Cinéma / ANNECY , 34 émes Rencontres du Cinéma Italien : Ettore Scola les a tant aimées…

« Quo vado? » (Ou vais-je) pouvait se demander, en parodiant le titre du film de Gennaro Nunziante, Jean. A. Gili, encore une fois le véritable metteur en scène de cette 34ème édition du Festival du Cinéma italien d’Annecy. Aidé de son inséparable complice, Alain Bichon, ils ont encore été cette année les artisans d’une manifestation dont ils avaient été sèchement écartés l’année précédente par Bonlieu Scène Nationale et la municipalité d’Annecy. « Une émotion populaire », une vague de soutiens ont infléchi cette décision, d’autant plus que la succession de ce duo reste indécise, ni confirmée, ni effective.

Affiche Festival du cinéma Italiien , Annecy 2016.
Affiche Festival du cinéma Italiien , Annecy 2016.

Ils ne sont pas revenus seuls. Dans leurs valises une rétrospective Scola, normal dans la ville dont il était le citoyen d’honneur, très souvent présent à cette manifestation. Et dans son sillage un hommage à Marcello Mastroianni, un de ses acteurs fétiches mais qui, ironie du sort n’est jamais venu à Annecy, toujours indisponible. A la soirée de clôture a été projeté le film  » Ridendo e scherzando » (en riant et en plaisantant), portrait d’Ettore Scola par ses filles, Paola et Silvia .Face à la caméra, on retrouve un homme gouailleur et plein d’humour, ne laissant rien apparaître de sa maladie. Un Scola acteur qui pète la forme, un ultime tour de piste avant de rejoindre Marcello et Federico ,ses deux amis disparus.
Les films en compétition et les avant-premières de la cuvée 2015/2016 des réalisateurs confirmés complétaient le menu de cette édition partagée par un public de cinéphiles mais aussi de collégiens, de lycéens et d’italianophiles tous « accros » à la langue de Dante.

Ettore Scola
Ettore Scola

Au niveau de la compétition le palmarès a été déroutant. »La pelle dell’orso » (la peau de l’ours) de Marco Segato , repart avec trois prix et non des moindres .Celui du Grand prix du Jury ( Président: Giorgio Diritti, récompensé à Annecy en 2006, meilleur film italien en 2010) et celui des Cinémas Art et Essai. Un choix décevant, récompensant un réalisateur au demeurant très sympathique et un peu abasourdi par un succès aussi inattendu. Dans les années 50 ,un homme et son fils partent à la chasse d’un ours, terreur des troupeaux de vaches, moyennant une forte prime offerte par les villageois. Des jours à arpenter la montagne. Le père est un taiseux coléreux et alcoolique, au passé sombre, ayant fait de la prison, peut-être en relation avec la disparition accidentelle de sa femme. Son fils le questionne, mais en vain. La rencontre fortuite avec une jeune femme ,autrefois amie de sa mère fait naître en lui quelques doutes sur les circonstances de sa disparition ,sans pour autant faire disparaître le mystère .L’ours sort enfin de sa tanière, le père tire et le rate ,l’ours le charge et le tue .Heureusement le fils prodigue est plus adroit. Il revient et tel un chasseur de primes ,empoche la récompense .La beauté des Dolomites ne parvient pas à masquer la simplicité du scénario. ce film a aussi reçu le prix du Conseil Départemental de la Haute-Savoie. Au titre probablement de la solidarité montagnarde.

Une scène du film Lo Scambio de Salvo Cuccia
Une scène du film Lo Scambio de Salvo Cuccia

