Théâtre / Mon fric

Mercredi 30 novembre au TNN, c’était la création de la dernière pièce de David Lescot, Mon fric

mon-fric-afficheDavid Lescot est un dramaturge français, né en 1971,  également musicien et metteur en scène. Il monte son premier texte en 1998. Il compose ensuite la musique de différents spectacles, notamment pour Anne Torrès qui met en scène Le Prince de Machiavel au Theâtre Nanterre Amandiers (2001) ou Le Fou d’Elsa d’Aragon au Théâtre National de la Colline (janvier 2005). En 2015 il écrit et met en scène Les glaciers grondants, jouée en décembre 2015 au TNN.
Et sa dernière création porte un nom qui nous concerne tous, quelque soit le rapport que nous ayons avec lui : Mon fric. Le fric, le flouze, les pépettes, l’oseille, la caillasse, le grisbi, le pèze, le pognon, le blé, la braise, la galette, les radis, les picaillons, la thune…
Dans Mon Fric, David Lescot écrit le récit d’une vie, celle de Moi, à travers le prisme de son rapport à l’argent, entre 1972 et 2040. Un Moi, auquel on s’identifie très vite. L’enfance, avec les premières étrennes, encore empreinte d’URSS, de culture marxiste, d’argent de poche et de rock. L’âge des possibles, où l’on apprend à dépenser l’argent qu’on n’a pas toujours, avec les copains ; y défilent le chanteur Renaud, l’Inde, Darty. Enfin, le fric qu’on gagne vraiment, pour assurer son ménage, une enfant, c’est l’avènement du libéralisme sauvage. Puis le divorce, les pensions alimentaires, l’espoir des économies alternatives, et avec l’âge, un certain détachement.
La morale de cette fable serait, peut-être : Je dépense, donc je suis. Etre ou ne pas être, c’est ce que n’arrive pas à déterminer Moi, puisque il n’arrive pas à dépenser, ce  que nonobstant ce que lui rappelle son père, times to times. Mon Fric balaie ces soixante-dix ans d’existence, à cheval entre deux siècles, et, avec une belle énergie, et semble nous raconter notre histoire intime, tant l’argent nous révèle aussi. De saynètes en saynètes, « Moi » nous raconte les étapes d’une vie à travers le prisme de l’argent.
« … L’argent est une bonne métaphore de l’existence, des relations, puisqu’il régit tout ce que l’on échange, il intervient même dans des domaines très intimes, comme ceux du désir ou de l’amour. En ce sens, il se marie bien avec le théâtre, qui est l’art de l’échange par le dialogue, le regard, les gestes. » (David Lescot)
141114-pixel0087Chaque étape de la vie du narrateur est reliée à une époque et David Lescot s’amuse à raconter ces années avec une myriade de personnages plus obsessionnels les uns que les autres, croqués avec toute la finesse qui caractérise son écriture. La pièce est comme un scénario et les personnages – un prof de philo filou, une flambeuse allumeuse, un frère qui fait des affaires, une baba-cool paradoxale… – dessinent un univers déjanté et cependant très sérieux.
Bien évidement, la psychanalyse est sollicitée, dans une séquence à l’humour corrosif, comme au demeurant se détermine le spectacle. Mais lorsque Moi rencontre l’analyste (oh la belle image) quelque chose vient gripper la belle machine : c’est justement l’argent, mais celui qui doit servir à payer le psy. Et l’on sait –je vais me faire lancer une fatwa par tous les freudiens et lacaniens, tous les lacaniens, toutes les lacaniennes- on sait, disais-je, la grande place consacrée dans la littérature psychanalytique au fait qu’il faut payer les consultations, comme si cela n’allait pas de soi. C’est l’arroseur arrosé…
Au fond, le fondamental de la pièce, c’est au-delà de la course à l’argent, la course à soi-même : connais-toi toi-même. Est-ce la connaissance de soi-même qui détermine notre rapport à l’argent ou l’inverse ? That is the question. Heureux habitants de Dijon, de St Etienne, de Marseille, de Sartrouville et de Béthune…
Mon fric de David Lescot mise en scène Cécile Backès

Jacques Barbarin

Avec Maxime Le Gall, Pauline Jambet, Simon Pineau, Pierre-Louis Jozan, Noémie Rosenblatt
6 au 9 décembre : Théâtre Dijon Bourgogne
11 au 13 janvier :2017 Comédie de St Etienne
2 au 4 mars : Théâtre de La Criée Marseille
22 au 25 mars : Théâtre de Sartrouville
28 mars au 1er avril : Comédie de Béthune

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s