Cinéma / VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANCAIS de Bertrand Tavernier.

Passionné de cinéma , Bertrand Tavernier  dans ce documentaire réunissant une centaines d’extraits de films, nous raconte la naissance de sa passion -cinéma dès l’âge de six ans , et les films qui l’ont accompagné et conduit à la mise en scène . Un voyage, de plus de trois heures en forme de « leçon de cinéma » qui analyse, décortique et vous donne envie de découvrir ,voir ou revoir les films dont il parle – comme personne-  des quatre décennies visitées ( 1930-70) . Et qui aura , une suite promise que l’on attend déjà avec impatience …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Bertrand Tavernier fait partie de ces cinéastes dont la vie entière s’est construite depuis son plus jeune âge en « osmose » avec le cinéma dont il dit dans le documentaire que c’est le film qu’il découvre ( Dernier atout de Jacques Becker) à l’âge de six ans dans un sanatorium où il était soigné , qui a été à l’origine de sa passion-cinéma qui s’est poursuivie dans les salles des cinémas de quartier et a transformé sa vie. Le faisant devenir ce « cinéphage » qui n’a cessé, et qui continue , de se « nourrir » , avide de découvertes et de connaissances des films de tous genres et de tous pays. L’oeil aiguisé par la curiosité et la soif de nouveauté incessante dont il peut savourer les quelques minutes d’un « nanar » ou d’un film commercial ou de genre , tout à coup révélatrices de fulgurances inattendues qui méritent d’être gardées . Cette « mémoire » du cinéma dont il est avec Martin Scorsese et Quentin Tarantino … parmi les plus ardents défenseurs d’un travail nécessaire qui a permis depuis des années de générer un travail fondamental de « restrauration », et en même temps de sortir de l’anonymat certains cinéastes et de ( re ) mettre en valeur certains métiers ( dialoguistes, décorateurs, musiciens …) . Passé du regard de spectateur à celui de critique , puis de producteur, de scénariste ou d’attaché de presse des cinéastes de la nouvelle vague, et d’assistant-réalisateur de Jean- Pierre Melville et de Claude Sautet, qui le mènent à l’aboutissement logique de sa passion- cinéma, avec son premier long métrage L’horloger de Saint Paul ( 1974), dont le succès lui permettra, à son tour de s’inscrire , en aboutissement logique, dans la continuité des cinéaste et des films qui l’ont formé …

une scène de tournage, Bertrand Tavernier face à l'équipe de techniciens ...
une scène de tournage, Bertrand Tavernier face à l’équipe de techniciens …

D’emblée son récit face écran et en voix off qui l’ accompagnent, Bertrand Tavernier nous installe avec lui dans le rôle du spectateur dont les émotions ressenties à tel ou tel film sont liées au souvenir indélébile du lieu. S’ y inscrivant comme repères dans la mémoire, rejoignant les autres souvenirs et événements qui ont pu en changer le cours. Le cinéphile spectateur qu’il est devenu au fil des ans capable de voir et revoir et revoir les films, et d’en transmettre sa passion pour inciter proches et amis à aller les voir et en  partager les émotions. La transmission qui y est au cœur et l’ont amené à la critique, à l’écriture ( ses superbes ouvrages « 50 ans de cinéma Américain » et « Amis Américains » ) où à la production . Cette passion qui vous accroche des les premières séquences illustrées par les extraits des films de Jacques Becker dont il décrit à la fois l’émotion et l’empathie des personnages traduisant la multiplicité des comportements qui sourd du travail de la mise en scène , et la réalité sociale d’une France de l’après-guerre. On devine aussitôt l’importance de ces influences dont il s’est nourri pour construire son propre cinéma . Attentif à toutes les formes dont les uns et les autres se sont servis pour construire leur propres univers . Et c’est au long des extraits des films des cinéastes – culte , marginaux ou oubliés , qu’il nous entraîne avec lui dans ce Voyage . L’analyse de la mise en scène y est au cœur dont il accompagne en voix-off , les mouvements de caméra, le choix de plans, du décor , du découpage , des dialogues , du jeu des acteurs, le travail des techniciens, l’importance de la musique, de telle ou telle séquence. Extraits , documents d’archives et ( ou ) documents inédits sont un vrai bonheur dont on se délecte …

Une scène de Le trou de Jacques Becker , évoqué par B. Taverneir
Une scène de Le trou de Jacques Becker , évoqué par Bertrand  Tavernier

