Cinéma / MAMAN A TORT de Marc Fitoussi.

Après Copacabana ( 2010 ) et La Ritournelle (2014 ), le cinéaste pose à nouveau son regard sur les relations parents -enfants et les confronte à l’occasion d’un stage en entreprise de le jeune fille d’un couple , au milieu du travail , dont elle va découvrir les compromissions et lâchetés. Un voyage initiatique en forme d’adieu à l’enfance . Mêlant légèreté de la comédie et gravité du regard …

l'affiche du film
l’affiche du film

Anouk ( Jeanne Jestin , épatante ) jeune collégienne de 14 ans et enfant d’un couple séparé dont elle vit mal les relations conflictuelles qui se reportent sur elle . Et c’est ce qui va se produire a l’occasion du stage d’observation obligatoire en entreprise qu’elle doit faire, où elle assiste une « énième fois » à la dispute du couple se renvoyant la balle des « fautes et des responsabilités » , concernant les arrangements prévus pour ce stage . Le père devant se dédire de sa promesse pour raison de « restructuration » dans son lieu de travail , renvoie à la dernière minute à la mère ( Emilie Dequenne) la charge de prendre sous son aile, Anouk pour le faire dans la banque où elle travaille. Pour éviter les « on dit » cette dernière la place dans un service éloigné du sien … c’est ainsi qu’Anouk va découvrir un milieu dont les rituels , les codes et les rapports de force règnent en maîtres. Cantonnée dans une tâche ingrate de « restructuration d’un cagibi » !. Sous la surveillance de deux prétentieuses chefs , elle va se libérer de leur emprise en jouant sur leurs « rivalités esthétiques » concernant l’agencement du lieu, et arpenter couloirs et bureaux prenant la température des lieux et des rivalités qui s’y jouent, et finir par découvrir quelques secrets…

Jeanne Jestin et Emilie Dequenne: complcité mère-fille mise à l'épreuve
Jeanne Jestin et Emilie Dequenne: complcité mère-fille mise à l’épreuve

Marc Fitoussi dans ses comédies populaires s’est révélé être un fin observateur , et, le scénariste qu’il est aussi de ses films , a souvent su trouver les petites touches justes et les détails qui , pointent sans les appuyer , les indices qui se font révélateurs des rapports humains et des lieux dans lesquels ils s’inscrivent. Glissant ici, habilement, des rapports dans le milieu familial d’Anouk dont il reprend la thématique des rapports du couple et parents-enfants , et notamment celle de mère-fille ( déjà au cœur de Copacabana) dont il prolonge l’exploration en inversant le choix de liberté d’esprit et d’indépendance dont faisait preuve la mère ( Isabelle Huppert ) , ici , à celui de la fille . Anouk , donc , qui du haut de ses 14 ans qui va chercher à le conquérir en rejetant d’emblée ( la séquence d’ouverture au restaurant avec le père…) ce dernier , accusé de n’avoir pas « tenu parole » . Puis, et c’est l’objet du long processus qui – au travers de son expérience du stage, va révéler à Anouk un autre visage de sa mère- et va pouvoir lui permettre de s’affranchir de cette « meilleure amie et complice » pour conquérir une forme d’indépendance et de maturité qui lui permettra de s’ouvrir ( s’émanciper ) au futur chemin de sa vie. C’est la première belle idée du récit qui va se prolonger dans le contexte de ce monde de l’entreprise objet du stage qui s’en fera le révélateur . Constituant pour le cinéaste une belle opportunité qui lui permet de décrire un milieu et d’en saisir la froideur avec d’autant plus d’efficacité qu’il y installe, la distance de la comédie…dont il habille certains « clichés » en forme de passage obligés , pour leur renvoyer le miroir bien moins reluisant , et pour tout dire cruel, de certaines pratiques qui s’y déroulent …

a son stage en entreprise , Anouk , surveille et écoute ...
A son stage en entreprise , Anouk , surveille et écoute …

