Cinéma / LOUISE EN HIVER de Jean-François Laguionie.

Après le magnifique Le Tableau ( 2011 ) , le cinéaste d’Animation Français, nous offre son dernier chef -d’oeuvre de sensibilité et de poésie, Louise  en Hiver  ( cliquer ici pour voir la Bande -Annonce).  Superbe portrait de cette vieille dame ayant raté son train de retour  et  se retrouvant seule dans une cité balnéaire ..souvenirs du passé  qui affleurent , et présent réinventé en aventure -remède , contre la solitude. Une merveille de voyage , à ne pas manquer ….

l'Affiche du film
l’Affiche du film

Biligen est une jolie petite ville Balnéaire de Normandie , c’est l’été et les touristes et les saisonniers sont nombreux sur la plage où toutes les générations se retrouvent pour profiter des vacances , du beau temps et des joies de la mer. Louise, installée sur son fauteuil de plage pliant profite des derniers jours de l’été , complétant son journal quotidien où elle glisse ses réflexions . Peu à peu le temps se dégrade et les nuages sombres laissent présager le retour de grandes marées et des tempêtes . La petite cité balnéaire se vide. Louise a préparé minutieusement ses affaires pour ne pas être en retard et se dirige vers la gare bien avant l’heure du passage du dernier train. A son arrivée sur le quai , elle voit avec stupéfaction ce dernier s’éloigner au loin . Raté !. L’horloge du temps s’est-elle arrêtée ?. Elle se retrouve seule dans la cité désormais désertée de ses vacanciers . Les nuages noirs qui s’amoncellent et les grandes marées qui font rage !. Nuits cauchemardesques . Tout le monde semble avoir oublié qu’elle est restée là… et que l’hiver arrive à grand pas . Pourquoi personne ne vient à son secours , pourquoi cet abandon ? … et cet hélicoptère qui sillonne le ciel sans la voir !.. Louise finit par se faire une raison et s’organise en attendant les prochaines vacances de Noël et de Pâques  … alors elle s’organise à la manière de Robinson Crusoé sur son île , et se reconstruit un petit chez elle , en même temps que les souvenirs du passé  affleurent et viennent peupler ses pensées …

le dernier train s'en est allé...
le dernier train s’en est allé… Les nuages noir de l’hiver s’installent.

Les cauchemars de la nuit dans la maison et la ville déserté se transforment en délires poético- surréalistes lors d’une séquence sublime où la tempête fait battre les volets de sa chambre et que baignoires , horloges et autres objets insolites , comme le lit de Louise et les maisons de la ville inondée finissent par dériver dans les flots marins et l’on voit leurs habitants se saluer lorsqu’ils se croisent ! . Lorsque Louise finit par émerger de son rêve , la tempête  lui laissant un peu de répit  : «  c’est drôle les gens ont peur de tout maintenant . Ce n’est pas la première fois qu’il y a une marée exceptionnelle …avant on en faisait pas toute une histoire ! » constate-t-elle . Elle décide alors de prendre son destin en mains. Le beau temps revenu, elle se promène ,  passe le temps sur la plage et découvre qu’il «  y a un peu de la vie partout » . Les petits animaux marins et les oiseaux ne font pas attention à elle «  je dois leur paraître insignifiante » . Il y a aussi dans les dunes des décharges où armoires, des  vieilles voitures et autres postes de radio sont abandonnés. Alors lasse de sa maison , Les Lilas Bleus «  trop de silence, et humide surtout ! » . l’idée lui vient de s’installer sur la plage et de jouir de la vie au grand aie , jour et nuit . Pour cela , sur la petite dune elle va construire sa petite Cabane en bois …avec les outils volés ( avec  quelques autres ustensiles et vêtements à aux nouvelles galeries où elle a pénétré en brisant une vitre. Morceaux de bois de récupération et autres objets échoués sur la plage feront l’affaire…

Luise  erre seule dans la ville abandonnée...
Luise erre seule dans la ville abandonnée…

Une nouvelle vie réglée commence avec les promenades sur la plage , la pêche et le petit coin fertile … trouvé dans le cimetière pour y cultiver quelques légumes !. Il ne lui manque qu’un peu de compagnie … un chien qui semble avoir été abandonné là comme elle, va finir après quelques hésitations,  par la rejoindre . Et devenir à la place de son  « journal de bord » , son confident …et même  « dialoguer » avec elle !. Louise , comme Robinson a découvert son Vendredi !. Elle n’est plus seule et partage désormais avec ce fidèle compagnon ses promenades et autres activités. Il servira aussi à Louise, de moteur inconscient pour explorer sa propre histoire qui resurgit par bribes d’une mémoire devenue chancelante . Tout à coup elle ne se sent plus envahie par la « vieillitude », et son intérêt pour l’existence et la vie renaît avec une certaine philosophie qui finit par faire fuir les doutes qui l’envahissaient , faisant revivre les fantômes du passé ( son enfance et cette grand-mère à qui elle a été confiée, le souvenir de cette falaise et puis de ses amoureux , cet autre étrange compagnon  -confident parachutiste suspendu à un arbre de la forêt…) et les questions restées vivaces comme les oublis qu’elle cherche à combler «  j’ai dû avoir des enfants , sans doute »….

