Cinéma / PLANETARIUM de Rebecca Zlotowski /

Plongée dans l’univers du spiritisme dans le sillage de la tournée Européenne, dans les Années 1930, des sœurs Barlow qui seront prises dans le tourbillon du cinéma et dans la tourmente annonciatrice des futures tragédies : Antisémitisme et guerre. Une fiction où le romanesque se pare des habits crépusculaires de la cruauté du monde …

l'affiche du film
l’affiche du film

Les deux sœurs Américaines qui ont popularisé le spiritisme ancêtre du spiritualisme , ont connu un succès considérable avec leurs spectacles au point de  les exporter avec succès et de convertir de nombreux adeptes dans le monde entier . C’est leur « tournée » Européenne que nous invite à suivre dans Planétarium  ( Voir ici ,  la bande – annonce ) Rebecca Zlotowski remarquée par ses deux premiers films ( Belle épine /2010 et Grand Central /2013) , aidée dans l’écriture du scénario par Robin Campillo l’auteur de Les Revenants   ( 2004 ) . C’est donc un plongée dans un Univers très particulier renforcé par la stylisation voulue de la mise en scène dans laquelle la cinéaste a souhaité embarquer le spectateur pour en faire à la fois le complice d’une double fascination distillée par les croyances et les dons des deux sœurs ( Natalie Portman et Lily-Rose Depp , épatantes ) entraînant au delà de l’imaginaire leur public dans le mystère des signes et des révélations attendues et ( ou ) espérées. Spectacles fascinants qui subjuguent l’auditoire,  à l’image de ce pionnier et producteur cinématographique , Jospeh Corben ( Emmanuel Salinger ) qui va s’enticher des deux sœurs et les accaparer pour les faire basculer dans l’univers du cinéma qu’il espère – en visionnaire – révolutionner,  en tentant de faire ce qui n’a jamais été fait fait : « capter » leurs expériences de communication et arriver à enregistrer leurs « apparitions » , sur pellicule .

Les deux soeurs ( Natalie Portman et Lily-Rose  Depp)  , en représentation ...
Les deux soeurs ( Natalie Portman et Lily-Rose Depp) , en représentation …

C’est la première belle idée du film que de décrire le rapprochement et la même fascination exercée par ces deux univers semblant pourtant diamétralement opposés , mais faisant tous deux appel à l’imaginaire et à la croyance . La salle de spectacle comme réceptacle et reflet d’une forme de communication , d’un jeu de demande et de l’offre s’appuyant sur les désirs et les croyances permettant de nous projeter dans une sorte d’état second . La fascination en question qui permet de croire et ( ou ) de faire croire . Comme l’illustrent les belles séquences de recherche lors du tournage pour tenter de rendre crédible ( visible ) à l’image pour le spectateur le rendu de ces séances de communication avec l’au- delà . Pouvoir de suggestion de l’image et imaginaire du spectateur qui a le sentiment de voir ce qu’on lui a suggéré . Jeu de croyance , d’identification et pouvoir de suggestion réunis dans cette magnifique séquence du producteur persuadé qu’il a réussi à « capter » sur pellicule l’apparition de l’esprit en question et le montre à son staff incrédule . Le «  jeu de miroirs » est parfait !. Parallèlement , c’est l’industrie du cinéma de l’époque dans laquelle la cinéaste nous entraîne avec ses coulisses festives et parfois délurées dans lesquelles va se laisser entraîner la plus jeune des deux sœurs ( Lily -Rose Depp ) tandis que l’autre va se laisser happer par le star-système. Tandis que le producteur visionnaire en question , en train de chercher à se confronter à ses démons , va devoir bientôt faire face à d’autres bien plus inquiétants …

Les deux soeurs invitées dans la  demeure du producteur
Les deux soeurs invitées dans la demeure du producteur

C’est la seconde belle idée du récit qui sera portée par une mise en scène prenant la dimension d’une plongée poétique crépusculaire dont la cruauté, suggérée , n’en est que plus glaçante . En effet , faisant écho et miroir à l’illusion , c’est une autre réalité bien concrète , celle -là , qui se dessine avec ses nuages noirs qui vont finir par envahir l’horizon et le quotidien. Finie l’illusion et l’imaginaire, en sourdine une autre musique et des images ( ou symboles ) plus inquiétantes qui n’ont plus rien à voir , font leur chemin. Dès lors , le revers de la médaille de l’illusion et de l’imaginaire prend le dessus. Et l’insouciance des fêtes qui accompagnent et remplissent les journées , semblent à leur tour basculer dans une vision fausse et tronquée détachée de la terrible réalité qui se profile . Nos deux sœurs ne verront rien venir . C’est dans ce basculement imperceptible que la cinéaste offre sans doute la belle et subtile maîtrise de sa mise en scène et de son récit , dans les faux-semblants et les jeux de dupes qui s’y déploient . Comme dans les hypocrisies et l’aveuglement dans lesquels ils s’enferment, laissant monter le spectre de la bête immonde dans l’indifférence….

Natalie Portman, Lily Rose Depp, Rebecca Zlotowski, Emmanuel Salinger - Photocall du film "Planetarium" lors du 73ème Festival du Film de Venise, la Mostra. Le 8 septembre 2016
Natalie Portman, Lily Rose Depp, Rebecca Zlotowski, Emmanuel Salinger – Photocall du film « Planetarium » lors du 73ème Festival du Film de Venise, la Mostra. Le 8 septembre 2016.

Dès lors le parallèle entre spiritisme et cinéma où imaginaire et divertissement se déclinent , c’est le risque de l’aveuglement ( croire ce que l’on veut croire …) et se détacher du réel qui nous entoure , qui menace . Ici le contexte des années 1930 et des menaces qui font peser de lourds nuages que l’insouciance ambiante semble ignorer . Et qui pourtant va les rattraper à l’image de notre producteur qui va être emporté par la tourmente . Cette réalité là qui vient se glisser en contrepoint du divertissement et tout à coup se fait révélatrice, en forme de coup de poing . Celle que le milieu privilégié du cinéma va,lui aussi, découvrir . La radicalisation sociale et les extrémismes qui montrent leurs visages , dont la cinéaste a expliqué avoir eu comme référence «  cette phrase de Marguerite Duras , si inquiétante quand on y pense : On ne sait jamais ce qui est sur le point de changer » . Et le milieu du cinéma ne sera pas épargné par les stigmatisations . Et c’est ce qui va arriver à notre producteur -cinéaste d’origine juive qui va se retrouver confronté à la réalité de l’antisémitisme ambiant . Personnage d’ailleurs inspiré par le producteur Bernard Natan qui en fut victime, livré en 1942 par le gouvernement Français aux Nazis et interné en camp à Auschwitz . Le basculement de l’insouciance à la tragédie est d’autant plus fort que la cinéaste l’enveloppe dans une sorte de fatalité crépusculaire qui fait miroir aux leurres qui lui ont permis de faire son chemin vers la barbarie . La force du film est là , implacable , qui dit ce glissement tragique , imperceptible….

(Etienne Ballérini )

PLANETARIUM de Rebecca Zlotowski – 2016- Durée : 1h 45 )
Avec : Natalie Portman , Lily-Rose Depp, Emmanuel Salinger , Amira Casar , Pierre Salvadori , Louis  Garrel , Damien Chapelle …

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