Cinéma / Andrzej WAJDA , le grand maître du cinéma Polonais est décédé….

C’est une filmographie exceptionnelle ( 40 Longs métrages ) où figurent de nombreux chefs -d’oeuvre , que le cinéaste et scénariste laisse à la postérité . Reconnu dans le monde entier , primé dans les plus prestigieux Festivals , Palmé en  1981 à Cannes pour l’Homme de Fer , célébré par Hollywood ( Oscar d’honneur en 2000) , il a raconté l’histoire et les bouleversements de son pays  dans des fresques épiques magnifiques ou des films plus intimistes. Victime des suites d’une insuffisance pulmonaire …           Il avait 90 ans …

A. Wajda Festival de Berlin 2006 ( Photo Johannes Eisele , AFP )
Andrzej  Wajda au Festival de Berlin 2006 ( Photo Johannes Eisele , AFP )

Né en Mars 1926 à Suwaki d’un père officier et d’une mère institutrice , dès son plus jeune âge ( 16 ans ) il s’engage dans la résistance contre les Nazis , puis après la guerre il entre dans la célèbre école de Cinéma de Lodz qui a vu naître toute un génération ( Andrzeij Munk ,Jerzy Skolimoski, Roman…) qui va bouleverser le cinéma du pays se détachant des productions du « réalisme socialiste » alors en vigueur. Après s’être fait la main dans des courts métrages , il réalise son premier long , Une fille a parlé en 1955 , puis Kanal ou Ils aimaient la Vie (1957 )qui obtiendra le Prix du Jury au Festival de Cannes , et Cendres et Diamants ( 1958 ) . Trois films qui s’inspirent de son vécu de résistant et qui mettent en scène des situations où des hommes et des femmes qui vont être confrontés à des choix  , puis, lorsque l’armistice viendra ( Mai 1945) vont être confrontés à une situation de chaos où Nationalistes et Communistes continueront à s’affronter,  et que des innocents seront aussi victimes . Au travers de son héros interprété par un de ses comédiens fétiches Zbigniew Cybulski qui tente de se soustraire aux luttes fratricides , c’est la haine , la violence , les compromis politiques et une certaine forme d »héroïsme qu’il fustige , et dont les nouvelles générations vont devoir se détacher pour construire un autre avenir …

Une scène de Kanal...
Une scène de Kanal…

Le jeune cinéaste qui est désormais reconnu au niveau international pour  ses œuvres empreintes de cet humanisme refusant les compromis et s’inscrivant dans des comportements où la tolérance  est au cœur de ses récits  et des  thèmes de l’histoire Nationale qu’il va très souvent aborder , y inscrivant son point de vue porté par une mise en scène faisant co-habiter le réalisme avec les éléments qui font appel à la fois , au romantisme , à la poésie , au symbolisme , à la satire , à la dimension épique de la fresque. Traduisant  les ressentis et les aspirations des individus , ou à contrario,  les réflexes de violence ou de haine  ainsi  que  les  dérives sociétales et Politiques qui les entravent. Car ses héros dont il partage les aspirations où les rêves sont ceux dont le titre emblématique de son film  Kanal, Ils aimaient la vie sont porteurs de cet engagement nécessaire qui doit permettre de rendre le futur meilleur. C’est cet forme d’engagement citoyen – qui peut aussi avoir ses travers et dont il ne manque pas d’explorer les contradictions – qui fait le prix de son œuvre constamment plongée dans la réalité du passé ou du présent de son pays , dont il a construit de film en film , le portrait saisissant et complexe …

S’inspirant à la fois de l’histoire et du  passé  ou  adaptant des oeuvres littéraires dans les années 1960 / 70 , qui lui permettent de revisiter des périodes charnières, mais aussi des épisodes de la vie quotidienne . Ainsi Cendres ( 1965 ) inspiré du roman de Stefan Zéromski qui raconte des épisodes des guerres Napoléoniennes de  la campagne de Prusse et de Pologne qui eu lieu en 1806/ 1807 , et Le Bois de Bouleaux ( 1970 ) inspiré de Jaroslaw Iwaszkiewicz qui raconte dans un petit village  Polonais  la vie et le  quotidien d’une famille où après la mort de sa femme un vieil homme , sa fille et son frère ,décident de profiter de la vie . Adaptant  également une pièce de théâtre du dramaturge Stanislw Wyspianski située au début du XXème siècle. Tandis que pour La terre de la grande promesse ( 1975), c’est le cinéaste lui-même qui en a écrit le scénario et travaillé sur une des périodes charnières qui a bouleversé l’histoire du pays , celle où la ville de Lodz au XIXème siècle deviendra un des centres du marché du textile le plus important  d’Europe . La mutation commerciale et Capitaliste en marche qui  y est décortiquée sous la forme de la fresque où les rivalités , les jalousies, voire le racisme ( contre les marchands juifs ) sont le revers de la médaille . De l’exploration du passé au présent auquel le cinéaste  va revenir  dans l’actualité des interrogations …

