Théâtre / Le Horla

Le 5 février 20016  le Théâtre de la Cité nous régalait de l’adaptation théâtrale d’une nouvelle de Guy de Maupassant, « Le Horla ». Mais, une seule représentation, cela avait un goût de trop peu. Heureusement, Thierry Surace, le leader maximo de ce théâtre, tempêta, cria, fit les gros yeux…
et coucou, revoilou le Horla pour 3 représentations.

 

eric-fardeau-le-horlaGuy de Maupassant (1850 – 1893) a marqué la littérature par ses six romans, dont Une  vie, Bel-Ami,  et surtout par ses nouvelles comme Boule de suif en 1880, ou le Horla (1887). Ces œuvres retiennent l’attention par leur force réaliste, la présence importante du fantastique et par le pessimisme qui s’en dégage le plus souvent, mais aussi par la maîtrise stylistique. La carrière littéraire de Maupassant se limite à une décennie — de 1880 à 1890 — avant qu’il ne sombre peu à peu dans la folie et ne meure peu avant ses quarante-trois ans.
La nouvelle Le Horla est un journal intime où le narrateur rapporte ses angoisses et divers troubles. Il sent progressivement, autour de lui, la présence d’un être invisible qu’il nomme le Horla. Il sombre peu à peu dans une forme de folie en cherchant à se délivrer de cet être surnaturel. Le Horla, un être surhumain, le terrasse chaque nuit et boit sa vie.
Cette folie le conduira à de nombreuses actions, toutes plus insensées les unes que les autres. Il en viendra même à mettre le feu à sa maison et laissera brûler vif ses domestiques. Dans les dernières lignes de la nouvelle, face à la persistance de cette présence, il entrevoit le suicide comme ultime délivrance.
L’aspect fantastique du récit vient du doute créé chez les lecteurs quant à la démence du narrateur ou à la réalité des faits qu’il rapporte. Maupassant souffrait lui-même de troubles : il avait l’impression de se voir à l’extérieur de lui ou qu’il était étranger à la personne qu’il voyait dans le miroir. Le Horla est l’aboutissement d’une série de contes qui font référence à un sentiment de double puis à un être monstrueux ou surnaturel. C’est une littérature de genre fantastique, mais aussi d’épouvante et, dirais-je, de prémonition.

affiche-le-horlaQuant au terme « Horla » c’est un néologisme  créé par Maupassant. Plusieurs hypothèses ont été évoquées pour en expliquer l’origine. Il pourrait être composé à la fois de l’expression « hors la loi» et du mot normand « horsain » qui signifie « l’étranger ». Mais il pourrait aussi être la juxtaposition des mots « hors » et « là », ce qui crée un oxymore destiné à faire apparaître à la fois l’anormalité de cette créature et sa présence.
La mise en scène (Anne Sophie Tiezzi) respecte la structure même du texte : on n’a pas cherché à « rapidifier » tel ou tel passage. Cette nouvelle ne peut pas être écourtée, chaque mot donne une importance à l’ensemble de la nouvelle.
Écrit à la première personne, ce conte fantastique intemporel peut nous appartenir comme un journal intime, au sein duquel le lecteur, comme le spectateur, s’identifie et devient le personnage principal. La scénographie entre en relation constante avec l’univers mental du « héros » : un intérieur « cossu » que nous imaginons intérieurement évoluer avec l’évolution du récit. Et les lumières d’Erik Saint-Ferréol y sont pour beaucoup : elles définissent précisément la « tonalité » de chaque espace, leur « coin chaud », comme dirait Tourgueniev.
Et il était important que la scénographie rendit  compte – ne serait-ce que stylistiquement, un bureau, un fauteuil, un lit – de l’espace clos du narrateur : lorsque celui-ci se trouve à l’extérieur,   en voyage, ses phobies s’estompent. C’est lorsqu’il se trouve dans sa demeure que son démon le reprend. Note personnelle : si je devais rapprocher le Horla d’un tableau, cela serait « Le cri » d’Edvard Munch (au demeurant, une maison d’édition*  a utilisé ce tableau pour couverture de l’une des parutions de cet ouvrage.
Alors ? Crise mentale ? Préscience d’un être du futur, d’un « non-mort » (nosferatu en roumain), le Horla comme figure du xénomorphe (forme étrangère, l’étranger au sen large, en anglais alien) ? Est-ce que le moi n’est pas maître dans sa propre maison ?(Freud)
eric-fardeau-le-horla-2A louer également l’interprétation sensible d’Eric Fardeau. Il est véritablement au diapason du texte, il en épouse toutes les phases. Il est le médium entre nous et le narrateur, voire entre nous et le Horla. Chacun de nous a son Horla qui patiente dans un coin de la pièce, sous le lit ou dans la tête et qui attend patiemment qu’on perde pied et qu’on lui ouvre la porte, cette porte qui lui donnera accès à un terrain de jeu infini…
Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, voilà 3 occasions, pour ceux qui l’ont déjà vu, faites comme mois, allez le revoir…

Le Horla, par la compagnie Nouez-Vous
Théâtre de la Cité – 3, rue Paganini NICE – 04 93 16 82 69
Vendredi 9 et samedi 10 décembre à 20h30 – Dimanche 11 décembre à 15h
Illustrations : Photos Dominique Agius – Affiche

 Jacques Barbarin

*dont le nom signifie : Feuillet d’un livre ou d’un registre numéroté sur le recto et le verso

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