Cinéma / POLINA, DANSER SA VIE de Valérie Müller et Angelin Preljocaj.

L’ itinéraire de travail d’une danseuse confrontée aux « écoles », pour découvrir sa véritable place dans un Univers qui voudrait l’enfermer . Hors des clichés de la plupart des films du genre , un hymne à la danse et aux danseurs qui la servent par un travail obstiné qui leur permet de trouver leur propre voie, et faire œuvre créatrice …

l'affiche du film
l’affiche du film

C’est la bande dessinée de l’artiste  Franco- Belge, Bastien Vivès ( Grand prix de la BD 2012, publiée chez Casterman) qui est l’origine du film des deux cinéastes complices dont le travail de l’une dans le documentaire et de l’autre dans la chorégraphie se sont mariés pour servir à merveille le film . Premier long métrage de fiction pour Valérie Müller réalisatrice de documentaires , et Premier long métrage de cinéma tout court pour le chorégraphe d’origine Libanaise Angelin Preljocaj qui ajoute une nouvelle corde à sa créativité et à sa passion de la danse qu’il veut faire partager au grand public . Et le récit du parcours de Polina             ( cliquer ici pour la Bande Annonce) la jeune héroïne de leur film est passionnant à plusieurs titres. D’abord sur ce que ce parcours révèle d’atypique sur la personnalité de la danseuse à la recherche de sa propre voie , mais aussi des clichés sur le monde de la danse ( les rivalités ) dont il se détache pour privilégier le réalisme d’un regard plus introspectif sur les individus confrontés aux difficultés morales et physiques en même temps qu’à la difficile harmonie à trouver entre vie privée et travail … et puis cette quête de la perfection et de l’harmonie des corps, dont le film se fait porteur d’une double réflexion sur création / fusion . Celle dont les corps partenaires se font porteurs à destination du public .. .

Polina avec son premier maître de danse
Polina avec son premier maître de danse

Nous voilà au début dans les années 1990 dans le sillage de la petite Polina, issue  d’une famille modeste, passionnée par la danse et qui postule pour entrer dans l’école du célèbre ballet du Bolchoï . Des parents modestes qui vont se priver et un maître formateur , Bojinski ( Alekseï Guskov ) qui va se montrer impitoyable, humiliant la petite fille à plusieurs reprises , mais c’est sans connaitre sa passion et son obstination qui ne se brisera pas aux obstacles . Bien au contraire , la dureté de la tâche      ( elle sortira de l’école avec ses diplômes…) ne fera qu’amplifier sa détermination . Et celle-ci deviendra même libératrice à l’occasion d’un spectacle  de danse contemporaine qui la bouleverse et va changer sa vie . Adieu le Bolchoï qui s’apprête à l’accueillir , le choc ressenti est tel qu’il est comme un appel briser les chaînes des carcans dans lesquels elle a été enfermée pour se laisser aller vers d’autres horizons . A la faveur de la rencontre d’une jeune et beau danseur Français ( Niels Schneider ) qu’elle va suivre en France pour y découvrir une autre méthode de danse et de créativité du côté de la Provence où enseigne Liria Elsaj ( Juliette Binoche ) une célèbre chorégraphe . Rencontre enrichissante , mais le long chemin qui va lui permettre de trouver sa propre voie ne s’arrêtera pas là . Passant par de nombreuses épreuves ( coupée dans son élan par une blessure ) et des périodes sombres ponctuées par des travaux d’appoint pour vivre , la passion de la danse toujours chevillée au corps , elle tiendra bon . Se confrontant à toutes les écoles et expressions : classiques , contemporaine et jusqu’à la libre improvisation objet d’une superbe séquence …

Polina avec son petit ami danseur Français ..;
Polina avec son petit ami danseur Français ..;

La description des étapes de son parcours servies par le regard des deux cinéastes apportant chacun les « touches » personnelles, inscrivent celui-ci dans le réalisme débarrassé des clichés , afin de mettre avant et  en lumière ce qui le caractérise ( le sacrifice personnel ),  et leur semble le plus révélateur et juste reflétant   au long des étapes de celui-ci : «  ce qui m’interessait c’était le parcours . Comment les fragilités , les failles d’un individu peuvent au final être les ressorts de sa créativité et de sa réussite (…) il s’avère que ce ne sont pas toujours les plus doués qui font carrière , certains sont fulgurants puis s’éteignent d’un coup . C’est une forme de longévité , d’obstination et d’endurance qui fait la force de certains artistes.. .» , explique Angelin Prelojcaj .  Et Valérie Müller a retenu le «  réalisme de la BD qui évitait tous les poncifs des récits sur les danseuses classiques où elles sont toujours anorexiques , victimes  de rivalités , de compétition…on était pour une fois dans un monde de jeunes qui travaillent et qui se confrontent à des difficultés morales et physiques . On les voit vivre et faire la fête… » . Ce réalisme documentaire dont elle nourrit ici avec une belle justesse, le récit . Décryptant, avec l’apport de la chorégraphie de Preljocaj, la manière dont Polina s’inscrit dans le monde réussissant par la passion et le travail à s’arracher au déterminisme social, comme ‘ont fait d’autres grandes figures de la danse , Pina Bausch ou Rudoph Noureev….

image de la superbe séquence finale
image de la superbe séquence finale

Les deux complices derrière la caméra laissant également poindre les éléments révélateurs de cette passion dont ils veulent donner au public l’image dépouillée des clichés et de la superficie des « biopics » dont souvent les réalisateurs abusent . Les  auteurs  préférant faire écho de leurs  références inspiratrices : Fred Astaire «  pour la fluidité du passage d’une scène parlée à une scène dansée » , à Bob Fosse ( All That Jazz ) pour la description de la  «  contamination vie privée/ travail » , ou à la cohérence de la chorégraphie du Billy Elliot de Stephen Daldry  …. , et  encore au magnifique  modèle ,  Les Chaussons Rouges  de Michaël Powell et Emeric  Pressburger . Dans le même ordre d’idée , le choix des comédiens s’est porté vers ceux qui ont eu des expériences dans le milieu de la danse , comme c’est la cas pour Juliette Binoche ( qui a retravaillé six mois pour son rôle ) qui apporte la touche féministe du film, dans le rôle de la chorégraphe  . Et puis le long « casting » pour la recherche de l’interprète de Polina , Anastasia Shevtsova , qui a abouti en Russie et nous fait découvrir une magnifique danseuse -interprète qui crève l’écran , et illumine les scènes chorégraphiées par Angelin Prelojcaj à l’image de la sublime séquence finale . Une merveille …

(Etienne Ballérini)

POLINA , DANSER SA VIE de Valérie Müller et Angelin Prelojcaj – 2016- Durée : 1h 48.
Avec : Anastasia Shevtsova, Véronika Zhovnytska, Niels Schneider, Jérémis Belingard , Juniette Binoche , Alekseï Guskov , Sergio Diaz …

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