Le Prix spécial du Jury a récompensé « Lo scambio » (L’échange) de Salvo Cuccia ,filmant la mafia de l’intérieur .Faux policiers mais vrais mafieux, leurs actions manquent de clairvoyance .Un brave comptable sans histoire en fait les frais .Motif: confusion sur la personne débouchant sur un meurtre gratuit et sans état d’âme de la part du chef mafieux. L’implacable loi de la vengeance agit aussi au sein de la famille mafieuse. Le « capo » détient en détention un adolescent dont le seul défaut est d’être le fils d’un repenti, sauf que celui -ci est son beau-frère. Apprenant fortuitement la vérité sur le sort de son neveu, sa femme se suicide .Sur la terre sicilienne ,la tragédie antique trouve un terrain propice .Filippo Luna qui incarne le » boss » ,collier de barbe, mâchouillant avec application un cigarillos ,vocabulaire minimum ,peut passer pour un « Clint Eastwood  » sicilien ,sauf que son comportement glacial et impitoyable le rend beaucoup moins sympathique que son glorieux aîné.

une scène du film Un Baccio d'Ivan Cotroneo
une scène du film Un Baccio d’Ivan Cotroneo

Le Grand Prix du Public a été attribué à « Un baccio » (un baiser) d’Ivan Cotroneo .Il en est des romans comme des films d’apprentissage relatant une période bien précise et des personnages à la personnalité singulière .Ici l’espace de l’adolescence et du lycée et la rencontre improbable mais réelle de trois personnalités très diverses mais soudées ,un trio « Jules et Jim » d’adolescents rejetés pour des motifs divers par leurs camarades et dont l’exclusion renforce leurs relations. En contrepoint, la rupture ou l’ incompréhension vis-à-vis des parents est flagrante mais paradoxalement, ils cultivent une fascination pour le « vintage » de la génération précédente. Film « pédagogique « ,message de tolérance ,mais loin d’être naïf sur la situation actuelle et notamment sur le problème de l’homosexualité parmi le milieu des lycéens. Monde imaginaire et brutale réalité donnent à ce film un style singulier et unanimement apprécié.

La ragazza del Mondo de Marco danieli
La ragazza del Mondo de Marco danieli

« La ragazza del mondo » de Marco Danieli a obtenu le Prix du Jury Jeune constitué de lycéens  » option cinéma » d’Annecy et de Vicenza. Une jeune fille très douée pour les maths appartient à la communauté des Témoins de Jéhovah ,un milieu chrétien ultra conservateur et peu ouvert aux brillantes aspirations intellectuelles de la jeune fille. Tombe t- elle amoureuse par dépit d’un petit « dealer » profondément inculte lui faisant découvrir la vraie vie ? C’est bien possible ,mais quelle déception! Soirées déjantées ,atmosphère glauque. L’ancienne prosélyte sonnant aux portes pour annoncer la bonne parole reprend du service ,mais pour livrer les » doses « .Sans transition ,on passe des bêtises de la vertu aux excès du vice. »Je me demande bien ce que vous trouvez à mon fils « dit la maman de l’amoureux de Giulia magistralement interprétée par la jeune actrice Sara Serraiocco (Prix d’interprétation féminine).Le spectateur peut aussi se poser légitimement cette question . Le choix manichéen de personnages aussi différents prive le film d’arguments et de dialogues soutenus voire contradictoires pour dénoncer le fonctionnement de cette organisation sectaire. Malgré cette faiblesse, ce film a reçu l’un des accueils les plus chaleureux de la compétition.

Une scène de Assolo de Assolo de Laura Morante
Une scène de Assolo de Laura Morante

 

Par contre ,on aurait aimé voir apparaître au palmarès le film de Laura Morante, « Assolo » (solo), réalisatrice et actrice de son deuxième film, venue rendre visite avec sa fille à Annecy .Au tournant de la cinquantaine , Flavia s’est déjà fait larguer par ses deux maris .Cela ne l’empêche pas ,par gentillesse ou par faiblesse ,de maintenir des liens étroits avec ses rivales à qui elle rend de menus services sentimentaux quand elles mêmes connaissent la déconvenue du cocufiage. Mais il faut aussi réagir et trouver des solutions pour échapper à sa triste situation personnelle,. La voici allongée sur le divan face à une adorable psychiatre /psychologue , style Ménie Grégoire, qui lui prodigue des conseils dans un vocabulaire énigmatique. Discussions qu’elle rapporte à sa meilleure amie qui a vite fait de lui traduire franchement et asseles conseils libidineux de son praticien qu’elle peinera à suivre. D’une légèreté subversive et drôle ,à la limite de la comédie et de la tragédie, et loin d’être autobiographique comme l’a souligné la réalisatrice, ce film se déguste au second degré et même plus. Densité des personnages et du scénario ,rebondissements inattendus donnent à cette oeuvre le parfum et la stature d’une réjouissante comédie à l’italienne.

