Cinéma / Disparition : Pierre ETAIX, le clown blanc s’en est allé…

Le cinéaste, comédien , dessinateur, graphiste et homme de cirque est décédé à l’âge de 87 ans des suites d’un infection intestinale. Héritier des grands du comique muet ( Linder, Chaplin , keaton… ) , derrière la caméra il écrira avec Jacques Tati les plus belles pages du cinéma comique français de l’après-guerre . Ses films, Le soupirant , Yoyo , Tant qu’on a la santé, le grand amour … restent à jamais gravées dans les mémoires…

Pierre Etaix
Pierre Etaix

C’est comme graphiste initié à l’art du vitrail , que débute ce natif ( en 1928) de Roanne qui se tournera vers les illustrations et les arts de la scène dans la Capitale où il se produira dans de nombreux cabarets et scènes ( les trois Baudets , L’Alhambra , Bobino ..;) restés célèbres . C’est aussi vers le cirque qui deviendra une de ses autres grandes activités dans les années 1970 qu’il se tourne, avec le clown célèbre de l’époque,  Nino . Une activité multiple qu’il ne cessera de cultiver et qui va naturellement le conduire vers le cinéma dans le sillage de ce que firent les grands comiques du cinéma muet alors naissant qui transférèrent l’art du comique de la scène et du cirque, au cinéma . Et c’est aux côtés de celui , Jacques Tati qui venait de réaliser et rencontrer le succès avec Jour de fête (1949 et Les vacances de Monsieur Hulot ( 1953 ) qui va initier Le tournage de Mon oncle (1958) que la rencontre se fait, pour lequel le graphiste Pierre Etaix réalise l’affiche du film et deviendra l’assistant de Tati . Le premier pas est fait , avec son ami Jean- Claude Carrière Pierre Etaix va franchir le pas de la réalisation et aussitôt s’y fera remarquer avec Les courts métrages : Rupture ( 1961) , Heureux anniversaire (1962 ), qui obtiendra l’Oscar à Hollywood ) qui lui permettent de commencer à composer un personnage héritier de Buster Keaton ( auquel il sera souvent comparé… ) dont l’élégance et la désinvolture dans laquelle il inscrit les aventures d’un amoureux transi et rêveur inadapté aux tracas quotidien , lui inspirent des gags burlesques empreints de poésie. …

Une scène de Le  Soupiirant
Une scène de Le Soupirant

Remarqué et déjà porté au panthéon par Hollywood, Pierre Etaix peut se tourner vers le long métrage avec Le Soupirant ( 1963 ) où il démontrera à la fois ses qualités de metteur en scène dont la « visualisation » des séquences comiques et des gags millimétrés font mouche en même temps que son personnage et son originalité va s’affiner et multiplier les trouvailles visuelles en osmose avec son personnage de rêveur qui , ici , pour faire plaisir à ses parents qui veulent le voir se caser , va tenter de trouver la femme idéale au long d’un parcours de désillusions . Avec son second long métrage , Yoyo (1965 ) où il incarne un riche jeune homme ( le Yoyo du titre, ) qui s’ennuie dans une imposante et rutilante demeure , c’est un cirque de passage qui va réactiver son goût à la vie avec dans la troupe cette jeune fille qu’il avait jadis aimée en secret…et avec laquelle il va repartir sur les routes à l’aventure du cirque en compagnie du jeune garçon de celle-ci qui va devenir le jeune clown de Yoyo. Avec en toile de fond la crise de 1929 puis le spectre de la seconde guerre mondiale , dont il transcende la noirceur par la comédie .

une scène de  Yoyo
une scène de Yoyo

Toujours pas à l’aise dans son siècle et inadapté à la vie, il va dans Tant qu’on a la santé ( 1966) être confronté à de nombreuses mésaventures prétexte pour enrichir encore son personnage désormais connu de spectateurs, dans quatre sketches désopilants et toujours aussi inventifs . Puis c’est un autre voyage , celui de Le Grand amour (1969 ) avec sa compagne d’alors Annie Fratellini . Où il incarne un directeur d’ usine marié par convention qui tombe éperdument amoureux d’une jeune secrétaire, mais timide n’ose se déclarer … L’ennui, la passion , les tentations , la poésie dont les envolées ( le voyage du couple dans un lit au cœur des paysages ) étonnantes font mouche …

