Cinéma / LA SOCIALE de Gilles Perret.

Le réalisateur de Mémoires d’Ouvrières ( 2011) et de Jours Heureux (2013 ) nous propose avec son dernier film-documentaire de revenir sur ce qu’à   représenté comme progrès au lendemain de la seconde guerre mondiale , la création de la sécurité sociale, il y à 70 ans. Sujet remis régulièrement au cœur des débats par le patronat et les tenants du libéralisme mondial …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Le cinéaste Gilles Perret auteur  talentueux de nombreux documentaires ( 12 ) sur la réalité ( Ma Mondialisation /2006 ) économique et du monde politique,  s’est attaché ces dernières années à parcourir et décrypter  cette  réalité politique et sociale et les attaques dont sont l’objet les acquis et conquêtes des luttes sociales et syndicales qui ont marqué  et changé les vies ( et la santé ) des nombreuses générations d’hommes et des femmes notre pays. Comme en témoignent ici , les intervenants ( historiens , sociologues , hépatologues , chargés de recherches aux CNRS, ouvriers … ) . Un combat qu’évoque dans La Sociale ( Cliquer ici pour voir  la Bande annonce ) une superbe séquence devant des jeunes réunis , l’ouvrier métallurgiste Jolfred Fregonara ( 96 ans ) adhérent du front populaire et combattant de la première heure et le restera toute sa vie , qui , en 1945 dans le cadre de ses fonctions organisera la mise en œuvre de la caisse de sécurité sociale de Haute Savoie. Un témoignage et message rendu d’autant plus émouvant que rétrospectivement qu’il   offre à ses paroles un écho particulier , lorsqu’il évoque ce qu’à représenté le combat de sa vie dont il dit qu’il «  espère que la flamme ne s’éteindra pas ». sachant que ce dernier s’est éteint en Août 2016 , avant la sortie du film…

Jolfred Fregonara
Jolfred Fregonara 

Jolfred Fregonara , qui est au cœur du film comme un témoin de la première heure de la mise en marche d’une longue lutte et d’un espoir longtemps porté par le monde ouvrier pour faire en sorte que les conditions de vies et les possibilités de soins soient prises en compte «  un vieux rêve séculaire émanant des peuples -vouloir vivre sans l’angoisse des lendemains -voyait enfin le jour . Le principal bâtisseur de cet édifice des plus humanistes qui soit se nommait , Ambroise Croisat » , est-il expliqué dans le dossier de presse . Et une question s’y ajoute «  qui le connait aujourd’hui ? . il est temps de raconter cette belle histoire de la Sécu . D’où elle vient , comment elle a pu devenir possible , quels sont ses principes de base , quels furent ses bâtisseurs , et ce qu’elle est devenue au fil des décennies » . Le cœur du récit est construit donc autour de ces questionnements et des témoignages , comme les constats et ( ou) controverses qui lui sont apportées . Plongée donc au cœur de l’histoire de cette institution qui concerne plus de 65 Millions de Français et les accompagne tour au long de leur vie. Gilles Perret a donc choisi de privilégier les témoignages qui la « racontent comme une épopée », mais surtout de s’attaquer à certaines idées reçues sur le prétendu « trou de la sécurité sociale » mis en avant ( agité… ) par ceux qui veulent la démanteler et la privatiser . Ou encore y aborder , dans le même ordre d’idées, l’un des thèmes centraux de son film qui réside dans cette phrase «  le propre de la classe dirigeante , c’est de voler l’histoire populaire »…

Ambrosie Croizat
Ambroise  Croizat

Et c’est là, qu’au détour des propos des intervenants et des témoignages, revient au cœur du film la figure d’Ambroise Croizat  (1901- 1951 )  , le ministre communiste qui au lendemain de la seconde guerre mondiale  au sein du Conseil National de la Résistance la porta ( ordonnances d’ Octobre 1945) et la mis en place en tant que Ministre du Travail , du gouvernement du Général de Gaulle . Dans le but « d’en finir avec la souffrance et l’exclusion. Dans une France Libérée , nous libérerons les Français des angoisses du lendemain » , disait-il . Mais dont la « paternité »  de son travail fut , au fil des ans «  volontairement oubliée », au profit du haut fonctionnaire Pierre Laroque son chef supérieur . Le récit est passionnant de cette « réécriture de l’histoire » officielle dont deux séquences , l’une au siège de la sécurité sociale et  l’autre au ministère du travail montrent la réalité . A la « sécu » c’est le portrait de Pierre Laroque et le texte qui l’accompagne , qui en font le « père » . Au Ministère du travail c’est l’actuel Ministre François Rebsamen qui met en retrait le nom de Croizat au profit de celui de  Pierre Laroque ! . Gilles Perret  souligne : «  lorsqu’on parle d’histoire il faut toujours se poser la question de savoir qui la raconte et qui a intérêt à la raconter », dit le cinéaste . Et dès lors sa démonstration pointe, les coups portés par le patronat , par la finance , par les grands groupes … et les formations politiques dont il souhaiterait qu’elles fassent «  passer l’intérêt général avant les intérêts particuliers »…

La fille d'Ambrosie Croizat
la fille d’Ambroise  Croizat témoigne sur son père …

Il y a une séquence hallucinante illustrée par les propos de l’un des tenants du libéralisme tout -crin et anticommuniste viscéral , qui fait le portrait de notre système de Sécu un exemple de «  Dictature Coréenne » !? . Mais au delà de la haine et du cliché , Gilles Perret préfère multiplier les exemples des coups portés et des réformes    ( dont l’un des textes de loi récent… ) qui ont fini par modifier la portée originale au profit d’une certaine privatisation ( les mutuelles … ) et intérêts Patronaux , qui n’ont de cesse que d’ en renier la portée initiale en créant de nouvelles inégalités devant la santé et la protection . A cet égard , est significative la scène du rappel des Politiques libérales désastreuses d’hier  , de  Margaret Thatcher en Grande Bretagne et de  Ronald Reagan aux Etats-Unis , dont l’austérité et le modèle a été récemment remis à l’ordre du jour de notre campagne Présidentielle . Gilles Perret ne mâche pas ses mots et revendique ce qu’avait su faire , hier , le Conseil National de la Résistance « remettant l’économie au service de l’homme , et non pas le contraire » . Pour le cinéaste , il était devenu aujourd’hui essentiel de démontrer «  que la sécurité sociale , est moins chère , plus égalitaire et plus efficiente que les assurances privées . Et qu’il faut marteler ce discours pour le rendre audible face à une idéologie libérale omniprésente » . Son film est de bout en bout passionnant par son approche et ses questionnements , comme l’est son plaidoyer pour rendre justice à Ambroise Croizat  soulignée i par la dignité de sa fille qui le raconte avec une belle simplicité admirative «  il a toujours pensé aux autres », …

(Etienne Ballérini)

LA SOCIALE -2016- Film documentaire Durée : 1h 24.
Avec les intervenants : Jolfred Fregonara , Colette Bec , Michel Etievent , Bernard Priot , Anne Gervais , Frédéric Pierru….

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