Théâtre / Dario Fo is knocking on the heaven’s door*

La camarde, qui se croit très intelligente, a cru nous faire énormément de peine en nous enlevant le 13 octobre Dario Fo. On continue à parler de Shakespeare 400 ans après sa disparition,
à jouer ses pièces. Alors, quelques jour après…

Dario Fo et Franca Rame
Dario Fo et Franca Rame

Dario Fo, écrivain, dramaturge, metteur en scène et acteur, ce qui en fait un « homme de théâtre complet ».Connu pour ses engagements politiques, Dario Fo est l’un des dramaturges italiens les plus représentés dans le monde avec Goldoni. Il avait une admiration sans borne  pour un dramaturge italien du XVIe siècle, Angelo Beolco, dit Ruzzante, qu’il considère comme son « plus grand maître avec Molière ».   Dans le discours pour la réception du prix Nobel de littérature (1997)  il rendit un hommage appuyé à « un extraordinaire homme de théâtre de ma terre, peu connu … même e Italie. Mais qui est sans aucun doute le plus grand auteur de théâtre que l’Europe ait connu pendant la Renaissance avant l’arrivée de Shakespeare. » Il insista sur la qualité du théâtre de Ruzzante, qu’il considère comme « le vrai père de la Commédia dell’Arte qui inventa un langage original, un langage de et pour le théâtre, basé sur une variété de langues : les dialectes de la Vallée du Pô, des expressions en latin, en espagnol, et même en allemand, le tout mélangé avec des onomatopées de sa propre invention. »**
En effet, Dario Fo s’est vu attribué le prix Nobel de littérature et, lorsqu’il le reçut, les pisse-froids et les pète-secs ne comprirent pas et déclarèrent que décidément les jurés de Stockholm ne choisissaient les écrivains que pour des raisons politiques, minimisant une œuvre puissante et forte à dimension universelle. Je les entends s’étrangler de fureur pour le nouveau Nobel de littérature : Bob Dylan.
Ce Nobel, c’était la récompense de la générosité d’une écriture moins faite pour être lue que passé par le corps, la voix, les émotions d’un acteur. Il se fait autant comprendre par les mots que par la précision de ses mimiques, de ses attitudes et de ses gestes, par son fabuleux talent à saisir l’instant, à utiliser l’incident par son génie de l’improvisation.
Dario Fo  naquit en 1926 dans le village de Sangiano (Varese) en Lombardie, où il fut tôt en contact avec le théâtre populaire et la tradition orale (son grand-père était un fabulatore connu). Après des études d’art et d’architecture à Milan, Fo travailla à la radio, pour laquelle il écrivit une série de monologues intitulée Poer nano (« Pauvre nain »); il fit ses débuts d’acteur en 1952 (Teatro Odeon, Milan); la même année, il commença à écrire des revues de critique sociale et à jouer au Piccolo Teatro. En 1954, il se maria avec l’actrice Franca Rame. Le couple fonda ensemble en 1959 sa propre compagnie, où Franca Rame était prima donna et Fo écrivain, metteur en scène, mime et acteur.
En 1959, sa pièce de théâtre,  Les archanges ne jouent pas au flipper, écrite en une vingtaine de jours, le propulse au rang des dramaturges en vogue et lance sa carrière internationale, à raison d’une pièce nouvelle chaque automne, jusqu’en 1967.

L’acteur espagnol Rafael San Martin dans Mystère Bouffe
L’acteur espagnol Rafael San Martin dans Mystère Bouffe

