Cinéma / REPARER LES VIVANTS de Katel Quilévéré.

Le troisième long métrage de la cinéaste révélée par Un Poison Violent et Suzanne s’attache à une sujet rarement abordé au cinéma , le don et la transplantation d’organes.Traité avec sensibilité , sobriété , justesse du regard et de ton , il confirme le talent de la cinéaste à disséquer les situations et les individus confrontés à des choix difficiles …

l'affiche du film.
l’affiche du film.

D’emblée , la scène d’ouverture a quelque chose d’un choc à la fois visuel et émotionnel . Trois jeune garçons  se réveillent au petit matin et se rejoignent sur une plage pour enfiler leurs vêtements de surfeurs et s’abandonner aux vagues déchaînées dont ils semblent dompter les assauts . Et, plongés au milieu d’un tunnel qui les enveloppe ressentir les émotions fortes et cette grâce de l’apesanteur et du frisson recherché , le temps de ces moments d’ivresse qui semble suspendu. . Puis leur retour en voiture sous un ciel de nuages noirs qui s’amoncellent installe en contrepoint un autre moment suspendu d’inquiétude, amplifié par de magnifiques effets spéciaux. Cut . L’ivresse et le drame ainsi réunis dans un « raccourci » dramatique nous scotchent littéralement par la densité du ressenti amplifié encore par ce que laissaient supposer ces nuages noirs annonciateurs . Et puis, le corps de l’un des adolescents , Simon ( Gabin Verdet ) sur un lit d’hôpital en suspension cette fois-ci , entre la vie et la Mort. Les appareils qui maintiennent artificiellement le corps en vie , et les parents qu’il va falloir prévenir de l’inéluctable … leur douleur incommensurable de l’injustice ressentie et la réalité qu’il faut regarder en face . Et puis cette injustice qui pourrait permettre de réparer … évoquée par le Docteur Pierre Revol       ( Bouli Lanners ) , lors de l’entretien avec les parents

Mathilde Seigner et Kool Shen , les parents de simon , le surfeur...
Emmanuelle Seigner et Kool Shen, les parents de Simon

La brutalité ressentie du choix ainsi posée justifiée par la nécessité d’une urgence et d’une attente ( celle du futur receveur ) et des précautions nécessaires à prendre pour éviter les conséquences d’un possible rejet . Katel Quilévéré oppose magnifiquement à cette nécessité médicale possible, la douleur des parents (Emmanuelle Seigner et Kool Shen ) du jeune garçon de 19 ans. Une douleur amplifiée par ce corps maintenu en vie artificiellement et une possibilité à laquelle on s’accroche… que le frisson de la vie revienne l’habiter. L’espoir définitivement écarté par les multiples radios qui ne laissent pas de doute. Autre superbe moment de suspension, de solitude et de méditation du couple confronté au choix auquel il finira par se résoudre assuré par l’assistant bienveillant ( Tahar Rahim) du Docteur , que le corps de leur fils sera respecté et qu’il aura droit ( belle séquence… ) à une cérémonie après la transplantation . Dès lors , le don acquis , c’est à la réparation qu’il est urgent de se consacrer . Mais celle-ci sera l’objet de la troisième partie du récit . C’est donc du vivant qu’il va être question , et plus précisément de la vivante , claire  ( Anne Dorval ) une mère de famille la cinquantaine accomplie , dont le cœur est fragile et qu’il est urgent de réparer . De celle-ci dont la cinéaste explore les angoisses et les peurs d’une nécessité à laquelle elle est confrontée et qui a tendance à laisser en suspens son choix pourtant urgent. Elle qui a mis sa vie en parenthèse sa vie hésitant à confier à se proches une réalité dont elle- même se demande si elle ne devrait pas laisser continuer … le cours normal de la maladie !.

Les médecins : Bouli Lanners ( à gauche ) et Tahar rahim
Les médecins : Bouli Lanners ( à gauche ) et Tahar Rahim

Opposant le traumatisme de la mort vécue par les parents de jeune garçon,  à celui de la transplantation vécue comme un possible échec , la cinéaste la complète par une seconde réflexion qui vient s’y greffer . Celle qui fait que l’injustice d’une disparition puisse redonner vie normale à une autre . C’est ce questionnement qui est au cœur du film (servi par une distribution et une interprétation en tous points remarquable ) , qui en fait son prix par la manière dont la cinéaste en explore -chirurgicalement – tous les aspects . N’éludant ni les différences de milieux sociaux ( le jeune garçon issu d’une famille modeste , la mère d’une famille aisée ) , ni les différences d’âge des concernés, les inscrivant dans une réalité quotidienne au cœur de laquelle les dons d’organes se faisant dans l’anonymat , ni les proches du donneur , ni celui ( ou celle) du receveur …n’en connait l’origine. Et puis cette exploration des liens familiaux et ( ou ) sentimentaux qui sont le reflet du quotidien de la vie de chacun . Celle des parents séparés du jeune surfeur réunis dans la douleur. Et cette jeune vie de Simon , dont le futur et l’amour naissant ( la belle scène avec la jeune fille du lycée …) , vont être brisés . Et celle de cette mère qui s’est réfugiée dans le déni, laissant sa vie en suspens et ses proches ( ses enfants ) dans l’angoisse avant de retrouver la force d’un sursaut salutaire . C’est d’ailleurs au cœur de ces relations familiales , et notamment de filiation maternelle , que les choix nécessaires finiront par se faire comme une évidence. La mère qui a donné la vie au jeune surfeur , même si elle ne le saura pas, permettra de prolonger la vie d’une autre mère aimante qui était sur le point d’y renoncer …

Claire ( Anne Dorval , la receveuse ... )
Claire ( Anne Dorval ) , la receveuse …

Katel Quilévéré qui n’hésite pas à nous faire partager les états d’âme de ses personnages, inscrit dans son récit et sa mise en scène qui l’accompagne les petites touches qui singularisent chacun d’entr’eux . Au delà des relations ci- dessus citées , viennent s’y ajouter des petites notations précises concernant les personnages secondaires , dévoilant la part secrète de chacun . A l’image de cette infirmière qui n’hésite pas dénoncer le manque de personnel mais se dévoue à faire des heurs Sup’ pour rester aux soins des patients , ou du Dr Thomas ( Tahar Rahim ) dont la passion pour les oiseaux rares , n’a d’égal que celle du respect pour les corps des donneurs dont il s’occupe . Car il s’agit aussi de dévouement et des responsabilité quand il est question de vie et de mort . Le respect de l’une et de l’autre , est nécessaire . Et c’est dans cette démarche que le film trouve trouve sa force et sa dimension dramatique , sensible et juste , renforcée par une approche quasi documentaire dont se fait l’écho de manière encore plus précise la dernière partie du film nous montrant avec force détails, les étapes de la transplantation . Comme aboutissement de ce cycle de la mort et de la vie dont la marche , parfois nécessaire , est entretenue ici par le don d’organes .. . qui permet de réparer les vivants.

(Etienne Ballérini)

REPARER LES VIVANTS de Katel Quilévéré – 2016 – durée : 1h 43 –
Avec : Gabin Verdet , Emmanuelle Seigner , Tahar Rahim , Bouli Lanners , Anne Dorval , Dominique Blanc , kool Shen , Alice Taglioni . …

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