Cinéma / LA DANSEUSE de Stéphanie Di Giusto.

Présenté à la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes le premier long métrage de la cinéaste s’y était signalé par son regard attachant sur son héroïne , la danseuse Loïe Fuller qui a inventé «  la serpentine » un numéro « novateur » . Un passionnant portrait de femme libre et battante ancrée dans son époque et refusant les compromis …

l(affiche du  film
l’affiche du film

C’est une photo d’époque en noir et blanc représentant une danseuse « cachée dans un tourbillon de voile de soie  , en lévitation au dessus sol , dont la légende spécifie : Loïe Fuller , l’icône de la belle époque » dont la cinéaste explique qu’elle est à l’origine de son premier long métrage qui révèle à la fois un joli regard et une volonté esthétique. Une photo qui a suscité sa curiosité  sur  cette   Danseuse qui fut hier l’icône d’une époque et dont  le nom a quasiment disparu des mémoires . Pourquoi cet oubli ? , il y avait là un sujet à approfondir …et très vite en recueillant les éléments sur la danseuse , Stéphanie Di Giusto s’est rendue compte que « le combat » de cette dernière pour s’imposer comme artiste était doublement révélateur . Celui d’une artiste ne correspondant pas aux «  canons de beauté de l’époque dont elle se sent prisonnière » et qui va en renverser le mal-être ressenti  d’un physique qu’elle  n’accepte pas , en le transformant par la volonté d’ un travail artistique qui va le moduler  et le transformer par une gestuelle dont la beauté novatrice va  attirer les regards des spectateurs « la beauté naturelle qu’elle n’ a pas elle va la fabriquer à travers son spectacle (…) elle a fait de son inhibition un geste ,  une explosion de vie , un défi rageur » ajoute la cinéaste . Et c’est  cette métamorphose dont elle nous invite à suivre le travail et le parcours dont cette jeune femme issue d’une famille de fermiers du Grand- Ouest Américain pas gâtée par son physique et qui voulait échapper à son cadre de vie , va finir par s’imposer et « enflammer » les coeurs et les scènes des cabarets Parisiens … à laquelle le film rend un vibrant hommage.

Loïe Fuller ( Soka ) dans une scène du film...
Loïe Fuller ( Soko) dans une scène du film…

La « serpentine » ( l’image de  l’affiche )  cette figure de danse qu’elle a inventée est un double travail du corps et visuel . Le corps de la danseuse y est caché sous des mètres de soie et dont les bras sont prolongés par de longues des baguettes en bois , et les mouvements de son corps et de danse qui vont accompagner et faire virevolter ce tissu dont elle est vêtue pour créer une sorte de féerie visuelle, dont les spectateurs sortiront éblouis. Fruit d’un travail harassant de six heures quotidiennes et d’une gestuelle nouvelle destinée à offrir au spectateur l’éblouissement,  d’un corps en apesanteur auquel  la beauté des gestes et des mouvements, lui apportent cette «  beauté naturelle qu’il n’a pas » . Les séquences qui montrent ce travail et le combat à la fois physique et psychologique qui l’accompagne sont très  réussies . Traduisant la  douleur de l’effort insupportable pour faire plier  les muscles et le dos … jusqu’à la limite de la rupture , et cette volonté d’aller  au delà de soi , portée par  une passion  celle d’une  gestuelle  qui prendra le pas sur celle  des « mots  »  dont les premières séquences  du  film  nous montrent  Loïe ( interprétée par  Soko, remarquable )   cherchant sa voie , tentant  de s’évader  dans la  littérature  ( déclamant des textes) ou faisant du  dessin … avant que ne prennent le pas la danse et le mouvement comme élément faisant appel  à  son corps , pour se donner les moyens de sa créativité faisant appel  a de multiples connaissances    ( recherches , ouvrages scientifiques etc..) afin de  mettre en place,  son futur dispositifs scénique ( lumières…) sophistiqué. Faisant d’elle ,quasiment «  une chef d’entreprise » , note la cinéaste…

Loïe  ( Soko )  et  Louis Dorsay ( Gaspard  Ulliel )
Loïe ( Soko ) et Louis Dorsay ( Gaspard Ulliel )

C’est la belle idée du récit que de nous entrainer au cœur même du  combat  de Loïe Fuller. Celui dont le père qui l’avait pressenti  sa détermination et sa volonté , dira   «  je ferais de ma fille une star » . Et il ne pensait sans doute pas si bien dire , car cette dernière y parviendra enflammant le public des scènes du monde entier . Suscitant admiration mais aussi jalousies. Rivalisant avec Isadora Duncan qu’elle admirait mais dont la conception de la danse ( et du travail ) est opposée à celle de Loïe , Isadora Duncan ( Lilly-Rose Depp ) qui pourtant la supplantera dans les mémoires et la postérité , précipitant son déclin . Car désormais désinhibée la Danseuse revendiquera aussi son homosexualité , et se démarquera par son avant-gardisme refusant certains compromis, comme celui de « l’utilisation des images » dont on ne cessera de lui demander au nom de « l’immortalité » de se laisser filmer par le cinématographe cet autre « art nouveau », auquel son ami Thomas Edison cherchera en vain  de lui faire accepter de laisser enregistrer,  sa « serpentine » . Refusant «  de se laisser enfermer dans une boîte » disait- elle. Dès lors aucune image filmée n’existant d’elle , les images que l’on peut voir de cette danse ne sont que des «  captations d’imitatrices comme celle de Jody Sperling circulant sur Youtube » dont la cinéaste s’est inspirée , pour construire le scénographie ….08
Stéphanie Di Giusto refusant les formes de la «  biopic » traditionnelle , s’appuyant sur un travail de documents et de recherches multiples pour construire  son récit et la mise en scène qui l’habille , y inscrivant son approche et inventant sa propre « texture » d’ éléments scénarisés , qui l’enrichissent . Lorsque par exemple le point de vue du combat de Loïe est montré par le regard des autres et des rencontres qui s’inscrivent au long de son parcours  . Cette dimension qui  la fait aussi exister par l’approche d’un regard extérieur , est passionnante . A l’image de ce que laisse percevoir la relation avec son père et sa mère , puis avec ceux qui l’ont accompagnée dans son parcours  . Celle avec Isadora Duncan bien sûr , mais  aussi   par le biais de la  belle relation avec le personnage de Louis Dorsay de l’Opéra de Paris ( Gaspard Ulliel ) où se décline la confrontation d’une amitié ambiguë explorant les thèmes tabous de la sexualité d’hier :  l’impuissance masculine et l’homosexualité féminine . S’y ajoute également la présence amicale  du joli personnage de Gabrielle ( Mélanie Thierry ), ou encore celle qui se noue avec personnage de Marchand ( François Damiens ) le directeur des Folies Bergères ….
Voilà un premier film plus que prometteur …
LA DANSEUSE de Stéphanie Di Giusto- 2016-
Avec : Soko, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily -Rose Depp, François Damiens….

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