Le glissement subtil entre les deux points de vues qui construisent le récit , consistant à inscrire les modifications qui vont s’opérer dans les rapports mère-fille lorsque soudain ceux -ci vont être confrontés à un autre univers qui en révèle des pans inconnus , et déstabilisants . Et tout celà passe par le regard d’Anouk confrontée au deux ( Familial , Entreprise …) univers . Elle , qui un peu à la manière du Zadig de Voltaire, les découvre de ses yeux  candides et curieux. Les séquences qui l’illustrent sont épatantes, empreintes à la fois de curiosité et de surprises , puis d’une certaine inquiétude , lorsqu’elle en mesurera la portée de certaines attitudes . Car si l’insouciance de la jeunesse est là pour Anouk qui raconte à sa copine , Bianca , les « bons côtés » , ou , fraternise avec ce jeune garçon stagiaire ( malmené par son formateur…) dont elle tombe amoureuse . De la même manière que sa curiosité lui fait surprendre les bruits de couloirs , les conflits , inimitiés internes , harcèlements, et les disputes de sa mère avec son supérieur hiérarchique , ou encore , l’enfermement de certains dans la solitude ou la soumission. Les dépressions aussi , à l’image de Constance qui craque à la cantine sous les regards indifférents des collègues . La gravité qui se cache sous la réalité de certaines situations parfois cocasses n’échappe pas aux yeux et aux oreilles d’Anouk …

Sabrina Azouani , la cliente victime du dossier falsifié ...
Sabrina Azouani , la cliente victime du dossier falsifié …

Pour elle, le stage sera révélateur d’une autre réalité qui va l’ouvrir au monde extérieur et à celui des adultes et du travail dans lequel,elle va devoir vivre plus tard. Un stage d’apprentissage dont elle sortira plus forte , confrontée à une décision de travail dans la quelle sa mère se retrouvera impliquée d’escroquerie cédant à la pression     ( faire du chiffre ..) de ses supérieurs , la conduisant avec d’autres , à falsifier le dossier médical du conjoint d’une cliente entraînant … la suppression d’indemnités !. Le coup est dur pour Anouk qui découvre et tentera en secret de se muer en  enquêteuse  . Puis  affrontant sa mère pour  lui demander des  explications . Et celle-ci qui se justifie    ( belle séquence…) faisant mesurer à Anouk , le poids d’une domination d’entreprise  dont il est difficile de se libérer au risque de perdre son travail . La force du film et du récit, est de traduire cette réalité là découverte   par Anouk dans un contexte qui  l’interpelle sure son futur . Et Marc Fitoussi , qui au travers d’elle interpelle sur cette avenir ,  auquel demain Anouk et ceux de sa génération, vont être confrontés . Le constat est là avec ses interrogations qui renvoient à la réflexion d’une société globalisée et d’un monde qui les attend dont il vont devoir affronter les compromissions qui fragilisent ou exclues , faisant des individus des instruments dépendants et soumis…  en auront-ils la  possibilité? . En tout cas  la jeune Stagiaire  aura eu l’occasion de  voir ,et d’en être prévenue …

Ce sont tous ces éléments là que son film soulève  en refusant à céder à la facilité et notamment de se poser en donneur de leçons. On aime bien – et on partage – la manière dont Marc Fitoussi,   explique son choix et son intention de laisser volontairement en suspens ( en interrogations…) le final de son film « … il fait le constat assez désenchanté , d’un échec , sans offrir de rédemption et il refuse un Happy-End (…) après un début tranquille , il s’assombrit pour aller au bout de  ses  intentions, , sans concessions , alors que dans le même mouvement , la comédie s’efface pour ne resurgir alors , qu’avec mordant » , dit-il . Quand le cinéma de divertissement populaires , s’habille de telles intentions , nous on aime et on est preneurs ….

(Etienne Ballérini)

MAMAN A TORT de Marc Fitoussi- 2016- Durée : 1h 50 )
Avec : Jeanne Jestin, Emilie Dequenne, Sabrina Ouazani, Nelly Antignac, Camille Chamoux, Annie Grégorio, Louvia Bachelier , Grégoire Ludig , Joshua Mazé…

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