Une scène de Tant qu'on a la Santé
Une scène de Tant qu’on a la Santé

Et puis le film qui sera l’objet ( injuste…) du désamour de la critique, du public et objet de tous les malentendus , le pays de Cocagne ( 1971) racontant sous la forme du documentaire au long du parcours au travers de la France du podium d’un radio – crochet ( Europe 1) et des rencontres qui permettent de raconter et de brosser le portrait de la France Pompidolienne d’alors . Documentaire en forme de constat sur les Français en vacances qui va se retrouver en porte- à -faux avec les intentions du cinéaste qui n’étaient pas de « fustiger un couche sociale », comme cela lui a été reproché , mais plutôt de porter un regard ironique sur cet univers publicitaire et des jeux dont l’intention était de était dénoncer l’utilisation faite par les organisateurs, bernant leur public .. l’échec du film mis fin à la carrière du cinéaste qui ne réussit plus à monter des projets et qui se tourna , dès lors, vers ses autres passions , ne cessant de travailler …

une scène de Lar  Grand Amour
une scène de Le Grand Amour

Sa passion du cirque le conduira à fonder avec son épouse Annie Fratellini , l’école Nationale du Cirque en 1973, organisant de nombreuse tournées à succès , y jouant le clown blanc après avoir exploré , la figure de l’Auguste. Puis lui qui s’ était produit dans les Music-Hall et la scène , il s’essaiera au Théâtre  en écrivant notamment en 1983 un hommage à Sacha Guitry , L’âge de Monsieur est avancé , qui sera l’objet d’une adaptation TV qu’il réalisera où Jean Carmet est au générique . Pour La télévision il participera à la soirée – Hommage à Georges Méliès pour La chaîne Arte. Ainsi qu’ il réalisera un épisode de la saison 2 de la série Rapt . Et au cinéma dont il ne peut toujours pas faire aboutir ses projet, on le rappellera en 1989 pour réaliser le premier film expérimental en format «  Onimax » , une commande pour la géode de La Vilette. Par contre il se multipliera dans les activités dessinateur , illustrateur et de graphiste et de très nombreuses et magnifiques publications de dessins auxquelles pour certaines participe , son ami Jean- Claude Carrière . On notera les hommages à Jacques Tati     ( Les Vacances de Mr Hulot, Mon Oncle – éditions Robert Laffont ) , ou les superbes : Dactylographisme, croquis de Jerry Lewis , Star Systéme , Vive la Pub et Carton au Chapeau ( éditons salachas) , ou encore : il faut appeler un clown, un clown ( éditions Séguier i) , Clowns au cinéma ( éditions Libris …et les derniers   en 2013: Texte et texte, Etaix ( éditions le cherche midi ) ….si vous ne les connaissez , une seule d’entre elle vous enchantera par la beauté de ses textes et de ses dessins vous convaincra… et peut-être vous rendra poussera  à  découvrir les autres . Un vrai enchantement …

l'Affiche du  film Pays  de  Cocagne
l’Affiche du film Pays de Cocagne

Mais il ne faut pas oublier la longue bataille juridique à laquelle Pierre Etaix a dû faire face , pour des questions de droits de diffusion et d’auteurs , qui l’opposa de longues années à un diffuseur refusant de les libérer, rendant ses films invisibles par le grand public jusqu’en 2009 !. la mobilisation suscitée par « l’ obstruction » dont il fut le prisonnier , fut l’objet de campagnes de soutien ( revus spécialisées de cinéma , presse quotidienne, cinémathèque Française , festivals et associations dont une pétition sur internet qui eut un retentissant succès… ) permirent d’obtenir une décision de justice en faveur du cinéaste dont l’oeuvre complète fut éditée en DVD en 2010 ( éditions Arte Studio 37 ) qui a permis de revoir enfin les films de ce grand cinéaste maintenus dans l’oubli pendant 20 ans , dans des copies restaurées . On y découvre notamment son court métrage En Pleine forme ( 1966) qui était resté inédit . Un grand cinéaste nous a quittés , dont l’oeuvre complète est désormais disponible et à redécouvrir pour les nouvelles générations de cinéphiles…il faut espérer que la télévision publique ou les chaînes privées , lui rendent un hommage mérité qui permettrait au grand public de rencontrer ( ou de revoir ) l’oeuvre de ce grand, très grand cinéaste .

(Etienne Ballérini)

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