Cinéma / POESIA SIN FIN d’Alejandro Jodorowsky.

Second volet , après La Danza de la Réalidad (2013) du récit autobiographique de la jeunesse et du parcours du cinéaste où l’imagination et l’invention vagabondent  et y inscrivent ,-via la liberté esthétique au coeur de laquelle  le surréalisme s’invite en même temps que les influences de tous les arts – pour la réinterpréter dans un flamboiement baroque sublimant la poésie comme un acte politique et érotique …

l'Affiche du Film.
l’Affiche du Film.

Dans le premier volet le cinéaste dont ses admirateurs savent le goût pour les formes artistiques , dont il explora au long de son parcours toutes les facettes de la poésie qui fut sa première passion, puis s’élargissant aux arts du cirque , de l’opéra , du théâtre , de la comédie, du mime et aux influences des mouvements littéraires ( André Breton et le surréalisme ) , voire à celles de l’ésotérisme . On en retrouve dès les première images deux exemples avec le personnage de la mère dont les répliqués chantées adoptent les vocalisés des « divas » de l’Opéra , et dans la scène de la révolte envers son père tyrannique refusant le choix de son fils et où la violence ( verbale et physique ) dont il fait preuve renvoie à l’image de la Dictature et de la barbarie Nazie . Des images-rejet dont le jeune «  Alejandrito » entend bien malgré les diatribes éructées par son père tentant de le ramener dans le droit chemin , qualifiant ces artistes de «  Maricons/ Pédés » desquels il faut s’éloigner. Mais c’est de ce père « castrateur » artistique que le jeune garçon voudra à jamais se soustraire de l’influence . Il le fera par un coup d’éclat lors d’un repas d’anniversaire chez l’oncle tout aussi rétrograde , quittant l’assemblée et rejoint par son jeune cousin gay ( mal « dans sa peau » qui admire son acte ) dont il rejettera les avances….

père etmére face aux employés cu magasin
père et mère face aux employés du magasin

Voilà le cordon ombilical familial enfin coupé et notre poète en liberté qui va pouvoir se « jeter » dans l’arène et fréquenter l’univers des artistique et intellectuel des années 1940-50 et y rencontrer les jeunes talents (Stella Diaz , Nivanor Parra, Enrique Lihn …) qui seront les futurs  représentants de la littérature et de la poésie du pays et de d’Amérique Latine . Il va s’immerger dans sans retenue dans cet univers dans sillage de sa rencontre avec justement Stella Diaz ( Pamela Florès) dont le look ( cheveux rouges) et la vie dissolue fait écho à celui de la mère Castratrice renforcé par le choix de la même interprète . Elle va l’entraîner le prenant littéralement «  par les couilles » et  un jeu de rapports sexuels dans lequel le jeune poète va trouver une forme d’accomplissement -refuge , à cette homosexualité dans laquelle son père le maudissait de vouloir sombrer . Loin de verser dans le suicide , comme son cousin ne supportant pas de « révéler »  sa « diversité » , le poète va faire du double accomplissement sans retenue de sa sexualité et de sa poésie une revendication artistique et Politique . Pas question de se laisser sombrer et devenir la victime d’un système qui renvoie les artistes au rebut … le spectre du « pendu » de la scène des cartes et du tarot , qui se prolongera plus tard par la vision de ce « carnaval » de squelettes dansants. Vision Surréaliste à la « Bunuel » dont , ici , la double dimension interpelle à la fois sur la place de la poésie dans la vie et dans la société , et , sur celle que cette dernière a prise dans celle du héros  ( le poète et le cinéaste ) qui l’a conduit à se couper de sa famille …

Stella Diaz ( Pamela Torès )
Stella Diaz ( Pamela Torès )

