Cinéma / MANCHESTER BY THE SEA de Kenneth Lonergan.

Le scénariste et cinéaste ( Margaret / 2011), propose pour son troisième film derrière la caméra un très convaincant mélodrame sur une tragédie humaine ancrée dans le réel , et portée par de superbes personnages blessés par la vie qui ont du mal à refaire surface . Un récit sensible sur les difficultés de la résilience …

l'affiche du film.
l’affiche du film.

Il est plombier et parfois homme à tout faire , des tâches qui lui permettent de gagner sa vie dans cette ville de Boston où il vit depuis plusieurs années . Il a un caractère tourmenté et se montre parfois désagréable avec les clients comme le lui reproche son employeur à qui il refuse de céder face à certains clients qui se plaignent . Parfois le « « blues » l’entraîne dans les bars où le trop plein de bière ingurgitée le fait exploser en violence au moindre regard qui lui semble être posé sur lui , comme agression ou une insulte. Lee Chandler ( Casey Affleck) , on le comprendra vite porte , suite à une négligence , le poids d’un drame passé qui lui a fait quitter sa ville natale de Manchester by the Sea ( Cliquer ici pour voir la Bande-annonce du film ) dans le conté d’Essex Massachusetts . petite ville maritime et port de pêche où s’est déroulée sa jeunesse baignée par les sels marins de l’aventure sur le bateau de son père. C’est de là que lui arrive un appel téléphonique qui lui apprend , aujourd’hui , la mort de son grand frère et qu’il va devoir quitter Boston pour s’y rendre le temps , de régler à la fois les funérailles ainsi que les affaires de succession. La douleur de la perte du frère ainé qui vient remuer les souvenirs en même temps que cette ancienne douleur enfouie ,mais toujours présente comme une plaie à jamais ouverte . Il va pourtant lui falloir affronter les démons en même temps que d’accomplir le devoir que lui a laissé son frère, en testament : s’occuper de son neveu jeune adolescent dont il a désormais la charge de tuteur jusqu’à la majorité …

Au téléphone à Bostaon , Lee ( Casey Affleck) apprend la mort de son frère ainé
Au téléphone à Bostaon , Lee ( Casey Affleck) apprend la mort de son frère ainé

L’ouverture du film est passionnante , en petites touches, montrant son retour au pays et les flashs- souvenirs , du drame qui lui reviennent en mémoire comme un boomerang impitoyable , auxquels il tente de résister pour ne pas sombrer . Tentant de trouver des échappatoires qui pourraient le dégager de son devoir testamentaire afin de s’éloigner au plus vite de ses tourments . Mais la réalité est là avec la longueur des démarches qui l’oblige aussi , à tenir compte des souhaits de son jeune neveu  Patrick ( Lucas Hedge, épatant ) et à revoir les amis d’hier venus lui témoigner leur soutien . Comme celui des habitants de la petite ville , silhouettes parfois furtives mais faisant résonance à la trajectoire de Lee , à l’image de l’échange avec ce vieil homme (  belle  séquence ) qui lui confiera la douleur restée vivace de la disparition de son père en haute mer cinquante an plus tôt… douleurs intimes et destinées qui interfèrent. Mais il y a aussi ceux qu’ils aurait aimé ne pas revoir raviver ses blessures , comme son ex-femme , Randi ( Michelle Williams ) qui l’a quitté après le drame   ( dont on vous laissera découvrir et comprendre les raisons de l’impossible deuil et du sentiment de culpabilité qui l’accompagne , comme  d’une rédemption devenue impossible ) , ou encore celle de la mère  de Patrick ,   à l’alcoolémie  ingérable qui avait fini par quitter la maison laissant son fils avec un père malade devant affronter l’inéluctable d’une longue maladie . Les éléments du deuil d’aujourd’hui qui va les réunir,  sont au coeur du récit dont les formes du mélodrame cher au cinéma Américain et à son public populaire d’hier , sont ravivées par le cinéaste qui les convoque et les enveloppe dans une mise en scène toute en fulgurances ( les images du drame surlignées par la musique , les éclats de violence de Lee …) qui viennent faire écho à l’irrépressible culpabilité qui paralyse paralyse , à l’image de Lee avouant à son neveu ( «  je n’y arrive pas ! » ) son impuissance à refaire surface …

Souvenirs d'enface à Manchester city avec le petit neveu, Patrick
Souvenirs d’hier  à Manchester By the Sea , avec le petit neveu, Patrick….

