Cinéma / LE TECKEL de Todd Solondz.

Le cinéaste sarcastique et indépendant Américain de Happiness et Dark Horse , nous propose une nouvelle fable sur l’Amérique moderne dont le héros est un chien au travers duquel les maîtres successifs et leurs travers , sont  l’objet en quatre sketches , où la forme de la comédie noire et grinçante explorant les cruelles vérités de la vie est empreinte de quelques lueurs d’espoir , fait mouche . Prix du Jury et Prix Révélation au Festival de Deauville. 

l'affiche du film...
l’affiche du film…

C’est au cœur d’une belle maison pavillonnaire que l’on pénètre avec le Teckel en question apporté en cadeau a l’enfant malade d’un couple, Danny ( Tracy Letts) et Dina ( Julie Delpy) qui entendent lui apporter un peu de réconfort après des soins intenses de chimiothérapie. Mais dans l’univers du cinéaste ce gentil chien en cadeau , ou plus tard recueilli , est le prétexte à décliner en « catalyseur » des individus dont il va croiser les vies , les multiples visages des comportements révélateurs de leurs obsessions , insécurités et ( ou ) mal-être dont ils sont porteurs . Ainsi en est-il de ce riche couple Bourgeois confronté à la maladie de leur enfant dont les belles intentions vont rapidement voler en éclats avec l’arrivée de ce petit animal qui va bouleverser leur quotidien . «  qui va le sortir ?  » dit la mère préoccupée  par son ménage et son travail , «  il faut l’éduquer , lui apprendre à obeir » lance le père à l’enfant se lançant dans une leçon de morale et d’éducation comparative et séparative ( chacun à sa place… ) concernant les « catégories » animales et humaines . Le Teckel va se retrouver enfermé dans le garage… et l’enfant qui ne comprend pas se fait son protecteur et va sommer ses parents à s’expliquer , lorsque     «  saucisse » ( c’est le nom du chien ) gourmand souffrant de problèmes gastriques , va précipiter son rejet . . Alimentant dès lors dans de magnifiques scènes, les interrogations de l’enfant envers ses parents  sur la stérilisation , l’euthanasie et la mort….

Keaton Nigel Cooke et son Teckel
Keaton Nigel Cooke et son Teckel

Todd Solondz construit d’emblée au cœur de cette famille et de ce premier récit un portrait en miroir distillant au cœur de la paisible vie pavillonnaire , la petite « révolution » apportée par le non moins paisible teckel qui a le malheur d’en bouleverser le train-train et finit par faire exploser le quotidien lisse et confortable qui leur sert de « cocon » protecteur. C’est un peu dans ce même cocon que la jeune fille assistante vétérinaire ( Greta Gerwig ) prise de compassion par le teckel destiné à l’Euthanasie, va le sauver et le baptiser « petite crotte » ; Et dont la présence lui fera rencontrer un ancien flirt étudiant amoureux des chiens , va la laisser s’entraîner dans une aventure en forme de road- movie , qui va lui réserver de belles surprises dont on vous laisse le plaisir de la découverte . Car Todd Solondz qui aime, et à l’art, de multiplier dans ses séquences les surprises et les contrepoints et faire mouche …dans le sarcasme et la satire , mais aussi vous entraîner le chemin inverse de l’attention qui permet de déceler l’envers du décor . Cette part de sensibilité et d’humanité ( ici son beau regard sur le handicap mental) ,qui subsiste,  et tout à coup fait sourdre l’émotion ou la poésie là où on ne l’attend pas . Et même à un « intermède »   publicitaire et en chanson , auquel le Teckel aura droit , le comparant à ces « héros » Américains qui ont écrit l’histoire !. La pause , clin-d’oeil, bienvenue,après le parcours inattendu de Vétérinaire qui elle aussi va se conclure par une surprise ..

Danny DeVito
Danny DeVito

Des surprises il y en aura encore d’autres servies , il faut le souligner par une distribution de premier choix , parmi laquelle Danny De Vito et Ellen Burstyn, au sommet des deux dernières aventures qui vont permettre au cinéaste et au récit de lancer encore quelques piques bien senties . Après celles de la maladie , de la morale et de l’éducation , de la stérilisation , de l’euthanasie et de la mort, c’est au tour de l’obésité , de la vieillesse , et du cinéma qu’il sera question dans un même regard « nuancé » qui ne l’empêche pas d’enfoncer le clou , et peut-être même ne fait que renforcer, son constat sur la société Américaine . Voyez donc ce Professeur de cinéma obèse ( Danny DeVito, remarquable ) en fin de carrière et rejeté par ses étudiants et propriétaire passager du Teckel (  il  en fera une utilisation inattendue…) , dont l’aigreur envers l’école de cinéma ( «  qui ne m’a servi à rien » , dira un des jeunes passé par elle et devenu cinéaste …) dont il dit l’inutilité pour des élèves qui vont devoir affronter un univers guidé par l’argent et la rentabilité, et aseptisé et standardisé dans lequel l’originalité et la créativité sont absentes …

Elllen Burstyn
Ellen Burstyn

C’est la Vieillesse qui est au cœur du dernier opus , qui s’il ne ménage pas lui non plus son regard et son approche en forme de constat accablant sur une vie basée sur l’égoïsme entraînant, le repli sur soi. Cette Mamie ( Ellen Burstyn, magnifique ) malade ,dont le Teckel compagnon de sa solitude qu’elle a baptisé «  cancer » en dit long sur l’aigreur dans laquelle elle s’est enfermée et dont elle a fait le rempart . Se montrant encore « indigne » lors de la visite de sa petite fille ( Zosia Mamet  ) accompagnée de son petit ami artiste – conceptuel  Black , envers qui les reproches fusent «  tu ne viens me voir que Quand tu a besoin de moi » . Et à qui  elle ne montre aucune attention, l’humiliant lorsqu’elle lui demande cette « aide » espérée qui lui permettrait de se sortir, avec son compagnon, d’une situation difficile . La charge trouvant , ici, dans un double final empreint une fois encore de poésie , et d’un dernier clin- d’oeil,  envers le spectateur … du Teckel en question . Todd Solondz qui multiplie les siens et vous fait passer par tous les état par son « entertain’ment » , toujours aussi indépendant et décalé…

(Etienne Ballérini )

LE TECKEL de Todd Solondz – 2016- Durée : 1 h 28 –
Avec : Greta Gerwig, Julie Delpy , Danny DeVito , Ellen Burstyn, Tracy Letts , Zosia Mamet , Kieran Kulkin , Keaton Nigel Cooke…

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