Dès lors le récit se fait grave, qui invite au questionnement dont se fait l’écho l’amitié avec ce poète ( Enrique Lihn ) et compagnon des nuits et autres virées radicales ( la scène où ils provoquent une académie  littéraire ) . Enrique qui décide un beau jour de concrétiser symboliquement leur démarche artistique libérée en organisant une marche « tout droit devant » n’hésitant pas à ignorer tous les obstacles . Prétexte à de belles séquences de comédie où il va leur falloir trouver des stratagèmes pour arriver à convaincre les gens … à traverser leur salon , ou  eux , à  traverser un parking souterrain « interdit aux piétons » ! Le parcours obstiné des deux poètes dont les œillères,  les ont peut-être (?) coupés du monde et de leurs proches, renvoyant  à une autre interrogation présente dans tout le cinéma de Kodorowsky : le rapport de l’art au monde et de son utilité . Celui du sacrifice qu’il implique et dont le cinéaste à vécu le parcours des projets qui n’ont pas abouti ( le Dune qu’ il n’ a pu réaliser …) , ou encore ce rapport nécessaire au passé dont sont convoquées les figures de Garcia Lorca , de Borgès et de Pablo Néruda . Dans une triple rapport où la transmission en même temps que le rapport à celle-ci se retrouve interpelle dans se nécessité ou la « distance » nécessaire pour une créativité on castratrice . Celui de Lorca qui a été à l’origine de sa passion- Poésie . Celui de Neruda dont  la « statue » de poète national est trop lourde (?) qu’il lui faut la barbouiller . Celui de Borgès invitant à la réconciliation avec le père  illustrée par la scène dans laquelle Jodorowsky intervient pour pousser , lui-même, son héros qui l’incarne  à faire ce qu’il n’ a pas su …

Artistes et poètes se donnent rendez-vous pour de happenings
Artistes et poètes se donnent rendez-vous pour de happenings

C’est ce questionnement prolongé par une réflexion que la vieillesse et le temps qui reste dont on mesure l’échéance et finit par vous inviter à ces retours au passé et à analyser le parcours d’une vie . La psychanalyse du cinéaste qui s’habille des fantasmes et des fulgurances de sa mise en scène , comme de ses « arrangements » avec la réalité qui sont autant de déceptions amoureuses ( avec sa première muse ,Stella … ou son adultère avec la naine ) , et de violences ressenties , comme l’est cette réconciliation paternelle jamais réalisée ni entreprises . C’est à la fois de la   « solitude » de l’artiste qu’il est question , en même temps que ce que sa « créativité» qui  s’enrichit de son vécu et de ses souffrances  se concrétisant au travers de son art , pour les sublimer . Et celui de Jodorowsky qui se décline par une mise en images où les envolées surréalistes et baroques sont empreintes de cette poésie qui renvoient à l’enfance de l’art et du cinéma des premiers temps et de Georges Méliès où la magie réunie dans une chorégraphie magnifique et apaisée de ses souvenirs nous fait les témoins . Invitant au générique ses propres enfants : Brontis ( dans le rôle de son père ) et Adam ( dans celui du sien , et également auteur de la musique du film ) , s’y ajoutant lui -même parfois en voix-off , ou pour soutenir ses héros à l’image du jeune enfant qu’il fut ( interprété  par Jérémias Herskovits ) pour le soutenir et le guider . Un  « soutien » nécessaire dans ce parcours de « retour aux sources » celles de son village natal ( Tocopilla) dont le cinéaste a été chassé et qu’il a retrouvé …soixante dix ans plus tard pour y réaliser la Danza de la Realidad et Poésia sin Fin .

la danse des squelettes
la danse des squelettes

C’est aussi de cette émotion là ,  dont le film est rempli… celle qui empreint chacune des  images, du   cadre et des mouvements de caméras , d’une réalité et d’un parcours revus et passés par le  » prisme » du regard du poète, un regard  qui la sublime …

(Etienne Ballérini)

POESIA SIN FIN d’Alejandro Jodorowsky – 2016-
Avec : Adam Jodorowsky, Pamela Florès, Brontis Jodorowsky,Léandro Taub, Jérémias Hertskovits , Alejandro Jodorowsky, Carolyn Carlson , Julio Avedano….

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