Quartiers / La santé à Nice de 1820 à la Grande Guerre

A Nice, à l’orée du XIXe siècle, les problèmes de santé de la population commencent à être pris très au sérieux par les autorités.

 

Hôpital PAsteur
Hôpital Pasteur

Le siècle des Lumières à ouvert la porte du progrès tant pour les idées nouvelles que pour les techniques, la médecine en particulier. La Révolution va fournir à la jeune république française une panoplie de savants dans tous les domaines, en particulier celui de la médecine. Tout cela va produire ses effets après la tourmente révolutionnaire, sous la direction de Napoléon 1er qui favorisera les sciences et techniques nouvelles, un sujet qui passionnait toute la société.
A l’obscurantisme du moyen-âge et à ses recettes empiriques (et souvent désastreuses) pour traiter les maladies succède une prise en main désormais plus scientifique des problèmes. La peste a été quasiment éradiquée depuis que l’on a institué la quarantaine pour les navires venant du Levant mais le choléra continue toujours à faire des ravages, suivi par la tuberculose la maladie à la mode à cette époque, comme le cancer de nos jours.
Dès 1820, les médecins hygiénistes font leur apparition et constatent qu’une grande partie des causes liées à ces deux fléaux est l’hygiène dans les villes et Nice ne fait pas exception à la règle. En 1820, la ville, est essentiellement concentrée dans notre vieille ville actuelle et, là, on y trouve une densité de population au m2 propice aux contagions dans ces logis de l’époque souvent surpeuplés, mal éclairés, sans eau courante, sans égoûts, bref tout ce qu’il faut pour favoriser les épidémies. De plus, on s’est enfin aperçu que la Côte d’Azur n’est pas le meilleur climat, loin s’en faut, pour soigner la tuberculose malgré le ciel presque toujours bleu et les hivers très doux, mais avec un climat très humide. Il faut au contraire traiter les malades dans les montagnes de Savoie ou de celles des Pyrénées dans des sanatoriums.
Les rares hôpitaux contribuaient eux aussi à propager les microbes, aussi, vers le milieu du siècle, une décision est prise: éloigner ces établissements au plus vite hors de la ville et les reconstruire à la campagne, loin des populations.
nice-la-place-beatrix-en-1900C’est ainsi que l’hôpital communal St Roch-St Eloi établi depuis des décennies sur le Cours Saleya va déménager provisoirement pour les locaux de l’Hôtel de Ville actuel et, vers 1853, va se déplacer encore vers le quartier de l’Empeyrat sur la place Marshall actuelle suite à un don de la famille Defly propriétaire des lieux. L’endroit était plutôt désert à cette époque, mais l’urbanisation gagnait très vite du terrain et débordait déjà sur la rive droite du Paillon (la Bourgade) si bien que le nouvel hôpital finit par se trouver bientôt au cœur d’un nouveau quartier ce qui n’était pas du goût des riverains, mais il était trop tard pour revenir en arrière.
L’Hôpital Ste Croix (Pénitents Blancs) sis alors rue de l’hôpital de la Croix (F.Zanin actuellement) fut invité lui aussi à déménager et on choisit pour le délocaliser, la rue Victor (Avenue de la République), un quartier encore campagnard mais cela ne durera pas.
Pour réussir la mutation des nouveaux établissements, on voulait des structures hospitalières nouvelles, pourvues de larges fenêtres permettant une aération optimale et au soleil de bien pénétrer dans les locaux, un jardin pour les valétudinaires et de l’eau en abondance fournie par des puits alimentés par la nappe phréatique du Paillon tout proche.
A la fin du siècle, les besoins en structures hospitalières se faisant de plus en plus sentir, un autre établissement voit le jour, choisi cette fois-ci très éloigné de la ville, ce sera l’Hôpital Pasteur, un tout nouveau centre construit contre l’abbaye de St Pons dont l’église deviendra sa chapelle. Les travaux, commencés en 1910 sous l’égide du Dr Grinda, suivant une structure pavillonnaire (œuvre de l’architecte Tournaire) seront achevés et inaugurés en 1937 par le Président de la République Albert Lebrun avec 7 pavillons opérationnels et 1200 lits portés à 2000 lits les années suivantes. Des progrès immenses avaient donc été accomplis depuis le début du XIXe siècle. La médecine niçoise avait enfin acquis ses lettres de noblesse, elle était devenue professionnelle.
Pourtant, simultanément à cette évolution, on assiste, vers la fin du siècle à l’éclosion d’une étrange médecine parallèle qui apparaît à Nice en deux endroits opposés de la cité.
Au Lazaret, près du port, s’installe le curieux docteur Maxwell Lefèvre qui fait bâtir non loin du rivage une villa où il crée un centre médical destiné à soigner les rhumatismes et certaines affections de la peau à l’aide de bains de vapeur thérébenthinés et d’hydro-électricité. Le patient, recevait son traitement enfermé dans une cabine métallique au bord du rivage, structure que l’on voit bien sur des photos ou des peintures anciennes. On a malheureusement pas d’échos sur l’efficacité de cette inquiétante thérapeutique, toujours est-il qu’on a plus eu de nouvelles du bon Dr Lefèvre. En 1891, déjà, la propriété était vendue et passait aux mains de William Cunard, le célèbre armateur, propriétaire d’une compagnie de paquebots (La célèbre Cunard Line).
Un autre exemple de médecine étrange se pratiquait non loin de chez moi, à la « Libé », toujours à la fin du XIXe siècle.
le-docteur-cro%cc%82tteA cette époque, sur la place primitive (Béatrix), s’installe « l’Institut Médical Crôtte » (photo) dirigé par un médecin Lyonnais le Dr Francisque Crôtte qui prétendait guérir infailliblement la tuberculose par son traitement à base de décharges électrostatiques haute tension(!) fournies par une machine de Whimhurst (publicité ci-jointe) permettant aux remèdes de bien pénétrer dans l’organisme. L’ennui dans cette affaire, c’est qu’en cette fin de XIXè siècle il n’existait encore, aucun médicament, aucun vaccin contre la tuberculose même si le bacille responsable du mal était connu depuis 1882 (bacille de Koch). On peut donc se demander quelle substance notre médecin inoculait à son patient. Pas rassurant tout cela!
En fait, les études menées conjointement par les médecins Albert Calmette et Camille Guérin ne vont aboutir qu’après la Grande Guerre par la mise sur le marché d’un vaccin efficace, le BCG, complété par la découverte en 1948 des antibiotiques qui vont permettre d’éradiquer enfin la maladie.
L’Institut Crôtte disparaîtra bien vite pour faire place au très bel immeuble Belle Epoque avec ses dômes à la Mansard, au nord de la place, et qui existe toujours (N°5).
Ami lecteur, en espérant vous avoir intéressés, je vous donne rendez-vous bientôt avec la découverte d’un lieu emblématique dont on parle assez peu et qui à un rapport étroit avec…la santé !

 

Yann Duvivier

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