Cinéma / LA MORT DE LOUIS XIV d’Albert Serra.

L’agonie et la mort du Roi Soleil, au cours de l’été 1715 entouré de ses fidèles conseillers et filmée avec un réalisme empreint de respect, auquel prête son visage une autre « Roi» de la Nouvelle Vague , Jean- Pierre Léaud , magistral. Sélectionné Hors- Compétition au Festival de Cannes , Le film  vient d’être couronné par le Prix Jean Vigo…

l"affiche du film.
l »affiche du film.

Un seul plan en extérieur montre le Monarque revenant de promenade accompagnée de ses fidèles et ressentant une douleur à la jambe et qui va se retrouver désormais confiné dans sa chambre d’où il continuera a s’occuper des affaires de l’état tout en étant entouré de soins par ses médecins . Et de la présence de fidèles de la cour accourus à son chevet pour le soutenir dans l’épreuve . Cette chambre il ne la quittera plus car la maladie s’aggrave et la gangrène fait son chemin qui mine le Roi . Alors tout le monde va s’affairer pour trouver un remède au mal , une compétition donnera  même lieu à un conflit entre médecins. Tandis que l’église accourt avec ses émissaires venus prier pour le souverain… en espérant que le pire n’arrive pas . Et c’est dans cette  chambre que  le cinéaste Catalan nous confine avec tous ceux qui accompagnent le souverain , dans un huis-clos saisissant. Le parti -pris,  l’est tout autant qui décrit avec minutie et détails , l’évolution de la maladie et les rituels qui l’accompagnent , ainsi que l’inquiétude de l’entourage devenu impuissant qui le voit s’affaiblir au fil des jours , et sombrer dans un semi -coma. Une lente agonie qui durera du 9 août au 1er septembre 1715…

dernière promenade pour le Roi
Dernière promenade en extérieurs ,  pour le Roi

Albert Serra s’est inspiré des mémoires de Saint Simon et du Marquis Dangeau , qui ont tous deux assisté aux                    « derniers jours de Louis XIV et ont voulu décrire , consigner , collectionne presque chacun des moments du roi mourant . Certaines de ces paroles y sont rapportées mot pour mot , tout comme les états successifs de la jambe du malade qui sont décrits avec ce que cela suppose de détails sordides », explique le cinéaste . Respectant la chronologies des événements décrits ,ce dernier s’est attaché à ne pas en faire une spectacle morbide , mais le donner comme un « inventaire de la mort vécue au quotidien » . Et c’est cette approche là qui constitue la matière de la plupart des films du cinéaste ( Le chant des oiseaux, Honor de la cavaléria …) qui fait l’originalité de ses films. D’autant qu’elle s’inscrit dans une démarche refusant volontairement un certain voyeurisme dont se parent souvent les récits dramatiques . A c’est avant tout , ici, le réalisme de la description au quotidien de «  la douleur et de la maladie qui s’empare du corps et de l’esprit jour après jour , heure après heure » , un quotidien ponctué d’instants de rémission, mais au cours desquels la maladie progresse irrémédiablement . Comme le montrent les séquences qui où on le voit les premiers jours alité , mais plaisanter avec l’entourage , montrer de l’appétit au grand soulagement de la cour ( qui applaudit …) et de Madame de Maintenon , ou encore , cajoler ses chiens , recevoir avec amour son arrière petit-fils de 5 ans , et s’occuper des affaires d’état recevant par exemple son conseiller militaire…

Les fiidéles au chevet du roi
Les fidèles au chevet du Roi….

Dans cette chambre, huis- clos théâtral où se vit la lente agonie du Roi soleil, symboliquement après cette ultime lumière du jour de la séquence d’ouverture , c’est le confinement dans la pénombre où seule la lumière des bougies installe une atmosphère feutrée et de recueillement. Symbolique soulignée encore , au delà du dispositif d’éclairage , par celui du cadre de l’image qui varie harmonieusement gros plans et plans d’ensemble au cœur de cet espace où les tonalités inscrivent leurs particularités ( les murs , les meubles , les habits , les tissus , la nourriture , les verres de cristal ..…) textures et couleurs. La forme du tableau vivant s’y inscrit comme une évidence , d’autant plus que l’animation de celui-ci va se faire le reflet au fil des heures et des jours , des étapes de la dégradation de l’état de santé du Roi . Passant de l’espoir entretenu par la nourriture , puis les soins prodigués qui finissent par installer le doute ( l’intervention du charlatan ..) sur leur efficacité ,  la maladie  et la douleur qui  prend le dessus ( les appels à l’aide dans la nuit… ) , l’impossibilité désormais de s’alimenter …et un état végétatif qui finit par s’installer. L’efficacité dramatique est d’autant plus perceptible qu’elle inscrit tout au long de la souffrance vécue , en contrepoint , tout un rituel qui l’entoure … et la représentation qui en est donnée .

les médecins se penchent sur la jambe gangrénée du Monarque ...
les médecins se penchent sur la jambe  du Monarque …

A cet égard une scène essentielle définit toute la démarche du cinéaste. Celle qui marque l’entrée en agonie du Roi par un long plan du regard du monarque ( Jean- Pierre Léaud ) face caméra et spectateur , interpellant sur la représentation . Car c’est au bout du compte la question centrale qui se retrouve au cœur du film , celle du regard dont le cinéma est le véhicule porteur qui permet , ici , une double réflexion . Sur la mort et la souffrance vécue de l’intérieur , et celle de la représentation ( la mise en scène de sa propre mort par le Roi ) qui en est donnée . Thème passionnant auquel le cinéaste s’attache à aborder les différents facettes des possibles  «  représenter la mort du Roi revient à évoquer un mythe dans son rapport à l’ordinaire , à l’intime » , dit- il . Et, en même temps à la renvoyer à sa banalité dépouillée des artifices qui s’y attachent , et prendre du recul . A cet égard les séquences qui renvoient à une certaine distance et à sa condition de simple mortel  sont passionnantes. De la même manière que le sont celles où le Roi s’oppose à son médecin Fagon choisissant de faire appel et recours aux médecins de la faculté , ou lorsqu’il se montre rétif aux propositions de son conseiller militaire , puis exhortant  le jeune et futur Louis XV à se préoccuper du « bien de son peuple » ….

Mais le rapport du mythe à l’ordinaire , le cinéaste le prolonge et va l’habiller d’une dimension cinéphile suggérée par le plan du regard cité ci-dessus . Confrontant dès lors la légende du « Roi Soleil » ,  à celle du comédien Jean-Pierre Léaud , « Roi » de la Nouvelle Vague. Belle idée   symbolique dont on déguste, savoure et partage le plaisir offert par l’interprétation, plus que jamais habitée du comédien . Tout y est prestance et gestes millimétrés , emphase , râles ou colères , sursauts de vie , cris de douleur et silences… du grand art !.

(Etienne Ballérini )

LA MORT DE LOUIS XIV d’Albert Serra – 2016 – Durée ; 1 h 55 .
Avec : Jean- Pierre Léaud , Patrick D’assunçao , Iréne Silvagni , Marc Susini , Bernard Belin , Jacques Henric …

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