une Scène de l'homme de fer (Palme d'or Cannes 1981 )
Une scène de l’homme de fer (Palme d’or Cannes 1981 )

Avec l’exploration et la critique du communisme dont se fait l’écho L’Homme de Marbre ( 1977 ) avec son héroïne réalisatrice de télévision qui pour les besoins d’un sujet enquête sur un Maçon « Stakhanoviste » des Années Cinquante , depuis tombé en disgrâce et dont elle veut connaître le parcours  . Premier volet d’un constat critique et d’une charge virulente dont le second L’homme de Fer ( 1981, Palme d’or à Cannes ) qui , lui , débouche sur la « contestation » au présent celle des ouvriers du chantier Naval de Gdansk dont Lech Walesa fut le leader du syndicat                   «  Solidarnosc » qui ébranla le pays . Mouvement  qui fut l’objet d’une répression par le Général Jaruzelski qui  le réprima  entraînant de nombreuse arrestations et emprisonnements ( dont Walesa ) . Et Wajda qui en était sympathisant étant de le « colimateur » préféra poursuivre -un temps- sa carrière à l’étranger . Réalisant en France le Danton ( 1983) avec  Gérard Depardieu et Les Posssédés ( 1988 ) d’après Dostoïewski avec Isabelle Huppert . Révolution Française pour l’un et Révolution Russe pour l’autre , lui permettant d’explorer d’autres aspects extérieurs de ses thèmes . Revenu dans son pays après la chute du communisme et la transition pacifique vers la Démocratie à laquelle Jaruzelski fut contraint , se retirant définitivement de la vie publique en 1990 , Wajda, lui  va reprendre du service dans son pays et continuer à raconter les destinées  et l’histoire ,comme celle de Janusz Korczak ( 1990  ) qui durant la seconde guerre mondiale prendra soin de nombreux Orphelins du ghetto de Varsovie et auquel un monument est érigé à sa mémoire dans la ville . Il adapte avec Nastaja ( 1994 ) un chapitre de l’idiot de Dostoïevski, et revient sur l’épopée napoléonienne avec , Quand Napoleon traversait le Niémen (1999) évoquant la période ( 1982) où la Pologne était rayée de la carte …

Une scène de Katyn
Une scène de Katyn

Puis avec Katyn ( 2007 ) c’est un épisode douloureux de son enfance qu’il évoque , racontant le massacre perpétré par l’Armée Rouge envahissant la Pologne en 1939 et qui au Printemps 1940 sur l’ordre de Staline exécuta plus de 20 000 , parmi lesquels  figurait le père du cinéaste . Une œuvre forte dont  au delà de la douleur du souvenir  il a voulu dénoncer la barbarie présentant le massacre du point de vue des vivants qui ont attendu des années pour savoir ce qu’étaient devenus leurs proches    dont l’entreprise de falsification de l’histoire par les autorités communistes , les avait  réduits au silence et à l’oubli… et  enfin , avec son dernier film sorti en salles reviendra sur l’aventure « Solidarnosc » avec L’homme du Peuple      ( 2013 ) consacré à la vie et à la carrière politique de Lech Walesa .

Mais le cinéaste qui n’a pas arrêté de travailler a tourné un dernier film Powidoski en 2016 qui a été présenté au Festival Canadien de Toronto dont la sortie en salles sera donc Posthume et qui , ultime honneur fait au cinéaste par son pays , sera candidat aux prochains Oscars du Cinéma . Un dernier « honneur » rendu par Hollywood  (?,) à ce grand cinéaste qu’il aura servi toute sa vie le septième art , mais aussi le théâtre  pour lequel il a monté de nombreuses mises en scènes dans le monde entier , dont  ils ont déjà  occupé la villa  voisine d’après Stanislaw Witkiewicz en 1980  à la Maison de la Culture de Nanterre…

(Etienne Ballérini )

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