est ce qui – entre autre- en fait son intérêt : on ne passe pas linéairement d’une scène à une autre mais, dirais-je, d’une atmosphère à une autres : beaucoup décrivent des situations au sens cinématographique du terme, d’autres sont des monologues nous « embarquant »  dans des instances poétiques.

Terre noire de Stefano Massini traduction de l’italien Pietro Pizzuti mise en scène Irina Brook avec Romane Bohringer, Hippolyte Girardot ©Jean-Claude Fraicher (sdp)
Terre noire de Stefano Massini
traduction de l’italien Pietro Pizzuti
mise en scène Irina Brook
avec Romane Bohringer, Hippolyte Girardot
©Jean-Claude Fraicher
(sdp)

C’est l’avocate (Romane Bohringer) qui va être le lin être les protagonistes de cette histoire, l’avocat de la Earth Corporation (Hyppolite Girardot), l’agent commercial (Jeremias Nussbaum), le couple d’agriculteurs (Babetida Sadjo et Pichto  Womba Konga).
La pièce se déroule en Afrique, mais la mise en scène d’Irina Brook ne le caractérise pas de trop, ce qui fait que cette histoire pourrait se dérouler dans un autre continent, voire dans une exploitation française.Irina
Brook met en scène ce combat mortifère comme une véritable enquête policière que seules viennent « détourner » des images projeter en fond de scène rappelant le background africain du terreau fictionnel, l’origine de la réflexion.
Les plages musicales de Jean Louis Ruf, spécialiste du mandolocelle* instillent entre chaque moment une charge introspective. Le décor est de Noëlle Ginefri, et je ne crois pas avoir vu, depuis que je vois des mises en scène d’Irina, d’autres scéno que celle de Noëlle : c’est à cela que l’on reconnait les grands, c’est qu’ils savent s’entourer. La traduction est de Pietro Pizzuti.
Dans une interview au journal « La Terrasse » Irina Brook dit, à propos de « 
Terre noire », que « Mon moyen d’expression est le théâtre. Il a sans doute moins d’impact que d’autres, mais même s’il touche peu de gens, il ne faut pas en minimiser l’impact. Car ces combats sont sans prix et au-delà des chiffres, même si j’ai parfois l’impression d’être une petite goutte d’eau dans un océan de malheur. » Avec Terre Noire, elle a fait la part du colibri. **
Terre Noire, de Stefano Massini, mise en scène Irina Brook

Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du samedi 14 janvier

TNN, 13 et 14 janvier, 21h

Jacques Barbarin

* Le mandoloncelle est un instrument de musique à cordes pincées et doublées de la famille des mandolines. Il apparait au XIXe siècle. Le mandoloncelle à fond bombé est principalement utilisé dans les orchestres ou les quatuors de mandolines, sa fonction étant la même que le violoncelle dans les quatuors à cordes.
**
Selon une légende amérindienne, un jour, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part ».
Illustrations :
Romane Bohringer et Hyppolite Girardot (Photo J.C. Fraicher)
Babetida Sadjo et Pichto  Womba Konga (Photo J.C . Fraicher)
Babetida Sadjo Pichto  Womba Konga et Jeremias Nussbaum (Photo J.C . Fraicher)

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