La verve , la connaissance et la curiosité de Bertrand Tavernier s’y déclinent, n’oubliant pas de faire le contrepoint de l’admiration , explorant les films et cinéastes des incontournables ( Jean Renoir , Julien Duvivier , Jean Vigo , Rene Clair , Marcel Carné , Robert Bresson , louis Malle ,Jean-Pierre Melville , Jean- luc Godard ou Claude Sautet …) dont il donne à comprendre l’importance de l’oeuvre et l’originalité . Résultante parfois de visions personnelles ou de collaboration en osmose , de tensions et de rivalités de caractères et ( ou ) de points de vue divergents . Illustrés par certains de témoignages et rencontres de Bertrand Tavernier avec les cinéastes ou des témoignages de ceux qui ont travaillé avec eux . Permettant d’éclairer les personnalités et de comprendre les caractères et les complexités dont le « bémol » soulevé par Bertrand Tavernier n’entache pas pour autant son admiration . Comme c’est le cas pour Jean Renoir de La vie est à Nous, et des influences auxquelles il pouvait être perméable , à l’image de celle qui a nourri son œuvre du front populaire… et plus tard la contradiction soulevée par les témoignages sur son départ aux Usa «.dans l’intention d’y défendre la position de Pétain » . De la même manière que celle de Marcel Carné sur ses collaborations avec Prévert ou Henri Jeanson . Ce dernier qui le détestait et qui dans un entretien d’époque …oublie volontairement de citer le nom du cinéaste . Une inimitié…qui donna naissance à l’une des répliques les plus célèbres du cinéma Français «  atmosphère , atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ! » . Ou encore de Jean- Pierre Melville dont il égratigne le caractère , qui sur L’Aîné des Ferchaux se fâche avec Jean- Paul Belmondo dont témoigne un extrait sonore incroyable , ou encore avec Lino Ventura sur l’Armée des Ombres dont Bertrand Tavernier fut le témoin et dit «  ils ne communiquaient plus que par les intermédiaires y compris dans les indications sur le plateau de tournage… mais ça n’a nui, en aucune manière au film… ». C’est aussi le miracle du cinéma et de l’exigence d’un métier dans lequel les inimitiés peuvent même , parfois, se révéler créatrices !. Autre « perle » que l’on ne peut oublier …l’imitation des colères de Claude Sautet sur le plateau de tournage et en sa présence, par Michel Piccoli !…

Jean-Louis Varrault et Arlety dans Les enfants du Paradis
Jean-Louis Barrault et Arléty dans Les enfants du Paradis

Et encore cet autre point fort de ce Voyage a travers le  cinéma Français ( cliquer  pour la Bande -Annonce ) qui lui permet de souligner l’importance de la créativité des auteurs des musiques de films qui ont apporté leur touche originale . Des partitions souvent restées dans l’oubli et dont quelques-unes ont été exhumées , comme celles du Niçois Maurice Jaubert ( mort trop tôt, au combat à l’age de 40 ans ) restées inoubliables qui ont servi les nombreux films des années 1930-40 de Jean Vigo, Marcel Carné , Jean Renoir , René Clair , Julien Duvivier, Maurice Tourneur.  Stéphane Lerouge spécialiste de la Musique au cinéma , collaborateur de Bertrand Tavernier et concepteur de la collection «  écoutez la musique de cinéma » ( éditions Univesal ) , explique dans le dossier de presse du film la   «  curiosité têtue de Bertrand Tavernier sur l’apport du compositeur …surtout sur un aspect décisif : comment la musique agit sur l’image, en transforme et complète le sens , comment l’écriture de la partition se révèle une réécriture du film. Sans préjugés , Bertrand Tavernier se passionne pour les musiciens de tous langages et générations , essaye de déterminer ce qui les rapproche et sépare , tente de cerner les singularités esthétiques de chacun ( …) et pour la première fois , placer les compositeurs à l’altitude de leur contribution , les relier à leurs metteurs en scène. De l’évocation sensible de Carné , Tavernier glisse vers celle de Jaubert son double musical au destin tragique. Avec science il montre comment le cinéma a bousculé le destin de certains , les poussant à explorer des contrées vierges … contrairement à l’utilisation et à l’ approche Holywoodienne où la partition               «  stabylobosse  » chaque détail de l’action  » . Et dont  Tavernier  nous permet d’apprécier à sa juste valeur le travail fait par Marcel Duhamel ( que François Truffaut a contribué à redécouvrir ) , Paul Misraki, George Delerue , et tant d’autres ( Van Parys , Georges Auric…) , qui attendent la réédition et la reconnaissance …

Lino Ventura dans une scène de l'Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville.
Lino Ventura dans une scène de l’Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville.

 

 

 

 

 

 

 

Autant de moments forts et de plaisir que procurent la vision de ce documentaire que vous ne devez manquer sous aucun prétexte . Et , bonne nouvelle pour les cinéphiles abonnés aux chaînes payantes, Ciné + s’est engagé… à diffuser dans ses programmes les près de 100 films cités dans le documentaire . On en salive déjà …

(Etienne Ballérini )

VOYAGE AU TRAVERS DU CINEMA FRANCAIS – 2016- Durée 3 h 11.

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