Louise  jardine dans le  cimetière...
Louise jardine dans le cimetière…

Dans la tête de Louise la tempête des souvenirs et des zones d’ombres fait rage elle aussi, et il s’agit de retrouver la sérénité . Le premier défi relevé et poursuivi avec la présence de ce « pépère » de compagnon , vont finir par lui permettre d’en  retrouver des bribes  . Qu’importe désormais le passé , c’est le présent et le temps qui reste qu’il faut vivre et dont il faut profiter . Au diable toutes ces questions qui l’empoisonnent !… «  et puis le printemps est arrivé … et jai refermé le livre », dit-elle alors , sereine. La veille dame fragile , finit par montrer le visage d’une solidité à toute épreuve « plus résistante et débrouillarde que je ne le pensait… » , comme elle le devine lorsqu’elle découvre au début de son épreuve de l’abandon, que ses « jambes semblent plus solides et plus lestes qu’auparavant… ». Dès lors la vie quotidienne peut reprendre ,L’hiver  passe ,  les vacanciers peuvent revenir sur la plage et poursuivre leur séjour sans même lui prêter attention. Il en est ainsi du cycle de la vie . Jean-François Laguionie explore avec la délicatesse de sa mise en scène et de ses dessins , ces instants qui distillent le passage du temps . Et confrontent la jeunesse d’hier à celle d’aujourd’hui dont le regard semble ignorer toutes ces «  Louises » d’hier dont elles perpétuent le reflet des mêmes désirs de jeunesse et d’aventures, et  dont le miroir semble ne pas  refléter l’ombre , ni cette angoisse du temps qui passe…

la construction de la  cabane sur la Dune...
la construction de la cabane sur la Dune…

Emblématiques, ses séances de «  jardinage » au cimetière, et la découverte en même temps que le souvenir de ses angoisses enfuies , de ses « semis qui ont poussé » … qui font écho à cette autre séquence surréaliste succédant à sa tentative de suicide lors de la disparition de «  pépère » , évoquant sa comparution devant un étrange tribunal qui la condamne «  à la solitude à Perpétuité » , la jugeant coupable de « ne pas se souvenir de ses enfants ! » . Le désordre extrême de Louise la faisant ressembler à ce pantin désarticulé suspendu dans un arbre par elle-même , quelques scènes auparavant. La gravité est là , comme la poésie de ces petits riens qui font la beauté du cinéma et des dessins du cinéaste ,qui subliment son récit. Car il faut souligner le travail et l’inventivité de ce dernier qui depuis ses débuts n’a cessé d’explorer les différentes formes ( du découpage papier en passant par l’animation traditionnelle ou la palette graphique …)  de l’animation . Et , ici , pour ce sujet «  intime » inspiré de son enfance en Normandie, utilisant le dessin à la main afin de construire son film , dit-il «…  de manière  animatique » où les sonorités , la partition musicale et les influences picturales , sont au cœur . Soulignant son «  goût pour le graphisme et la peinture du début du du 20ème siècle , ainsi que pour les peintres du rivage comme Jean- Francis Auburtin ou Henri Rivière . Lesquels brossaient des ambiances particulières jetées sur le papier . Mêlant le lavis et l’aquarelle au crayon de couleur et au pastel. Ces outils apportant dans les paysages de mer et les séquences de vent, une vie plus légère que d’autres techniques propres à l’animation. Je souhaitais que cette liberté soit présente à l’image .. » , explique-t-il …

Le quotidien partagé avec son nouveau compagnon, de solitude "Pépère"
Le quotidien partagé avec son nouveau compagnon, de solitude : « Pépère »

Un travail que complète magnifiquement celui effectué sur les bruitages voulu « comme une véritable partition musicale » complétée par le travail de la bande sonore musicale ( Pierre Kellner au Piano , et Pascal le Pennec à la partition orchestrale ) chargés d’apporter le soutien nécessaire aux états d’âme de Louise. S’y ajoute le beau
travail sur la voix de Louise par Dominique Frot . Un vrai travail d’orfèvre pour un film en forme de chef -d’oeuvre     ( sélection Festival du flm d’Animation d’Annecy  et Grand prix du Festival d’Ottawa) que l’on vous conseille vivement d’aller découvrir en salle….

(Etienne Ballérini )

LOUISE EN HIVER de Jean- François Laguionie – 2016- Durée : 1h 15.
Scénario , création graphique et décors : Jean- François Laguionie
Assistant et directeur Artisqtique : Lionel Chauvin.
Musique : Piano ( Pierre Kellner) , Orchestre et choeurs ( Pascal Le Pennec )
Voix de : Dominique Frot ( Louise ) , Diane Dassigny ( Louise jeune) , Anthony Hickling ( le parachutiste ), et Jean-François Laguionie ( Pépère ) …

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