En 1969, Mystère Bouffe, est un spectacle seul en scène, inspiré des mystères et des « jongleries » populaires du Moyen-âge. La pièce utilise fréquemment le gromelot, langage peu compréhensible et véhément, dont seuls certains passages, parfois dialectaux, sont vaguement compréhensibles. Le gromelot suscite immanquablement le rire du public et sa complicité.
Le style de Fo perpétue la tradition de la  Commédia dell’Arte, des clowns italiens et de la farce médiévale. Il puise également son inspiration dans l’art des bateleurs. L’improvisation, le déluge verbal, l’onomatopée, la performance physique et l’enchaînement de gags fondent les principales caractéristiques de ses pièces. L’utilisation de parlers populaires, d’accents régionaux et de formules idiomatiques occupe également une place centrale. Le théâtre de Fo se démarque par une esthétique grotesque, faisant la part belle au délire, aux allusions scatologiques et aux notations grivoises.
Par conviction « anti-bourgeoise », refusant de poursuivre le rôle de « bouffon de la bourgeoisie », ils amènent le théâtre dans les usines et les maisons du peuple, s’inspirant de l’idée de théâtre national populaire du TNP et des pièces de Brecht. Les spectateurs viennent souvent pour la première fois au théâtre pour voir une de ses pièces.
Anticonformiste, provocateur, engagé politiquement à  l’extrême gaucheil a de nombreux démêlés avec la justice italienne et le Vatican  tout comme le Parti communiste italien. Interdit de séjour aux Etats-Unis en 1980, il reçoit le prix Sonning*** en 1981  et en décembre de cette même année, au Théâtre de l’Est Parisien, il est l’auteur, le metteur en scène et l’unique acteur du spectacle « Histoire du tigre et autres histoires ». En 1990, il met en scène le médecin volant et le médecin malgré lui deux courtes pièces de Molière à la Comédie Française.
En 2010, l’œuvre de Dario Fo est particulièrement reconnue en France : sa pièce  Mystère Bouffe fait son entrée au répertoire de la Comédie Française (mise en scène par Muriel Mayette), et ses pièces sont inscrites au programme du concours de l’agrégation d’Italien

Affiche française de l'histoire du tigre
Affiche française de l’histoire du tigre

Son épouse, Franca Rame, née en 1929, meurt à Milan, le 29 mai 2013. Et le 13 octobre 2016… Mais il laisse près de 50 pièces… Et je vous recommande la lecture du « Gai Savoir de l’acteur », aux éditions de l’Arche. Urgent, à découvrir.
A Nice, quelqu’un me semble proche de l’esprit de Dario Fo : comme lui il écrit ses propres pièces mais aussi pour les autres, comme lui il est comédien, comme lui il utilise le dialecte, comme lui il est doté d’un humour parfois dévastateur… c’est Richard Cairaschi, qui dit de Dario Fo :
« Dans les années 80 mettant mon nez « chez » le théâtre, l’envie de faire ne m’est pas venue.Et puis un copain m’a parlé de Dario Fo et Franca Rame, du Piccolo Théâtre de Milano. Des gens qui en plus de leur langue officielle racontaient dans leur patois la vie, l’amour, la mort. Et quand j’ai vu sur une cassette Dario Fo tourner la polenta, j’ai ris, Franca Rame riait. Lui le petit homme qui ressemblait à mon père faisait le zouave. Ça m’a séché! La démocratisation du théâtre m’a pris, m’a passionné, a libéré ma bouche. Grazzie Dario, merci Franca. M’aves duerbi la porta, mi sièu escapa. »
« La démocratisation du théâtre m’a pris, m’a passionné, a libéré ma bouche. » Merci pour cette phrase, Richard. Elle te va très bien, elle va très bien à Dario Fo. Et c’est dans la pièce qu’il a écrit pour Aurélie Peglion, Carré de dames, que je retrouve le plus cette filiation. Quant au reste…
The answer, my friend, is blowin’ in the wind
The answer, is blowin’ in the wind

Jacques Barbarin

*Dario Fo frappe à La porte du paradis (Knocking on the heaven’s door, chanson de Bob Dylan, B.O du film Pat Garett and Billy the kid)
** Outre Ruzzante et Dario Fo, d’autres dramaturges italiens ont utilisés leur dialectes d’origine dans leur théâtre : le sicilien pour Pirandello et Spiro Scimone, napolitain pour Eduardo de Filippo
*** Le prix Sonning est un prix décerné tous les ans par la Léonie Sonning Music Foundation de Copenhague à un acteur , un  compositeur, un chef d’orchestre, un interprète ou un artiste lyrique, dont on considère qu’il a une influence déterminante dans son domaine précis.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s