une scène de fai Bei sogni de Marco Bellocchio
une scène de fai Bei sogni de Marco Bellocchio

« Fai bei sogni« (fais de beaux rêves), le dernier film de Marco Bellochio a été présenté à la soirée d’ouverture .L’histoire de ce journaliste sportif d’un grand journal turinois est en fait construite autour de la disparition et de la mort .La mort collective qui a décimé l’équipe du Torino en 1949,de retour d’un match de foot joué au Portugal .L’avion transportant  s’est écrasé sur la colline de Superga ,à quelques encablures de la capitale piémontaise .Chaque année les supporters de cette équipe dont il fait partie se réunissent pour commémorer l’évènement .La mort mystérieuse de sa mère quand il était enfant et que sa famille ne lui a jamais dévoilée et enfin sa propre mort ou presque, un malaise vagal qui lui fout la trouille, complètent cette sinistre expérience ,différentes les une des autres. Le scénario mêle habilement les déroulements spécifiques de ces situations. Un beau portrait de personnage torturé mais lucide, en quête de vérité journalistique sur sa propre histoire. En contrepoint de cette histoire, le film de Francesco Colagero(qui a reçu cette année le prix Sergio Leone décerné à un réalisateur de talent mais méconnu en France), « Seconda primavera »(deuxième printemps) se préoccupe de la maternité .Un marivaudage contemporain regroupant quatre personnages, un architecte de cinquante ans dont la femme est morte accidentellement alors qu’elle était enceinte, une anesthésiste qui refuse de devenir mère et son mari écrivain raté qui séduit et engrosse une belle et jeune fille d’origine tunisienne. Séduction, ,amour ,amitié ,incompréhension ,haine, la comédie humaine tisse un réseau subtil de rencontres aux rebondissements complexes .

Une scène de Quo Vado? de Gennaron Nunziante, succès du Box office Italien
Une scène de Quo Vado? de Gennaron Nunziante, succès du Box office Italien

On pourra aussi signaler la projection du succès italien de l’année, « Quo Vado?« . Le réalisateur Gennaro Nunziante a le mérite d’introduire un thème nouveau. Crise économique oblige ,c’est celui de la défense impitoyable de l’emploi à vie que confère le statut de fonctionnaire. Traité de façon humoristique et égratignant au passage les incivilités de la société italienne ,largement pratiquées aussi dans d’autres pays(stationnement en double file, usage abusif du klaxon, non respect des files d’attente aux guichets, etc… ), le réalisateur place la barre très haut. Car son personnage se retrouve en Norvège, un des pays champion du monde de la civilité . L’absence de ces pratiques le plonge dans un spleen ,plus encore que les interminables nuits hivernales ou la qualité de la gastronomie locale.Une comédie « Dany Boom » à la sauce italienne.

La 34ème édition des Rencontres du cinéma italien s’est achevée fin septembre ,laissant la place dans sa foulée à un festival consacré au cinéma espagnol, signe de la bonne santé de cette forme d’art dans la cité lacustre .Au terme de cette manifestation ,Jean. A .Gili a été invité à assister à la 35ème en tant que Président d’honneur. La réalité laisserait présager un retour ,avec, comme il le souhaitait ,une période de transition et des responsabilités partagées. L’heure de la retraite n’est pas à l’ordre du jour. Infatigable, Il vient de faire paraître aux éditions de La Martinière un livre richement illustré (préface de Jacques Perrin) consacré a la carrière de Marcello Mastroianni grâce aux confidences de Barbara la première fille de l’acteur .Un acteur ,des actrices, des réalisateurs, un parfum de « dolce vita » et de nostalgie.

Jacques Deloche.

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