C’est dans cet exercice périlleux que Kenneth Lonergan trouve une approche originale du mélodrame contemporain en évitant le plus souvent la surcharge inutile des situations forcées et jouant subtilement à l’image de Casey Affleck remarquable dans cet exercice ( c’est sans doute son meilleur rôle… ) d’une sobriété de jeu qui rend encore plus émouvants ses errements et ses éclats de violence . A cet égard la scène du commissariat de police où il tente de mettre fin à ses jours, est formidable … et en dit long . De la même manière qu’ au cœur des séquences de son retour au pays , les petites notations , les regards et les non-dits qui s’inscrivent où le fantôme du drame passé plane chez tous ( amis d’hier , voisins… ) sans que l’on ose y faire référence . Comme l’illustre magnifiquement la scène où son neveu l’oblige à rencontrer la mère de sa petite amie , et le lourd silence qui s’installe face aux questions de cette dernière auxquelles il refuse de se laisser aller aux confidences. En contrepoint, s’inscrivent les doubles réactions féminines cherchant à transcender , elles aussi , leur sentiment de culpabilité. Par une sorte de rachat chrétien du pêché comme le tente la mère du neveu de Lee , soutenue par son nouveau compagnon pour tenter de récupérer son fils . Ou comme le tente , l’ex-femme de Lee ayant refait sa vie en cherchant, elle , à arracher par ses larmes un pardon , qui devient  encore plus insupportable pour ce dernier ! ….

Lee ( Casey Affleck ) et Patrick son neveu ( Lucas Hedges) , retrouvailles pour le testament ...
Lee ( Casey Affleck ) et Patrick son neveu ( Lucas Hedges) , retrouvailles pour le testament …

Au delà l’impact psychologique de ces séquences remarquables faisant sourdre les manifestations intimes de culpabilité et des douleurs impossibles à soigner, le récit inscrit habilement en filigrane du devoir à accomplir par Lee pour son neveu l’opposition de deux caractères , en une approche subtile et émouvante . De leurs comportements et points de vues irréconciliables ( scandés par leurs nombreuses disputes…) sur tout ce qui concerne la mise en place des souhaits du testament, elle finira par faire sourdre , une approche à fleurets -mouchetés. La subtilité de celle-ci consistant à s’inscrire dans la résistance à l’autre qui va permettre d’en trouver ( forcer ) le chemin , au cœur même des raisons qui avaient jusque là figé chacun dans ses retranchements de protection . La douleur ressentie par le neveu qui se manifeste par le refus des solutions envisagées par son oncle ( la scène où il s’oppose à la solution alternative à l’enterrement retardé de son père pour des raisons climatiques ) , et son obstination à vouloir les chercher par lui-même ( que faire du vieux bateau qu’il faut rénover ? , l’alternative de la mère …) , comme sa propension ( cynisme , conquêtes féminines ) à se disperser et dépenser son énergie . Tandis que celle de l’oncle en marge de ses excès de violence , le pousse parfois dans un mutisme quasi autiste …

Randi ( Michelle Williams ) , l'es -femme de Lee .
Randi ( Michelle Williams ) , l’ex-femme de Lee .

Le film distille avec une belle subtilité, cette lente approche qui va finir par les faire baisser la garde. Une des plus belles scènes du film l’illustre magnifiquement dans cette cuisine où ils se retrouvent après les cauchemars de leurs nuits dont ils tentent de se débarrasser. Lorsque pour la première fois , l’un et l’autre vont trouver enfin les mots et les gestes jusque là retenus , de compréhension et de consolation . Alors le vrai dialogue peut reprendre … apporter un peu d’apaisement, et permettre de trouver des solutions. C’est dans ce registre là que le film trouve un véritable impact dramatique et une belle dimension psychologique et intimiste, apportant aux individus marqués par la tragédie , l’apaisement nécessaire .
On vous engage à aller le découvrir …

(Etienne Ballérini)

MANCHESTER BY THE SEA de Kenneth Lonergan – 2016- Durée : 2h 18 .
Avec : Casey Affleck ,Lucas Hedges , Michelle Williams , Gretchen Mol , Kyle Chandler …

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